La politique et les affaires

par Gérard Leclerc

jeudi 1er juin 2017

Avec l’affaire Fillon, qui a empoisonné la campagne présidentielle, il était impossible d’éviter la question de la morale en politique. Il m’est donc arrivé de l’aborder dans cette chronique, en avouant mon trouble. Il est permis d’être troublé, en effet, lorsque la morale devient la pièce maîtresse du débat et qu’elle justifie un déchaînement médiatique ravageur. Aujourd’hui, c’est l’affaire Ferrand qui déstabilise le pouvoir d’un nouveau président, qui avait accompli jusqu’alors un sans-faute. Et c’est la même affaire qui intervient dans la campagne pour les législatives, au risque de repousser au second plan les questions les plus importantes pour l’avenir du pays.

Il est vrai que le gouvernement qui prend de plein fouet cette nouvelle tourmente porte une large responsabilité dans son déclenchement. Les Républicains ont beau jeu de rappeler qu’il n’y a aucune raison d’être plus indulgent pour M. Ferrand que pour M. Fillon. Et puis avoir mis en tête du calendrier parlementaire une loi « de moralisation de la vie publique », c’était donner des armes aux partenaires pour se faire battre. Il n’y a a plus qu’à faire front face à la tempête, en souhaitant que le grain passe, sans faire plus de dommages. Mais on n’est à l’abri d’aucune autre mauvaise surprise.

Que voulez-vous faire contre l’exigence morale ? Rien ne serait plus malvenu que d’en appeler à Machiavel. Nous sommes en présence d’une sorte de mouvement irrépressible qui s’est emparé de toutes les démocraties. La corruption est devenue l’ennemi à abattre, et la tolérance qui avait cours il n’y a pas si longtemps pour le financement des partis est devenue insupportable. Donc, toute réserve vous expose à de violentes algarades. Je ne puis m’empêcher toutefois de renouveler certaines de mes objections. Un pays où tout est remis à l’arbitrage du juge échappe au politique. Je ne suis pas persuadé qu’une évolution à l’américaine, où tout litige domestique vous traîne devant le tribunal, où toute atteinte au politiquement correct vous rend passible des condamnations de la 17e chambre, représente un progrès. À force, le goût du pénal risque de vous gâcher la vie : vie familiale, vie sociale, vie politique. Sans compter que le vœu d’une totale transparence nous renvoie à l’objectif même du totalitarisme. Mais en même temps, on ne peut pas laisser les filous libres d’exercer leurs coupables entreprises. J’avoue ignorer la bonne solution pour nous sortir des contradictions inhérentes à notre commune nature.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er juin 2017.

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