Solennité du Christ-Roi

«  La royauté du Christ, antidote à l’absolutisme  »

propos recueillis par Constantin de Vergennes

mercredi 17 novembre 2021

Statue du Christ-Roi à Świebodzin, en Pologne.
© Henryk Niestrój / Pixabay

L’année liturgique se clôture le 21 novembre avec la solennité du Christ-Roi de l’univers. Que reste-t-il de l’appel lancé par Pie XI en 1925 à reconnaître la royauté du Christ sur les sociétés ? Entretien avec le chanoine Benoît Merly, prêtre et professeur de théologie dogmatique et morale au séminaire de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.

Dans l’encyclique Quas primas (1925), Pie XI exhorte à reconnaître la «  royauté  » du Christ ? Sur qui s’exerce-t-elle : l’individu, les gouvernants, la société ?

Chanoine Benoît Merly : Sur tous, mais sur chacun à la mesure de ce qu’il est. Pour les individus, reconnaître la royauté du Christ consiste à vivre de la grâce à titre individuel : être fidèle, loyal à cette grâce, la demander quand on en manque et demander pardon quand on y est infidèle.

Pour l’État, il est clair qu’il a le devoir de se soumettre au Christ. Il y est d’ailleurs soumis, qu’il le veuille ou non, car la société a Dieu pour auteur. C’est lui qui donne ses lois, ce qui suppose que l’État les respecte.

Dans cette perspective, l’État et ses lois ne peuvent considérer les citoyens comme des moyens de production, ou de simples éléments accidentels, comme si l’État existait sans les individus et les familles qui le composent. Dans l’ordre naturel, l’État a pour vocation première de rechercher le bonheur temporel de ses citoyens. Il ne doit donc pas faire abstraction de la nécessité de lois destinées, d’une manière ou d’une autre, à faciliter l’accès des citoyens au bonheur surnaturel.

Pour que la royauté du Christ puisse s’exercer sur les individus et les sociétés, il faut que ces lois répondent à la finalité surnaturelle poursuivie. Car Jésus-Christ vient pour une personne, pas pour tel État ou telle société, qui varient selon les époques. Ce qui importe, c’est que les hommes soient sauvés, individuellement. Mais l’État, la société des hommes, par ses lois, peut et doit aider chacun de ses membres à connaître et atteindre la perfection de sa vocation surnaturelle.

La reconnaissance de la royauté du Christ peut-elle favoriser l’avènement dès ici-bas d’une société parfaite ?

Une société parfaite ici-bas est impossible depuis le péché originel ! Il est certain que reconnaître la royauté du Christ, c’est assurer à la société et aux citoyens qui la composent un vrai bonheur temporel, et donner aux États eux-mêmes et à leur rôle une vraie perspective surnaturelle. Mais nous restons sous le joug du péché originel. Il est certes meilleur de vivre sous le joug du Christ et de ses lois, que sous le joug et les lois du péché, mais notre fin se trouve au Ciel. La grâce dont nous vivons ici-bas n’est qu’une partie du Ciel, sur la terre.

Les désordres civils actuels ont-ils été amplifiés par la relégation du Christ en dehors de la sphère publique ?

Sans le moindre doute. Pie XI n’est pas le seul à le dire, en particulier au XXe siècle. Saint Pie X, par exemple, avait pour devise : Instaurare omnia in Christo, «  renouveler toutes choses dans le Christ  ». À la veille de la Première Guerre mondiale, il avait exprimé ses craintes pour l’avenir et avait expliqué que tout cela n’allait arriver précisément que par mépris des lois divines, de l’Église et de ses enseignements. Il ne revendiquait pas, pour lui-même ou pour l’Église, une suzeraineté temporelle. Mais il regrettait que les royaumes chrétiens disparaissent les uns après les autres et que les lois qui gouvernent les États et les sociétés soient de plus en plus étrangères à la recherche de la charité et de la conformité des lois à la loi divine ; en un mot, au règne social, et pas seulement individuel, du Christ.

Après la Première Guerre, Pie XI fait face à l’avènement d’États de plus en plus forts – l’Union soviétique et l’Italie fasciste en 1925 –, dont la dureté et l’omnipotence sont totalement étrangères à la perspective chrétienne. Le délaissement de la royauté du Christ exacerbe les passions humaines, qui ne sont plus mesurées, équilibrées, ne se considèrent plus vis-à-vis de ce à quoi elles ont été ordonnées, à savoir le Ciel, la vie de la grâce.

Ce que dit Pie XI, c’est que si les sociétés ne poursuivent pas toutes un même but qui les dépasse et qui est Jésus-Christ lui-même, et que les citoyens ne recherchent pas la grâce, donnée d’autant plus facilement que les lois de l’État la facilitent, alors ils seront livrés à leurs passions et à leurs conceptions du monde et, inévitablement, ils finiront par se jeter à la gorge les uns des autres. De fait, c’est ce qui s’est produit.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien et de notre Grand Angle dans le magazine.

