La "philosophie" du bouclier américain

vendredi 8 juin 2007

On ne cesse ces dernières semaines, ces derniers jours –au sommet du G 8 à HEILIGENDAMM- de parler du déploiement du "segment" européen du bouclier antimissiles américain impliquant la Tchéquie et la Pologne.

En effet WASHINGTON a officiellement demandé le 20 janvier 2007 à la République Tchèque et à la Pologne d’accueillir respectivement une station radar et des intercepteurs de missiles pour parer à d’éventuelles attaques en provenance de l’IRAN.

On peut dire que, pour les Etats-Unis, il s’agit – avec la poursuite du déploiement de leur bouclier antimissile - de conforter le "cœur" militaire de leur hyperpuissance.

Les Etats-Unis cherchent de toujours à se doter d’une "défense sans impasse" assurant au mieux l’invulnérabilité de leur territoire continental. Le rêve des américains est bien dans cette perspective de conserver leur "épée" –le "nucléaire"- tout en se dotant d’un "bouclier", d’une "carapace" –c’est le système antimissiles qui doit garantir encore davantage le sol de l’oncle SAM-, afin que leur territoire soit et reste complètement inviolable. En d’autres termes, il ne s’agit donc pas –avec le bouclier antimissile- de remplacer la dissuasion vue comme "sanctuarisation", mais de la compléter si possible pour parvenir –grâce au projet d’une défense antimissiles vue comme de la "super-sanctuarisation"- à une défense globale et complète, réduisant à terme la vulnérabilité du territoire américain à toute agression balistique externe, hier celle des fusées de l’Union soviétique ; demain ou après-demain, il pourrait s’agir des fusées balistiques intercontinentales des "pays voyous" de "l’axe du Mal" (IRAN, Corée du Nord, …) et dans quelques années, plus sûrement, de la Chine, la future super-puissance, au centre des préoccupations stratégiques américaines et sans doute la vraie cible cachée du projet de bouclier antimissiles américains.

Il convient donc –au nom d’une version stratégique du principe de précaution- de continuer à développer, parmi les toutes premières priorités, "la Missile Défense" afin de rendre les Etats-Unis invulnérables de façon asymptotique, à la menace politique et stratégique des armes de destruction massive. A dire le vrai, le boucler antimissile américain, qui continue à se mettre en place afin d’assurer le renforcement de la protection de leur territoire national, est conçu dans une perspective de plus en plus "offensive" : les Etats-Unis entendent passer en effet de la "dissuasion" ("deterrence") à l’action "préventive" ("préemption") : c’est la doctrine des "frappes préventives", de la guerre "pré-emptive" ou "préventive" de l’Administration BUSH.

Dans ce cadre, la défense antimissiles est perçue –le concept de "sanctuarisation agressive" est utilisé par certains en ce sens- comme l’outil qui doit permettre aux Etats-Unis de frapper comme ils l’entendent à travers le monde : l’IRAK, la CHINE, … ?... sans craindre en retour de représailles graves. Bref, le bouclier antimissiles permet de substituer au concept et au scénario de la "destruction mutuelle assurée" (MAD) –où l’équilibre des forces en présence interdit aux adversaires la possibilité d’une attaque préventive suivie d’une riposte de même grandeur ou supérieure- le concept de "destruction unilatérale assurée" (DUA) ; en un mot, il devient le complément nécessaire à la "prospection de forces militaires", autrement dit de la capacité des ETATS-UNIS de porter tout de suite la bataille sur le sol ennemi sans exposer son propre territoire à un nouveau chantage.

