La renonciation de Benoît XVI par lui-même

par Gérard Leclerc

mardi 13 septembre 2016

Notre confrère Peter Seewald peut s’honorer d’une performance étonnante. Faire parler un Pape émérite, en situation d’apprécier le bilan de son propre pontificat ! C’est vraiment un cas unique, absolument inédit. Mais le livre qu’il vient de publier chez Fayard sous le titre Dernières conversations est mieux encore qu’une performance, c’est un témoignage d’une singulière beauté, parce qu’un homme de Dieu s’y livre en toute humilité, en toute simplicité, faisant confidence de ses sentiments intimes sous le regard du Seigneur. C’est le contraire de l’impudicité. On ne s’en étonne pas de la part du disciple de saint Augustin, l’écrivain qui nous a initiés aux confessions, dans un style qui n’a rien à voir avec celui de Jean-Jacques Rousseau, parce qu’elles se rapportent au dialogue avec le maître intérieur.

Oui, Benoît XVI n’a jamais envisagé sa vie autrement qu’en présence de ce maître intérieur et nous ne pouvons pas être surpris que la décision si importante de sa renonciation ait été prise en sa présence, au secret de lui-même. Il parle de son débat intérieur, avec la conscience de sa responsabilité, de sa gravité « qui réclame l’examen le plus minutieux et doit être pesée encore et encore devant Dieu et devant soi-même ». Le Pape émérite parle aussi de la longue lutte intérieure à laquelle il s’est livré, en étudiant soigneusement les conséquences d’une renonciation pour l’Église et pour l’opinion publique.

On sait quelles réactions furent provoquées par ce geste sans vraiment de précédent, notamment de la part de publicistes qui y virent une sorte de révolution de l’institution. Certains parlèrent de désacralisation de la fonction, pour s’en féliciter. L’ambiguïté de ce terme de désacralisation n’a pas été, sur le moment, suffisamment interrogée. Benoît XVI n’a pas envisagé cette objection, il s’est posé la question d’une interprétation fonctionnaliste de sa décision. La succession de saint Pierre, dit-il, n’est pas uniquement liée à une fonction, elle touche à l’être lui-même. Le Pape n’est pas un dirigeant politique. Sa fonction est liée à une mission qui transforme profondément sa personnalité. On peut même parler d’une structure martyrologique de la primauté pontificale. Celle-ci ne saurait s’effacer, n’en déplaise aux partisans satisfaits de la désacralisation.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 septembre 2016.

Messages

  • Cet article vient en complément de "Benoit XVI, en toute vérité" et résume le livre de Peter Seewald avec des mots d’une sincérité absolue. "témoignage d’une singulière beauté", où l’humilité et la simplicité de Benoit XVI en sont le fil conducteur. Il est difficile de réagir à ce billet qui semble avoir tout exprimé sur le sujet. Mais ces entretiens comme à bâtons rompus forment, d’après moi, après les deux premiers ouvrages de l’écrivain, une biographie d’une sincérité absolue et d’un style autant original que personnel, une biographie rédigée à deux, si l’on peut dire... Si on pouvait écrire : biographie-autobiographique...

    Le lecteur y est emmené lentement, en douceur, de questions en réponses vers des confidences pudiques, timides, avec des mots d’une simplicité déroutante, ce qui grandit encore plus le personnage aux yeux de ceux qui l’appréciaient déjà. Les références aux notes sont importantes pour mieux saisir certaines situations. Ces "conversations" où le début sans beaucoup de relief sur le chemin ou cheminement de Josef Ratzinger-pape-émérite Benoit XVI va crescendo. La dernière page est tournée avec le désir de refaire cette route parsemée de rires, de joies, de souvenirs intimes qui vont de la famille aux rencontres importantes. Un vie en Eglise parfois difficile mais où la souffrance est à peine évoquée, (sauf l’assertion que l’élection à la papauté aura été pour Josef Ratzinger comme "un couperet" tombé sur son cou).

    Mais, mais...Dans cette ambiance feutrée de confidences pudiques où les expressions sont choisies de façon à faire toujours preuve de charité même envers ceux qui l’auront attaqué, Josef Ratzinger-Benoit XVI aura du mal à cacher ou, disons, réussir à mettre en veilleuse le caractère bien trempé d’un homme qui, après avoir beaucoup réfléchi, sait où il va parce que demandant toujours l’aide du Seigneur en sachant qu’elle l’accompagne.

    Le "panzer-kardinal" après la "star" Jean-Paul II... On se souvient du scepticisme de certains à l’époque. Au Polonais Karol Wojtyla dont le pontificat aura duré 27 ans succède l’Allemand Josef Ratzinger qui, lui, renoncera au bout de 8 ans. Contraste saisissant sur deux plans : celui de la durée et celui des conditions. Combien ont reproché à Benoit XVI sa renonciation comme étant un "acte lâche", alors qu’une telle décision relève d’un courage qui ne pouvait prendre sa source qu’auprès du Seigneur. En tous cas, rien de lâche ne transparait dans les "Dernières conversations", même si l’évocation de l’existence d’ennemis y était. Mais Benoit, loin de chasser cet épisode d’un revers méprisant de la main, les assume avec délicatesse et intelligence.

    Un livre attachant qui révèle un intellectuel et un mystique chez qui co-existent parfaitement intelligence et humilité, force et douceur, virilité et tendresse.

    Un moment de certitude que le Seigneur ne lâchera jamais son Eglise.

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