La question animale

par Gérard Leclerc

jeudi 26 février 2015

Jean-Jacques Annaud, bien connu en tant que réalisateur talentueux au cinéma, sort un nouveau film « Le dernier loup », qui raconte l’amitié née entre un jeune étudiant chinois et un loup. J’ai été frappé par la formule qu’il emploie dans un entretien au Figaro : « J’ai découvert l’animal qui était en moi. Ce n’est pas l’homme que je vois chez l’animal, c’est la bête que je vois en chacun de nous qui me fascine. »

En soi, cette formule ne me choque pas, car il est incontestable qu’il y a de l’animalité en nous. Une animalité particulière qui imposait au philosophe grec de définir l’homme comme un « animal rationnel », ce qu’il est sans aucun doute, et beaucoup plus encore. Notre proximité avec l’animal peut se traduire par un trouble quasi ontologique. Elle se traduit aujourd’hui par une revendication en faveur de nos frères inférieurs, qui pourrait produire une véritable révolution morale.

J’ai sur mon bureau le livre de Mathieu Ricard, ce moine bouddhiste fils d’un philosophe français rationaliste. Il est intitulé Plaidoyer pour les animaux et prône ce qu’il appelle « une bienveillance pour tous », qui devrait, en fait, déboucher sur la fin de toute consommation de viande animale. Mathieu Ricard ne procède pas en philosophe, il s’adresse à ses lecteurs en moraliste qui veut susciter l’horreur face aux souffrances que l’humanité fait endurer aux animaux.

Je ne puis résoudre une telle question en quelques phrases. Je dirais simplement que je respecte le combat de Mathieu Ricard, qui était aussi celui de mon ami Jean Bastaire. Je souhaite qu’on revienne sur le problème philosophique de notre proximité et de notre différence, en souhaitant tout de même qu’on prenne garde de ne pas effacer ce qui fait le propre de l’humanité. Car j’observe par ailleurs, dans certains courants extrêmes, un déni de différence ontologique qui tourne au procès d’un espace éthique, spirituel propre à l’homme. Nikos Kazantzakis, le romancier grec, fait dire à un de ses personnages : « Je n’étais donc pas fils de Dieu, mais fils de singe ? » Non, je suis bien fils de Dieu, et c’est ce qui me donne, notamment, une obligation particulière à l’égard de la création.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 février 2015.

Messages

  • Et l’animal est fils de qui ?

  • "Le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires." (Boris Cyrulnik)

    • réf. : 1er mars 18:27

      La citation de Boris Cyrulnik rapportée par de Tréglodé, m’a fait revenir à une réflexion que j’ai eue un jour, comme on dit, le malheur de prononcer. Pour l’instant, chacun son appréciation sur les animaux, leur utilisation à telle ou telle fin, etc... Mais la "malheureuse" réflexion que j’avais exprimée tout haut était : "Nous avons tué la faune des pays d’Afrique, cette merveilleuse population qui fait partie de la Création, avec nos safaris sauvages, tuer des animaux pour s’essayer au tir, les tuer pour faire de leur peaux des accessoires de luxe pour ces dames, parfois ces messieurs, tuer des éléphants l’ivoire de leurs défenses qui seront colliers et bracelets vendus au prix fort, tuer pour le plaisir de tout simplement s’amuser, démontrer son "courage" face aux animaux "dits" sauvages, exhiber sur un autre plan une "virilité" - entendre supériorité - stupe, tuer pour tuer...

      Hélas, je n’ai pas vocation à pouvoir m’exprimer sur "la question animale" écologiquement parlant.Mais quid des insectes ? Dernièrement, j’ ai vu un documentaire où il était question de l’alimentation en Chine par exemple : criquets, blattes, vers, guêpes, bref, toute une panoplie d’insectes les plus divers consommés grillés-brochettes.
      Vaste sujet. Mais tout ce que je peux affirmer c’est que la nature dans son ensemble est née de la Création. On utilise par exemple l’expression : "Avoir un coeur de pierre". Quelque chercheur nous aurait-il prouvé à ce jour que les pierres sont insensibles ? Je l’ignore. Mais je pourrais, en tous cas, reprendre sans l’approuver à 100% mais en le comprenant, cette phrase de Paul Léautaud qui avait, nous dit-on, vécu au milieu de chiens et chats : "Plus je connais les bêtes et moins j’aime les hommes". Cela est, on peut l’admettre, quelque part excessif, mais quand je lis que des gens ont appelé la police à cause d’une odeur pestilentielle qui émanait de l’appartement d’en face, et qu’on y découvre une personne décédée depuis plus de six mois, cela laisse songeur.Idem pour les cités-dortoirs.

      Et quand, parfois, cédant à la fatigue, je me laisse tomber dans mon fauteuil et que je vois mon chien me regarder puis venir se coucher à plat ventre, le museau humide sur mes pieds, eh bien, ma foi, cela me donne à réfléchir...

      Pas vous ?

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