On perçoit mieux ainsi le rôle clef que joue et doit jouer demain le bouclier antimissiles pour les Etats-Unis, qui avec cet outil d’une supériorité absolue et définitive, visent désormais la suprématie dans la défense plutôt que l’égalité dans la dissuasion. L’oncle SAM est devenu –suite aux changements géo-stratégiques de 1989-1991 : effondrement et dislocation de l’URSS, …, "l’hyperpuissance", dans une situation de domination et de suprématie sans partage. Depuis, cette hyperpuissance américaine cherche à confirmer voire à amplifier cette hégémonie et cette supériorité en toute hypothèse, dans toutes les situations, pour toutes les formes de menaces et de conflits, en s’érigeant le droit –dans le cadre d’une stratégie offensive d’action préventive- de ne tolérer aucun rival ("no peer competition"). On comprend mieux dans cette perspective la place centrale -c’est bien le "cœur du cœur"- de la défense antimissile de territoire puisque tout en continuant à perfectionner leur "épée" -conventionnelle, mais aussi nucléaire-, les Etats-Unis, se donnent –en construisant et en déployant leur bouclier- une asymétrie, une supériorité absolue : on sort bien de la dissuasion mutuelle habituelle et de la parité nucléaire- ; les américains se donnent –avec le bouclier- les moyens d’approfondir leur leadership et leur unilatéralisme.

Pierre PASCALLON


Fils de Julien Pascallon et Denise Derbez, le Professeur Pierre Pascallon est né le 12 novembre 1941 à Gap (05-France). Veuf de Laure Gaulin (1 enfant), il est remarié depuis le 17 avril 1999 avec Christine-Claire Fourgeaud.
Pierre Pascallon a fait ses études au Lycée Gassendi de Digne et ensuite à la Faculté de Droit et Sciences Economiques d’Aix en Provence où il a obtenu le Doctorat (1967). Il est agrégé des Facultés de Sciences Economiques depuis 1970.

Parcours professionnel
Pierre Pascallon est Professeur à la Faculté de Sciences Economiques et Sociales de Clermont-Ferrand (63-France) depuis 1970. Directeur Adjoint de la Faculté de 1970 à 1976, il fut vice-Président de l’Université de Clermont-Ferrand en 1976. Depuis 1979, il est Directeur du Centre des Hautes Etudes Internationales pour le Développement.

Parcours politique
Pierre Pascallon a été membre du Comité Central du RPR (Rassemblement Pour la République) à partir de 1979. Conseiller Municipal d’Issoire depuis 1983, il est élu Maire en 1989, réélu en 1995 et en 2001. En 1992, il est élu Conseiller Régional d’Auvergne (1992-1993) et Conseiller Général du Canton d’Issoire, réélu en 1998 jusqu’en 2004. Il a été Député du Puy-de-Dôme de 1986 à 1988 et de 1993 à 1997.

Associations
Pierre Pascallon est co-Président de l’Association Tiers-Monde depuis 1981, Président du Club Participation et Progrès depuis 1985, et Président de l’Association pour la Promotion et le Développement de l’Auvergne (APDA) depuis 1997.

Oeuvres
Il a publié de nombreux ouvrages et articles économiques : Monnaie et Equilibre, Mame, 1974 ; La planification de l’économie française, Masson, 1974 ; Regards sur ce temps, Cujas, 1977 ; Le système monétaire international, Editions de l’Epargne, 1983 ; Théorie monétaire, Editions de l’Epargne, 1985 ; Plaidoyer pour la Constitution de la Vème République, Economica, 1986 ; Peut-on sortir la France de la crise ? , Editions de l’Epargne, 1993 ; etc…

