Traduit par Antonia

La renaissance du catholicisme en Europe du Nord

Par Filip Mazurczak

mercredi 3 décembre 2014

L’Europe du Nord est devenue l’une des régions les moins religieuses du monde. Le premier ministre britannique David Cameron, un conservateur, a légalisé le « mariage » homosexuel et déclaré qu’il interdisait l’avortement… après la vingtième semaine de grossesse. Il y a dix ans, les démocrates chrétiens des pays nordiques, dont les drapeaux sont frappés d’une croix, se sont opposés à ce que le préambule de la Constitution européenne rappelle le rôle du christianisme dans la culture européenne. Aujourd’hui, en Grande-Bretagne et dans les pays nordiques, une morale très laxiste est le dogme politique en vogue et l’apathie religieuse la weltanschauung dominante.
Par ailleurs, les Eglises nationales des Etats de la région ont conservé une certaine importance sociale. En Grande-Bretagne, la reine est toujours le chef de l’Eglise anglicane, et les évêques anglicans sont des pairs de la Chambre des Lords. D’autre part, les sondages révèlent constamment que les pourcentages d’appartenance à l’Eglise luthérienne sont élevés dans les pays nordiques. La majorité des Scandinaves et des Finlandais célèbrent baptêmes, mariages (quand ils se marient : plus de la moitié des couples ne sont pas mariés) et enterrements dans leurs Eglises nationales. En Suède, la plupart des familles allument les cierges de l’Avent et les processions de la sainte Lucie restent populaires.

André Malraux avait prédit : « Le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas ». Les sociologues notent que, même dans des sociétés sécularisées, les habitants aspirent à une forme de spiritualité. Mais, en dépit de la visibilité sociale et culturelle du protestantisme dans les pays du nord de l’Europe mentionnée ci-dessus, les Eglises luthérienne et anglicane sont en train de mourir. Les sociologues britanniques prédisent que les anglicans pratiquants connaîtront bientôt le même sort que le dodo et le mammouth, tombant de 800 000 à juste 50 000 au milieu du siècle (les mêmes perspectives désastreuses attendent les épiscopaliens en Amérique du Nord). En Suède, 4 pour cent des luthériens se rendent régulièrement au temple, et les pourcentages correspondants en Norvège et en Finlande sont inférieurs à 2 pour cent.

Par contre, l’Eglise catholique connaît une petite renaissance en Europe du Nord. Il y a actuellement plus de catholiques pratiquants que d’anglicans pratiquants en Grande-Bretagne. Les pays nordiques comptent environ 600 000 catholiques, en gros 3 pour cent de la population (à peu près le même pourcentage qu’en Asie). Il est certain que cette situation résulte en partie de l’immigration. Depuis que l’Union européenne s’est agrandie en 2004 en incluant les Etats moins prospères de l’ex Europe de l’Est, les pays nordiques et les Iles britanniques ont été envahis par des immigrants venus de nations catholiques : Pologne (2, 2 millions de Polonais ont quitté leur pays au cours des dix dernières années), Slovaquie, Croatie et Lituanie.

Si par conséquent la messe est célébrée en polonais ou en serbo-croate dans l’ensemble de l’Europe du Nord, la population indigène de la région est également attirée par l’Eglise catholique. Pendant les dix dernières années, le nombre de séminaristes britanniques a quadruplé. Ce phénomène n’est pas dû à l’immigration (les jeunes immigrés polonais rentrent en général au séminaire dans leur pays) ou à de brefs élans d’enthousiasme, comme après la visite du pape Benoît XVI en 2010, puisque cette tendance à la hausse dure depuis dix ans.

A l’heure actuelle, la Scandinavie est l’une des régions les plus riches en vocations de tout l’hémisphère nord. L’Eglise comprend 103 000 fidèles en Suède et 17 séminaristes. Par comparaison, l’archidiocèse de Vienne dont les fidèles sont treize fois plus nombreux ne compte même pas le double de candidats à la prêtrise.

En 2009, les reliques de Sainte Thérèse de Lisieux ont parcouru la Grande-Bretagne, attirant dans ce pays les pèlerinages les plus importants depuis le Moyen-Âge. Les jeunes catholiques britanniques lancent de nouvelles initiatives telles que le pèlerinage annuel Saint Jean-Paul II. Le sacrement de réconciliation revient en force au Royaume-Uni : le nombre de catholiques britanniques qui se confessent a augmenté de plus de 60 pour cent depuis 2010.

