La prudence politique

par Gérard Leclerc

jeudi 18 janvier 2018

L’envoyé spécial du journal La Croix pour la visite du Président de la République à Calais a pu s’entretenir avec lui dans l’avion du retour. Emmanuel Macron s’est ainsi expliqué sur la notion de prudence qu’il avait invoquée dans une discussion tendue avec le responsable local du Secours catholique. Se rapportant au Pape lui-même, auquel il a écrit spécifiquement à propos de la question des migrants, il remarque que François est attentif aux contraintes d’un État « qui ne peut pas accueillir plus qu’il ne peut intégrer ». C’est bien son problème à lui de chef de l’État, qui explique que la prudence, c’est ce qui permet « de rendre l’accueil des réfugiés acceptable pour la communauté nationale ». Et de mettre en évidence le hiatus qui existe entre l’ordre des fins, en l’espèce le devoir d’hospitalité et celui des moyens. Ce n’est pas parce que nous sommes en présence de graves difficultés que nous devons oublier nos valeurs.

Le mot de prudence est souvent mal reçu, dès lors qu’il semble faire trop de place à la crainte, à la retenue, voire à l’abstention des timorés. Mais il est une façon de rétablir son juste sens en la remettant dans son orbite. N’est-elle pas avant tout la vertu des hommes d’action ? Donc, elle s’apparente beaucoup plus au courage et à l’esprit de décision qu’à tout autre chose. C’est, me semble-t-il, la conviction de saint Thomas d’Aquin lorsqu’il aborde le sujet dans sa Somme théologique, en accordant toute son attention à la responsabilité du chef d’État. Et cette prudence politique dépasse la prudence personnelle. « Il y a une moralité qui tient au bien commun et qui exige une prudence capable d’y adapter les actions. » On ajouterait aujourd’hui que cela ne peut aller sans tension éthique.

C’est la prudence qui commande de faire des choix à propos de l’immigration, de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. C’est elle aussi qui commande de légiférer sur les questions délicates de la bioéthique. Et dans ce domaine la tension éthique est d’un ordre particulier parce qu’elle se réfère à la conception que l’on a de notre humanité. Là-dessus, la décision du politique est d’autant plus problématique que les différences de philosophie apparaissent aujourd’hui abyssales. On va s’en rendre compte cruellement cette année.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 janvier 2018.

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