et dans le domaine de la Défense (sous la direction de) : Quelle Défense pour la France ?, Dunod, 1993 ; Défense et Renseignement, L’Harmattan, 1995 ; Quel avenir pour la dissuasion nucléaire française ?, Bruylant, 1995 ; Quelle politique de sécurité pour l’Europe ?, Publisud, 1995 ; Les Réserves et la défense de la France, Val de France, 1997 ; Les Interventions Extérieures de l’Armée française, Bruylant, 1997 ; Quel avenir pour les drones ?, L’Harmattan, 1998 ; L’Alliance Atlantique et l’OTAN, 1949-1999 : un demi-siècle de succès, Bruylant, 1999 ; Les Transmissions Militaires, L’Harmattan, 2000 ; Quelles perspectives pour le deuxième porte-avions français ?, L’Harmattan, 2000 ; Quelles perspectives pour le transport aérien militaire français ?, L’Harmattan, 2001 ; Quelle politique de défense pour la France à l’aube du XXIème siècle ?, L’Harmattan, 2001 ; Quelles perspectives pour le renseignement spatial et aérien français après le Kosovo ?, L’Harmattan, 2001 ; La guerre des missiles, L’Harmattan, 2001 ; La Marine Nationale : Les armées françaises à l’aube du 21ème siècle, Tome I , L’Harmattan, 2002 ; Le bouclier antimissiles américain après les attentats du 11 septembre 2001 ?, L’Harmattan, Paris, 2002 ; Quelle protection du territoire national contre le terrorisme international ?, L’Harmattan, Paris, 2003 ; L’Armée de l’Air : Les armées françaises à l’aube du 21ème siècle, Tome II, L’Harmattan, Paris, 2003 ; La politique de sécurité de la France en Afrique, L’Harmattan, 2004 ; Renforcer l’intégration de la Défense dans la Nation, L’Harmattan, 2004 ; Demain, les drones de combat ?, L’Harmattan, 2004 ; L’Armée de Terre : Les armées françaises à l’aube du 21ème siècle, Tome III , L’Harmattan, 2004 ; Satellites et grands drones dans le cadre de la politique spatiale militaire française et européenne, L’Harmattan, 2005 ; La politique de sécurité autour de la Méditerranée, lac de Paix, L’Harmattan, 2005, Quelles menaces, demain, sur la sécurité de la France ?, L’Harmattan, 2005, La dissuasion nucléaire en question(s), L’Harmattan, 2006 ; Les zones grises dans le monde d’aujourd’hui, L’Harmattan, Paris 2006 ; La Gendarmerie Nationale : Les armées françaises à l’aube du 21ème siècle, Tome IV, L’Harmattan, Paris 2006 ; Les Armées françaises à l’heure de l’Interarmisation et de la Multinationalisation : les armées françaises à l’aube du 21ème siècle, Tome V, L’Harmattan, Paris, 2007 ; Quelle politique de défense pour la France à l’heure de l’élection présidentielle de 2007 ?, L’Harmattan, Paris, 2007.
Distinctions
Chevalier des Palmes Académiques depuis 1991,
Chevalier de la Légion d’Honneur depuis le 1er janvier 1999.

Messages

  • Cet article pour brillant qu’il soit n’est qu’un simple constat. Impossible d’en dégager un positionnement.

    D’un constat l’autre, nous dirons –après de Gaulle- que les Etats n’ont que des intérêts. Les émotions de l’âme leur sont étrangères. Il est de l’ordre naturel des choses qu’un Etats de la taille des Etats-Unis soit expansionniste et se protège des agressions en déplaçant les arènes.

    Les Etats-Unis en incluant le Canada qui en sont –pardon pour l’indélicatesse- une extension, représentent une immense superficie qu’il faut protéger.

    Déjà la Russie n’est plus la gentille réveillée un peu éberluée des années 90. Elle s’est endurcie et tend à redevenir l’URSS, au moins militairement…dans un premier temps.

    Il faut s’attendre à ce que la Chine aussi après la lune, se mette à conquérir la terre autrement qu’avec ces produits de (pour l’instant) mauvaise qualité. Le Japon a fait du chemin depuis la fin de la dernière guerre, qui se souvient des voitures japonaises de l’époque ? Je n’étais pas née mais on m’en a parlé….Nous ne rirons plus longtemps de la Chine.

    L’immense Inde aussi…..

    Jusqu’au Brésil, qui n’attendra pas cent ans. En fait ces quatre pays de la BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) rempliront bien un jour l’espoir placé ou pas en eux.

    Quand on est un grand pays, j’entends en superficie et en population, on n’a pas d’autre choix que de se protéger et de prétendre s’étendre.

    Tant pis pour les Européens s’ils ne comprennent pas que l’avenir est aux blocs. Qu’ils continuent leur ethnicisation comme le faisait remarquer l’article de Roland Hureaux sur ce site "L’Ethnicisme contre la Nation" et dans 30 ans nos médecins partiront en Chine comme aides-ménagères. Il ne s’agira pas d’un juste retour de quoique ce soit, mais des conséquences de cette "spécificité à la Française", j’ai cité notre imperméabilité aux changements.

    Constat pour constat.

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