La révolution culturelle et nous

Bevil Bramwell, traduit par Isabelle

mercredi 27 janvier 2021

Tête guillotinnée, par Francois Gabriel de Becdelievre, 1825
[Musée Crozatier, Le Puy-en-Velay, France]

En ce moment, les États-Unis passent par leur propre version de la révolution culturelle chinoise, avec des bandes de pilleurs acharnés à détruire la propriété et les objets historiques. Ces troubles ont fait écran aux protestations parfois tout à fait légitimes contre des choses comme les méfaits occasionnels de nos policiers.

Mais en même temps, les institutions centrales telles que la Cour Suprême changent radicalement le sens du genre. Des groupes bruyants quoique pas forcément nombreux, appellent à faire disparaître les noms historiques, les livres, les films, etc., (à l’ère soviétique, cela s’appelait repeindre au pistolet) ainsi que des personnes et des organisations qui sont encore avec nous. Ils font la police du langage avec une bien plus grande brutalité que les simples services de police – comme si on leur avait, d’une certaine façon, donné les pleins pouvoirs.

Beaucoup de radicaux sont en outre énervés, c’est certain, par les élections de novembre et font ce qu’ils ont toujours fait, c’est-à-dire utiliser la crise et manipuler les institutions pour un avantage politique.

L’Église est prise au milieu de ce maelstrom et n’est pas très bien préparée à gérer cette situation. Publiquement, l’Église a été mollassonne dans son rôle social et sa propre doctrine pendant des dizaines d’années. Elle n’a pas protesté énergiquement contre l’agnosticisme et le socialisme qui croissaient dans les universités et qui se sont maintenant répandus dans tout l’espace public. Elle n’a même pas réagi lorsque certains clercs et laïcs ont commencé à soutenir les franges politiques engendrées par ces mauvais courants de pensée.

La conférence des évêques des US ne semble même pas travailler à l’unanimité parmi les évêques, pour ce qui est des doctrines de base sur Dieu, l’homme, le mariage, etc.

Du coup, il n’est pas surprenant que pendant la pandémie la plupart des évêques n’aient fait que suivre docilement les autorités civiles en ce qui concerne la messe du dimanche. On n’a pas beaucoup réfléchi aux dégâts – à la fois publics et privés – qui sont tenus en échec par la célébration des sacrements.

Le manque général de conviction à propos du catholicisme authentique a empêché l’Église de parler de façon prophétique pendant l’agitation publique et la pandémie mondiale. « Catholique », le mot lui-même signifie « universel », veut dire que l’Église possède les vérités ultimes et universelles sur le fait d’être un humain, d’être un couple marié, et d’être une société fondamentalement juste.

Ces vérités viennent, ou dérivent, de la révélation divine. Pour être clair, ce don divin on ne le doit pas à la supériorité personnelle de quelqu’un dans l’Église ; il provient uniquement du fait que l’Église est l’épouse bienaimée du Christ. Comme ces vérités sont universelles, tous les évêques doivent s’y référer et les enseigner, tout le temps, même pendant une pandémie. Même en périodes d’agitation civile. Juste comme il y a eu une réponse faible à la pandémie, il n’y a eu aucun réponse épiscopale coordonnée à la vague de jacobinisme qui secoue le pays. Le summum d’un tel radicalisme dans l’histoire a eu lieu pendant la révolution française, et c’est de là que la conception de ce comportement politique tient son nom.

L’historien Simon Schama a fait remarquer que, par exemple, les jacobins attaquent violemment toute résistance qu’ils rencontrent, particulièrement celle des autorités établies. Ils répandent des théories de complot et punissent les « traitres ». Ils s’opposent à la liberté d’expression dans l’espace public, tentent de mettre en œuvre un contrôle total sur les institutions financières et établissent de nombreuses vérifications de pureté politique.

Bien plus, les jacobins renversent les institutions existantes à leurs propres fins. Finalement, comme l’a noté Schama, les jacobins ont rendu le pays ingouvernable – c’était leur vrai but.

Face à ce phénomène, l’Église a le devoir de répondre. Pendant la révolution française, les catholiques sont morts par dizaines de milliers. Ils ne pouvaient pas faire grand-chose à l’époque, si ce n’est avancer péniblement, en martyrs, face à une violence mortelle. Bien sûr, beaucoup d’entre eux ont fui la France.`

Les catholiques en Amérique ont encore une fenêtre pour agir, mais elle se ferme rapidement.

Exactement comme en France, la révolution culturelle en Amérique se rapproche d’une bataille sur les principes fondamentaux sur lesquels le pays s’est constitué. La différence aux États-Unis, grâce à Dieu, est que la vague de meurtres, jusqu’à présent, n’a pas commencé – et on ne la laissera pas facilement s’installer.

Il est impératif que toutes les personnes de bonne volonté engagent maintenant le combat pour les principes fondamentaux tels que la vie, la vérité, l’histoire, la loi et l’ordre – une bataille spirituelle qui ne peut pas être gagnée par la force et la violence.

Ce que notre épiscopat profondément divisé va pouvoir faire en ce moment, nul ne le sait. Les évêques ont choisi d’être en aussi mauvaise position que possible en face d’une crise aussi sérieuse que celle-ci – et pas seulement à cause de leur maladresse (ou pire) face aux abus sexuels.

Leur faiblesse volontaire en tant que professeurs, qu’ils enseignent la foi ou la raison, est déjà un handicap. Leur incapacité à s’unir comme gardiens de la foi en Dieu – Un seul Seigneur, une seule Foi, un seul baptême – est proche du scandale. Les évêques ne fabriquent pas la vérité, même en groupe. Ils ne font que transmettre – ou devraient transmettre – ce qu’ils ont reçu.

Ce brouillage dans l’enseignement catholique nous fait simplement ressembler à ces douzaines de vagues sectes chrétiennes en Amérique. Les américains, même catholiques, se rendent comptent qu’un bon nombre d’évêques et de prêtres n’ont pas le courage de proclamer l’Évangile, plein et entier, par peur de nos révolutionnaires culturels.

Chaque diocèse et chaque ordre religieux devrait inonder les media de messages sur la valeur de pardonner, de porter le fardeau les uns des autres, sur combien nous sommes tous faillibles – et du coup avons besoin du pardon de Dieu et de chacun, en particulier dans nos interactions politiques et sociales.

L’alternative à ce message d’Évangile est le fanatisme politique. Et l’histoire récente montre au-delà de toute question, que cela finira mal, pour tout le monde.


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