Dans les pays nordiques, le Chemin néocatéchuménal – une communauté à vocation missionnaire fondée par le peintre espagnol Kiko Argüello – joue un rôle clé dans l’évangélisation. Le Danemark, un pays qui ne comprend que 40 000 catholiques, compte 18 séminaristes dans le cadre de ce Chemin, tandis que la Finlande, avec seulement 10 500 catholiques, en a 15. Par ailleurs, le nombre de religieuses en augmentation constante dans cette région est de 680. Les ordres cloîtrés sont ceux qui attirent le plus de nouvelles postulantes. Il y a maintenant une religieuse pour 880 catholiques dans la région ; aux Etats-Unis, ce chiffre est de 1 pour 1400. De plus, le nombre de religieuses diminue rapidement aux Etats-Unis, tandis qu’il augmente dans les pays nordiques.

L’Europe du Nord est également un terrain fertile pour les conversions. En 2009, le pape Benoît XVI a créé l’Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham, permettant ainsi aux prêtres anglicans de passer du côté du Vatican. Depuis lors, de nombreux membres du clergé anglican, frustrés par le rejet de la Tradition par l’archevêché de Canterbury, siège du primat de l’Eglise anglicane, ont fait de même. Les convertis scandinaves et finlandais espèrent que le Vatican créera un Ordinariat du même type pour les Luthériens. Par ailleurs, l’une des figures chrétiennes les plus célèbres de Scandinavie, le pasteur suédois charismatique Ulf Ekman, s’est récemment converti au catholicisme avec sa femme. Il a déclaré que le Catéchisme de l’Eglise catholique était le meilleur livre qu’il ait jamais lu.

L’Europe du Nord est sans conteste l’une des régions les plus athées du monde. Et pourtant, l’Eglise catholique, bien que très minoritaire, y connaît une renaissance dont seuls les papes de la Contre-réforme auraient pu rêver. On peut en tirer une importante leçon.

Comme l’a dit le Christ, Ses disciples doivent être le sel de la Terre. Les Eglises luthérienne et anglicane se sont depuis longtemps affadies. En dehors de quelques rituels en voie de disparition, elles sont dans une large mesure indissociables de la culture séculière dans son ensemble. C’est le fait que l’évêque luthérien de Stockholm est une lesbienne qui résume peut-être le mieux l’évolution du protestantisme en Europe du Nord. Le catholicisme a toujours représenté une contre-culture, et, contrairement aux climats politiques et aux courants intellectuels, a toujours adhéré à une morale unique. En dépit des pressions de certains milieux catholiques, l’Eglise est demeurée constante dans sa proclamation de la vérité, même quand celle-ci était impopulaire.

Beaucoup ont dit en plaisantant que l’Eglise anglicane c’était le parti tory [conservateur] en oraison. Aujourd’hui, l’Eglise anglicane et les Eglises luthériennes ne sont que des entités séculières qui pratiquent la prière.

S’agissant de leur enseignement sur la vie et le mariage jusqu’à l’ordination des femmes, les Eglises protestantes de l’Europe du Nord ont donné l’impression que la moralité est une donnée modifiable, ce qui rend ces Eglises moins crédibles. Et pourtant des âmes éprises de spiritualité comme Ulf Ekman et les prêtres anglicans convertis au catholicisme veulent davantage. Ils veulent une Eglise qui recherche plutôt la cohérence dans son enseignement que les éloges du New York Times.

Samedi 29 novembre 2014

Source : http://www.thecatholicthing.org/2014/11/29/a-catholic-revival-in-northern-europe/

Photographie Célébration de la Sainte Lucie en Suède

Filip Mazurczak contribue régulièrement au Katolicki Miesięcznik « LIST ». Ses articles ont également paru dans First Things, The European Conservative et Tygodnik Powszechny.

Messages

  • J’ai lu (avec le retard que me permet la collecte de temps long de l’excellente livraison web de FC) avec un très grand intérêt ce propos nourri de données dans une problématique de modération mais sur la base d’une ligne claire. Je constate que le recul de la pratique touche aussi les églises protestantes même dans les sociétés où le protestantisme fut le plus organiquement hégémonique.
    Resterait à pondérer, dans le rapport aux conversions au catholicisme et à son dynamisme, s’il s’agit d’une simple dynamique de minorité ou d’une réponse fondamentalement plus adéquate à la crise spirituelle de l’époque, ce que j’ai tendance à croire.
    Il faut notamment remarquer qu’elle se situe dans les sociétés où la fuite en avant anthropologique (avortement GPA mariage homo...) est la plus débordante, et qui sont effectivement les pays protestants.

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