La politique du léger-de-main

par David Warren, traduit par Bernadette Cosyn

mardi 24 mars 2020

« John Dee réalisant une expérience devant Elizabeth I » par Henry Gillard Glindoni, vers 1900*.
© wellcomelibrary.org

Peut-être que tout le monde sait quoi penser de cette politique, mais alors on le cache bien. Nos cycles modernes d’élections sans fin donnerait plutôt la preuve du contraire. Le non-sens prévaut.

Un sociologue d’avant-garde (Howard Brotz) m’a un jour parlé d’un étudiant ayant eu une idée brillante. Auquel garçon il avait répliqué : « cette idée incroyablement sotte est si vieille que je ne peux même pas me souvenir de la réfutation ».

Ces mots me reviennent alors que je parcours les « merdias ». Je vois des arguments présentés, par exemple, en faveur du socialisme sous ses différentes formes, lesquelles se sont révélées non seulement désastreuses, mais également meurtrières, partout où elles ont été essayées. Et on continue de les essayer, et cela finit toujours mal.

Pourtant nous entendons toujours les mêmes vieilles argumentations.

Ceux qui les présentent peuvent jubiler en privé. « Les gens » en pincent de nouveau pour cela ! Et maintenant je les tiens en mon pouvoir ! (Je suis fatigué des prétendues exceptions. Il y a plein d’informations pour expliquer pourquoi cela ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais.)

« Léger-de-main » était, traditionnellement, l’art des tricheur aux cartes, des doigts habiles, de la magie ambulante, des détrousseurs et voleurs en tous genres. Le mot est d’ancien français. Sorti de la racine latine, nous avons « prestidigitation ». En anglais (venant du vieux norrois) nous disons parfois sleight-of-hand (dextérité de main).

Alors qu’il pousse l’auditoire à se concentrer sur quelque chose sans rapport, le truqueur effectue quelque chose que les autres ne sont pas censés voir.

Son auditoire, à moins d’être un congrès de magiciens professionnels, n’y verra que du feu. Il se fera à coup sûr pigeonner par des paroles lénifiantes. Et ce qu’il obtiendra sera à cent lieux de ce qu’il espérait.

Je connais un magicien talentueux qui est également prêtre. Il est un excellent entraîneur d’enfants, et même d’adultes, le cas échéant. Je n’ai aucune raison de penser que ses tours ne sont pas innocents. Il est doctrinalement sûr.

On ne peut pas en dire autant de tous ceux qui pratiquent cette discipline. Les compétences sont souvent utilisées dans des buts contestables. J’entends pas là contestables devant un tribunal, en vue de les combattre et de punir les scélérats.

Nous pourrions passer un moment à admirer les astuces. Le Démon peut bien trouver du travail pour des mains désœuvrées, cela ne signifie pas que Dieu ne pourrait pas trouver mieux et suggérer Lui aussi des astuces, par grâce.

On pourrait dire de même des politiciens prestidigitateurs, ou de « réformateurs » au sein de l’Eglise ou ailleurs. Ils cherchent invariablement le pouvoir pour eux-mêmes, y compris le pouvoir de s’attribuer la richesse. Faire confiance à quelqu’un sur sa bonne mine est faire preuve d’une naïveté excessive.

De temps en temps, j’ai regretté qu’un politique du bord opposé ne soit pas de mon camp. Je faisais une distinction entre son habileté et ses talents et la cause au service de laquelle il les mettait. J’ai alors pris conscience que ses buts étaient une extension de ses capacités.

L’habileté à berner les gens, y compris de grandes foules, est quelque chose de mauvais en soi. C’est pour cela que je fais instinctivement confiance aux personnes ternes et sans ambition ; les bûcheurs qui mènent le travail à bien. Leur mission est d’éviter les crises plutôt que d’en résoudre une.

Ceux qui ne sont ni rusés ni cyniques ne sont pas pour autant stupides. Non plus que non philosophes. Simplement, par nature, ils ne sont pas manipulateurs. Ils ne sont pas susceptibles d’attirer l’attention sur eux si ce n’est pas nécessaire.

Hélas, c’est un défi de taille pour un politique, une gageure contre-productive. Il arrive souvent qu’un homme admiré par ses collègues, qui ont toute confiance en lui en raison de ses capacités, demeure ignoré du monde. Mais être inconnu signifie ne pas être élu.

Comment l’homme de valeur pourrait-il être élu, alors ? Il ne le peut pas. Ma méfiance envers la démocratie découle de là. Et, de même, mon attitude générale envers les politiques (y compris, souvenez-vous, les politiques dans l’Eglise).

J’ai longtemps favorisé ceux qui sont timides en public, et même, si possible, ennuyeux. Malheureusement, nous n’avons plus de leaders ennuyeux, non plus que réservés ou humbles.

Le regretté Sir Roger Scruton, un « conservateur » aussi excellent que nous pourrions le souhaiter pour notre époque, était le modèle du penseur anti-moderne. Avec assiduité, il s’est appliqué à être terne et restait de marbre même fortement provoqué.

Son Premier Ministre préféré n’était pas Sir Winston (Churchill) ou Madame Tatcher, mais Lord Salisbury, ignoré depuis l’époque victorienne. Au long de nombreuses années d’activité, Salisbury a calmement désamorcé des crises et soutenu fermement des normes réalisables de savoir vivre.

Vous, Américains, avez eu quelques présidents de ce type : des hommes qui n’aspiraient pas à accomplir quelque chose, surtout quelque chose d’important. On pense à votre bien-aimé Coolidge.

Mais Salisbury s’est élevé de l’immobilisme à la zénitude. Il ne lisait pas les journaux, excepté les informations ; il ne portait aucune attention aux emballements des médias. Son credo politique était brillamment exprimé sous cette forme :

« Tout ce qui peut arriver empirera les choses, il est donc de notre intérêt qu’il se passe le moins de choses possibles. »

Ainsi que Sir Roger le mentionnait souvent, pour un authentique conservateur, il est difficile de gagner. Les radicaux seront dans les rues à crier : « En avant ! Marche ! » Mais quel signe de ralliement pourrait être celui des conservateurs ? Il recommandait : « hésitez ! »

Ces dernières années, j’ai été impressionné (dans le mauvais sens du terme) par la fixation qui est faite sous le slogan « changement climatique ». Cela me frappe depuis le début comme une fraude évidente, destinée à conduire les gens à l’idiotie sur une grande échelle. C’est une méthode pour étendre l’Etat Nounou à une nouvelle dimension de tyrannie.

Pourtant, ce n’est rien d’autre qu’une politique de léger-de-main. L’étiquette elle-même révèle la supercherie : « changement climatique ». Le climat change toujours, a toujours changé, et est par nature impossible à prévoir. Proclamer qu’on comprend ce qu’il fait ou comment on peut le contrôler ou l’atténuer est peut être un excellent numéro de cirque. Mais notez qu’il s’accompagne d’une fouille de toutes les poches.

Je donne cet exemple particulier non seulement parce qu’il est très répandu, et rémunérateur à vous couper le souffle, mais parce que les politiques au sein de l’Église y ont part. À mon sens, l’Église devrait s’opposer au léger-de-main. Elle a suffisamment à faire en cherchant à sauver les gens.

— 

* La peinture de Glindoni montrait à l’origine le génial Dr Dee debout au centre d’un cercle de crânes posés sur le sol. Ce repentir a été révélé quand la toile a été passée aux rayons X en 2015.


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