Traduit par Bernadette Cosyn

La sécession apostolique

par Brad Miner

mercredi 11 juillet 2018

Un axiome du milieu juridique dit qu’un avocat devant un tribunal ne devrait jamais poser une question dont il ne connaît pas déjà la réponse. Obtenir une réponse dont vous ne voulez pas peut être embarrassant et peut même nuire à votre affaire.

Le pape François a demandé aux jeunes de lui écrire leurs préoccupations. C’est une partie de la préparation du synode d’octobre : les jeunes, la foi et le discernement des vocations. Lisant le texte, vous pourriez être surpris de constater que tous les documents papaux cités sont du pape François. Pas de Paul VI, pas de Jean-Paul II, pas de Benoît XVI ? Cela restreint quelque peu la catholicité du catholicisme, délimitant les discussions à venir.

En plus de la demande de lettres au Pape, il y a des enquêtes qui circulent dans chaque diocèse – toutes conçues pour prendre la température des catholiques entre 13 et 29 ans qui sont, on s’en doute, « l’avenir de la foi ».

Fortuitement ou non, un récent rapport du Centre de recherche appliquée en apostolat de Georgetown sur les raisons pour lesquelles les jeunes quittent l’Eglise déclare catégoriquement que : « 87% de ces anciens catholiques [qui l’étaient entre 13 et 29 ans] disent que leur décision de quitter l’Eglise est définitive. »

Nous pourrions souhaiter mettre cela sur le compte de l’arrogance de la jeunesse, mais 87 % est un chiffre impressionnant. Ainsi que ’Crux’ résume la choquante conclusion : « plus de catholiques quittent la foi que jamais auparavant – bien plus que dans aucune autre religion... » et également à un âge plus jeune que jamais.

Bien sûr, depuis longtemps, comme l’a noté le Pew Research Center (institut de sondage) il y a quelques années : « les Américains changent d’affectation religieuse tôt et souvent », que ce soit les jeunes chrétiens partant à l’université ou les jeunes amishs en Rumspringa (NDT : rite de passage au cours duquel les jeunes amishs sont temporairement libérés de leur église et de ses règles pour découvrir le monde moderne), bien qu’il y ait également l’espoir qu’ils reviennent. Mais cette nouvelle génération de jeunesse catholique rentrera-t-elle au bercail ?

Peut-être. Nous nous rappelons quand Notre Seigneur vient de finir de parler dans la synagogue de Capharnaüm. Il a annoncé l’Eucharistie (et affirmé Sa divinité), stupéfiant ses auditeurs en insistant pour qu’ils mangent Sa chair et boivent Son sang, et il y a des récriminations chez une partie des disciples sur la difficulté à suivre le Chemin – et certains d’entre eux partent. Alors Jésus demande aux Douze : « voulez-vous partir vous aussi ? »

Et Pierre s’écrie : « Maître, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jean 6:53-68)

Il est raisonnable de supposer que le déclin de l’éducation catholique est à blâmer pour le déclin de l’adhésion au catholicisme en Occident, et non pas seulement la libéralisation des programmes dans les écoles paroissiales mais également un déclin plus général dans la catéchèse. Les arguments pour la doctrine catholique et contre le sécularisme sont efficaces uniquement s’ils sont exposés, tout particulièrement par la hiérarchie.

Il y a peu, je discutais avec un jeune dans la vingtaine de la position de l’Eglise relativement au comportement homosexuel, à la contraception et à l’avortement. J’ai expliqué la logique de la loi naturelle sous-jacente à la théologie morale catholique.

Il a dit : « Pourquoi n’ai-je pas entendu ces explications plus tôt ? »

Bonne question.

Seulement voilà : bien que fortement impressionné, il ne pouvait pas abandonner la croyance que le comportement homosexuel n’est fondamentalement pas différent du comportement hétérosexuel, parce que chacun des deux, selon la néo-orthodoxie libérale, est une orientation naturelle - « né comme cela » et tout le reste. Cela lui a été présenté ainsi dans toutes les écoles et dans la plupart des médias, en opposition à ce qu’il a pu entendre à la maison et – triste à dire – qu’il n’a jamais entendu à l’église.

Par conséquent, pour lui, l’Eglise catholique romaine est homophobe. Et comme beaucoup de jeunes gens pourraient dire : « c’est dégueulasse ! » Ce qui, si vous acceptez leurs prémisses, est tout à fait logique. Et c’est pourquoi, quand le sujet de la « guerre des cultures » comme on l’appelle, vient sur le tapis, un ami catholique très traditionnel agite la main dédaigneusement et déclare : « Nous avons perdu ».

Je sais ce qu’il veut dire, bien que je ne veuille pas me résigner à la défaite. Je pense qu’il y a des raisons d’espérer – ne serait-ce que le fort potentiel démographique des grandes familles catholiques contre le minuscule potentiel des sécularistes. A chacune des marches annuelles pour la vie, nous voyons un grand nombre de jeunes marcheurs. Nous pouvons gagner là !

Mais si l’Eglise se contente d’évoluer pour devenir une autre de ces dénominations chrétiennes libérales, elle perdra son attrait principal... non, son charisme, qui est sa continuité intransigeante avec la tradition apostolique, venue du Christ par Pierre.

Alors je demande : pourquoi cherchons-nous l’opinion de la jeunesse ? Est-ce ainsi que nous pouvons trouver de nouvelles méthodes pour expliquer la sagesse pérenne de l’Eglise ? D’accord, bien que cela soit en route depuis Vatican II. Ou alors croyons-nous que l’enseignement de l’Eglise a besoin de se conformer aux nouvelles croyances sociétales ?

Il n’est pas besoin de détailler les statistiques du fossé de connaissance entre la jeunesse pauvrement catéchisée et le magistère. Comme l’archevêque Thomas Wenski le disait en commentant un sondage typique des jeunes catholiques : « ils se sentent pleinement catholiques même s’ils ne sont pas d’accord avec l’Eglise ». Nous entendons souvent : « le pape a droit à son opinion ».

Les catholiques entre 13 et 29 ans (et après) qui croient au « mariage unisexe », à la contraception artificielle, au sexe pré-marital, au « droit de la femme à choisir », ne vont pas récompenser l’Eglise pour courber l’échine devant leur opinion en tentant d’édulcorer le message avec une nouvelle « nouvelle évangélisation », et cela pour deux raisons :

D’abord parce que les opinions non-catholiques sont enracinées dans le rejet même de l’idée de péché, et l’Eglise ne peut pas abandonner la croyance au péché. Si elle le faisait, il n’y aurait plus rien à croire, puisqu’il n’y aurait plus besoin de rédemption.

Deuxièmement parce que faire un compromis pour l’une ou l’autre de ces questions, en commençant avec la communion pour les divorcés remariés sans reconnaissance de nullité, c’est comme jouer au jeu de Jenga, dans lequel les joueurs tentent d’enlever les pièces d’une tour sans que l’édifice ne s’écroule. L’intérêt du jeu est que la tour finit toujours par s’écrouler. Il n’y aurait pas de quoi se réjouir si cela arrivait à l’Eglise.

Un schisme n’est jamais réjouissant.


Brad Minor est rédacteur en chef de ’The Catholic Thing’. C’est un ancien chroniqueur littéraire de ’National Review’.

Illustration : graffiti au pochoir sur un mur de Lisbonne, au Portugal

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/02/05/the-apostolic-secession/

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