La radicalité de l’Évangile

par Gérard Leclerc

lundi 15 octobre 2018

Que François parle le langage de la radicalité ne saurait nous étonner. Tout son passé l’annonçait, et son pontificat ne cesse de l’attester. Parfois cette radicalité choque les esprits contemporains, ahuris d’être ainsi secoués sans ménagement. Ainsi, lorsque le Pape ose parler de l’avortement comme d’un «  recours à un tueur à gages  », il brave tous les canons en cours, au moment où chez nous une offensive de vaste ampleur est lancée contre le droit à la clause de conscience. Et le conseil de l’Ordre des médecins de s’insurger. Il est vrai que ledit conseil s’inscrit désormais dans une ligne «  progressiste  », avalisant la PMA pour toutes, au risque d’ailleurs d’un grave déchirement des consciences de la profession, très loin en deçà de sa déontologie fondatrice.

Du coup, on s’aperçoit que ce Pape avait été peut-être imprudemment loué en vertu de ses prétendus accommodements avec le monde contemporain. C’était oublier que l’ouverture est charité à l’égard de tous, souci du prochain et du lointain, mais jamais au prix de l’abandon des exigences de l’Évangile. De là, son homélie de dimanche, pour la canonisation de Paul VI, de Mgr Romero et de cinq autres témoins de la foi : «  Jésus est radical. Il donne tout, et demande tout. Jésus ne se contente pas d’un pourcentage d’amour : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien ! Jésus nous invite à retourner aux sources de la joie, qui sont la rencontre avec lui, le choix courageux de prendre des risques pour le suivre, le goût de quitter quelque chose pour embrasser sa vie.  »

Quand Vatican II fait appel à la vocation universelle à la sainteté, ce n’est pas pour favoriser les demi-mesures, mais entraîner tout le peuple chrétien dans les mêmes exigences. Pourtant, lorsque le même François privilégie aussi la thématique de la miséricorde divine, ne semble-t-il pas aller à l’inverse de cette radicalité ? Sûrement pas, la miséricorde ne consiste pas dans l’ignorance des préceptes divins. C’est la sollicitude de Dieu qui permet aux pécheurs de se ressaisir pour retrouver la voie de la perfection évangélique. La fameuse parabole de l’ascenseur, chère à Thérèse de l’Enfant-Jésus, pourrait être ici invoquée. Si François intervient si vigoureusement sur la question de l’avortement, c’est pour rappeler la réalité de la faute, aujourd’hui niée jusqu’à en faire un droit fondamental. Le même Pape tend une main secourable à toutes celles et à tous ceux qui sont associés à ce déni de la vie humaine, pour les relever. «  Dans la difficulté, et au milieu des incompréhensions  », mais «  de manière passionnée  » pour témoigner «  de la beauté et de la joie de suivre Jésus totalement  ».

Messages

  • Mouhais !... On canonise la gauche de l’Eglise et on tient le discours de la droite de l’Eglise, comme diraient les observateurs. Comme ça on brouille encore et encore les pistes. Jésuite quoi ! Comme dirait un ancien ministre français de la culture : quel bel homme !
    Mais sur le fond de son homélie, bien sûr que c’est vrai ce qu’il dit. C’est ce que disent depuis maintenant si longtemps ceux qui dans le peuple de Dieu sont pourtant classés "à la droite du Père" et que la gouvernance de l’actuel pontificat ne cesse pourtant de moquer, de mépriser et de maltraiter.

  • Sur la radicalité et le vocabulaire utilisé par le pape François à propos de l’avortement, référence est faite à l’article de H. Kainz du 06 octobre 2018 dans The Catholic Thing, traduit par B. Cosyn et publié ici le 15 octobre 2018 : "Une nouvelle phase dans la guerre culturelle par procuration". On y lit que des démocrates US "prétendent systématiquement que les foetus ne sont "qu’un amas de cellules" et que les femmes ont le droit d’avoir le contrôle de leur propre corps. Donc, de tels homicides doivent être aseptisés en étant confiés à des tueurs à gage professionnels, hommes ou femmes...", noter "tueurs à gage" professionnels.

    L’utilisation de ces mêmes termes par le pape relèverait-elle d’un simple hasard ou bien cette comparaison aurait-elle fait tache d’huile dans les media parce que jugée la plus adaptée pour la circonstance ? Que l’on soit, en général, d’accord ou non avec le pape, il serait tout de même un peu étrange qu’au bout de ces années de pontificat "bergoglien" le "langage" de "l’Argentin" puisse encore surprendre.

    Quoiqu’il en soit, le billet de Gérard Leclerc apporte l’éclairage approprié sur la radicalité et la miséricorde selon François, et c’est appréciable.

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