Messages

  • "Mais nous restons sous le joug du péché originel." Ce n’est pas ce que dit saint Paul, il me semble :
    "Que dire alors ? Allons-nous demeurer dans le péché pour que la grâce se multiplie ?
    Pas du tout. Puisque nous sommes morts au péché, comment pourrions-nous vivre encore dans le péché ?
    Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.
    Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.
    Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne.
    Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché.
    Car celui qui est mort est affranchi du péché.
    Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.
    Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
    Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant.
    De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.
    Il ne faut donc pas que le péché règne dans votre corps mortel et vous fasse obéir à ses désirs.
    Ne présentez pas au péché les membres de votre corps comme des armes au service de l’injustice ; au contraire, présentez-vous à Dieu comme des vivants revenus d’entre les morts, présentez à Dieu vos membres comme des armes au service de la justice.
    Car le péché n’aura plus de pouvoir sur vous : en effet, vous n’êtes plus sujets de la Loi, vous êtes sujets de la grâce de Dieu.
    Alors ? Puisque nous ne sommes pas soumis à la Loi mais à la grâce, allons-nous commettre le péché ? Pas du tout.
    Ne le savez-vous pas ? Celui à qui vous vous présentez comme esclaves pour lui obéir, c’est de celui-là, à qui vous obéissez, que vous êtes esclaves : soit du péché, qui mène à la mort, soit de l’obéissance à Dieu, qui mène à la justice.
    Mais rendons grâce à Dieu : vous qui étiez esclaves du péché, vous avez maintenant obéi de tout votre cœur au modèle présenté par l’enseignement qui vous a été transmis.
    Libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice.
    J’emploie un langage humain, adapté à votre faiblesse. Vous aviez mis les membres de votre corps au service de l’impureté et du désordre, ce qui mène au désordre ; de la même manière, mettez-les à présent au service de la justice, ce qui mène à la sainteté.
    Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres par rapport aux exigences de la justice.
    Qu’avez-vous récolté alors, à commettre des actes dont vous avez honte maintenant ? En effet, ces actes-là aboutissent à la mort.
    Mais maintenant que vous avez été libérés du péché et que vous êtes devenus les esclaves de Dieu, vous récoltez ce qui mène à la sainteté, et cela aboutit à la vie éternelle.
    Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur." (Romains chapitre 6)
    La société parfaite ne veut pas dire forcément que les individus à titre personnel ne pèchent plus mais tout au moins que cette société se soit débarrassée du péché structurel qui est inhérent à son fonctionnement, produisant ainsi, une multitude de désordres et d’injustices. Nous sommes chrétiens et pourtant il me semble que notre société s’est largement appuyée au long des siècles sur des structures d’origine païenne extrêmement inégalitaires. Elles n’ont eu de cesse, il me semble, d’être modérée par le message de l’Évangile pendant tout ce temps et pas toujours avec le soutien plein et entier de l’Église catholique d’ailleurs. Pourtant je crois que cette société parfaite a pu exister aux tout débuts du christianisme et nous en trouvons la trace dans les actes des apôtres, chapitre 4 versets 32 à 37 :
    "La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun.
    C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous.
    Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient,
    et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.
    Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres, ce qui se traduit : « homme du réconfort ».
    Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres."
    Les premiers croyants n’étaient pas de culture païenne mais juive et il y a beaucoup d’éléments dans l’Ancien Testament qui peuvent contribuer, je pense, à structurer la société tout en s’appliquant à conserver la prédominance de l’Évangile. Mettre la Parole de Dieu au sommet du fonctionnement de la société en la reconnaissant comme source absolue de notre constitution, c’est cela, il me semble, qui peut faire advenir le règne du Christ. Le pouvoir du Christ ne peut être qu’absolu et notre soumission ne peut être que totale car Dieu a tout mis sous ses pieds (1Co 15.27), Il L’a placé plus haut que tout (Eph 1.22), dans le monde présent et dans le monde à venir (Eph 1.21b) et Lui a remis tout pouvoir au ciel et sur la terre (Mt 28.18). Mais la royauté du Christ n’est pas de ce monde parce que c’est une royauté qui ne s’impose pas par la force car nous sommes encore dans le temps de la Miséricorde, mais c’est une royauté qui doit être librement consentie et promue par chacun d’entre nous d’abord de manière individuelle, c’est le Royaume de Dieu dans nos cœurs, puis dans nos familles, puis en Église et enfin en société. Il s’avère donc que chacun d’entre-nous se pose la question d’où nous en sommes...

  • Bonjour,
    La fête du Christ Roi, instaurée par le Pape Pie XI, le dernier dimanche d’Octobre, concerne toutes les Nations de la Terre, qu’il a le devoir d’enseigner, ainsi que le Christ l’a recommandé à à ses apôtres.
    Le concept de " Christ Roi de l’Univers" n’est pas sans rappeler le "point cosmique Oméga" cher à Theillard de Chardin... à mon avis bien sûr !
    Cordialement,
    UdP,
    Augustin le Numide

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