La rentrée littéraire avec Michel Houellebecq

par Gérard Leclerc

jeudi 23 septembre 2010

Que retenir de cette rentrée littéraire 2010 ? Un grand libraire ami me répond : « en priorité, le Michel Houellebecq. Il est en progrès, notamment parce qu’il s’ouvre de plus en plus à la compassion. » J’ai retenu la formule que j’ai trouvée belle et me suis plongé dans le roman intitulé « La carte et le territoire » (Flammarion).

C’est vrai que l’impitoyable observateur des mœurs contemporaines est fidèle à son projet - balzacien, à sa manière - de rendre compte de la société où nous sommes plongés. Y a t-il plus de compassion que dans les précédents romans ? C’est bien possible, malgré cette terrible ironie qui tourne souvent en dérision notre pauvre humanité. Au passage, j’ai accroché sur une page où Houellebecq croque en quelques traits la figure d’un prêtre contemporain. Pour être franc, je vous dirai que j’ai un peu grincé, parce que si compassion il y a, elle s’adresse quand même à un être assez étrange, presque lunaire.

Je cite : « Humbles et désargentés, méprisés de tous, soumis à tous les tracas de la vie urbaine sans avoir accès à aucun de ses plaisirs, les jeunes prêtres urbains constituaient, pour qui ne partageaient pas leur croyance, un sujet déroutant et inaccessible. »

Cher Michel Houellebecq, il faudrait peut-être recycler vos connaissances et vos relations, aller voir un peu du côté des Bernardins comment sont formés les jeunes prêtres d’aujourd’hui, et surtout au-delà d’une vague interrogation sur les croyances, s’intéresser à ce qui est au cœur d’une vie sacerdotale, à ce secret où le cœur vibre devant le buisson ardent. Ce qui change tout et fait surgir un autre monde. Oui, un tout autre monde que celui, épouvantablement désenchanté, de Michel Houellebecq !

Chronique lue le 22 septembre 2010 sur Radio Notre-Dame

http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Houellebecq

Messages

  • La carte et le territoire, Michel Houellebcq (Flammarion)

    Il s’agit d’un roman étrange et captivant.
    L’auteur sait raconter une histoire ; il excelle dans la narration policière et dans l’horreur.Il n’est donc pas étonnant qu’il ait écrit un livre sur Lovecraft.
    (Cf la descripion de ce que voient les policiers)

    La tête de la victime était intacte , tranchée net, posée sur un des fauteuils devant la cheminée,une petite flaque de sang s’était formée sur le velours vertsombre ; lui faisant face sur le canapé , la t^te d’un chien noir de grande taille avait elle aussi tranchée net(…) Au milieu des lambeaux de viandes humaine et canine mêlés
    ,

    …) Toutefois,si je ne conseillerai ce livre à personne,. c’est uniquement parce qu’il est désespérant
    Les recherches d’avant garde de Jed Martin , un peintre talentueux finisssent par la non représentation du réel , comme un refus de la Création et de la vie et c’est là le cœur du désespoir .


    L’oeuvre qui occupa les dernières années de la vie de Jed Martin peut ainsi être vue — c’est l’interprétation la plus immédiate — comme une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe, et plus généralement sur le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine. Cette interprétation est cependant insuffisante à rendre compte du malaise qui nous saisit à voir ces pathétiques petites figurines de type Playmobil, perdues au milieu d’une cité futuriste abstraite et immense, cité qui elle-même s’effrite et se dissocie, puis semble peu à peu s’éparpiller dans l’immensité végétale qui s’étend à l’infini. Ce sentiment de désolation, aussi, qui s’empare de nous à mesure que les représentations des êtres humains qui avaient accompagné Jed Martin au cours de sa vie terrestre se délitent sous l’effet des intempéries, puis se décomposent et partent en lambeaux, semblant dans les dernières vidéos se faire le symbole de l’anéantissement généralisé de l’espèce humaine. Elles s’enfoncent, semblent un instant se débattre avant d’être étouffées par les couches superposées de plantes. Puis tout se calme, il n’y a plus que des herbes agitées par le vent. Le triomphe de la végétation est total
    .
    p.428

    Mais l’auteur qui se met en scène lui-même , c’est une des grandes étrangetés de ce roman,a certainement écrit ce livre pour tuer son double négatif, le déprimé ,le désespéré ; il le dit presque explicitement dans un de ses entretiens télévisés.

    Nous pouvons donc espérer qu’avec ce roman il se sera libéré de ses fantômes

    Il est à noter que Houellebecq a tenu à faire baptiser son double négatif, celui justement qui sera tué dans d’atroces conditions.
    Que doit-on en conclure ?
    Houellebecq, l’auteur de La carte et le territoire a-t-il voulu ainsi rejeter à jamais la tentation du baptême , ce qu’il considèrerait comme une faiblesse ou, au contraire,d’une façon indirecte , a-t-il voulu rappeler la nostalgie d’un sacrement qu’il ne recevra jamais ?
    Je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant a écrit Pascal…

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