La prière dans la jungle

par Gérard Leclerc

mardi 2 février 2016

J’avoue avoir été touché d’apprendre que dans ce qu’on appelle « la jungle de Calais », il y avait des lieux dévolus à la prière et que deux d’entre eux, une église évangélique et une mosquée, avaient été détruits. C’est sur le site de La Vie que j’ai lu cette information : « Les deux lieux de culte ont été rasés par les bulldozers. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, ils se trouvaient dans la bande de sécurité à évacuer. Le pasteur Fabien Boinet, qui avait mis sur pied l’église, se dit extrêmement déçu par la perte de ce lieu de vie pour les migrants. » Je laisse un instant les querelles sur l’existence de cette jungle à Calais, les tensions qu’elle crée dans la ville, l’abcès de fixation qu’elle constitue… Le fait est qu’il y a là quelques milliers de pauvres gens, dont l’avenir est plus qu’incertain et qui vivent dans les conditions les plus précaires, endurant le froid et livrés à l’absence d’hygiène.

Eh bien ! dans ce lieu, on prie ! On a même éprouvé le besoin de construire de fragiles édifices pour la prière, où chacun peut retrouver un peu de tranquillité, un peu de silence pour plonger en soi-même et retrouver Dieu. Je n’entrerai pas ici en discussion avec les autorités qui ont décidé d’abattre cette mosquée et cette église. Peut-être d’ailleurs seront-elles remplacées par d’autres édifices. Il y a, paraît-il, d’autres mosquées dans la jungle et même une église érythréenne orthodoxe. Ce que je retiens, c’est le sentiment religieux indéracinable qui conduit à construire dans les conditions les plus improbables des maisons de Dieu.

André Malraux s’est insurgé un jour contre une civilisation incapable de bâtir un temple ou un tombeau. Le voilà contredit par la jungle de Calais, où, fort heureusement, il ne semble pas y avoir de conflits inter-religieux, contrairement à ce qui se passe dans la voisine jungle de la Grande-Synthe. Au sein de l’extrême misère peut émerger une belle leçon. Le désir irrépressible de Dieu crée des miracles, même si ce sont d’humbles miracles. Encore une fois, on peut avoir une appréciation très négative de la jungle de Calais, avec tous les désagréments qui en résultent. On peut souhaiter qu’elle disparaisse comme scandale social. Il n’empêche qu’au sein de ce scandale, il y a cette fragile lumière d’une humanité qui n’a pas renoncé à elle-même, puisqu’elle s’adresse au Dieu qui lui donne sa dignité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 février 2016.

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