La philosophie au bac

par Gérard Leclerc

mercredi 20 juin 2018

Chaque année, les médias ne manquent pas de s’intéresser aux sujets du bac en philo. C’est plutôt une habitude heureuse qui est liée à une spécificité française. Les autres pays européens n’ont pas notre classe de philosophie en dernière année d’enseignement secondaire, la discipline correspondant étant dévolue à l’enseignement supérieur. Depuis Napoléon, il s’agit donc d’une institution bien établie, qui n’est d’ailleurs pas née spontanément. Les collèges des pères de la Compagnie de Jésus avaient précédé, sans doute dans un esprit assez différent. On peut d’ailleurs se poser la question : si, par la suite, la Troisième République a tenu à cette classe de philosophie, c’était conformément à sa propre idéologie, celle de la formation de l’homme et du citoyen. Apprendre à penser, c’est nécessaire à celui qui doit participer à la chose publique. Mais ce n’est pas tout à fait neutre.

Apprendre à penser et même, comme le voulait Jean Guitton, apprendre à vivre et à penser, c’est s’affronter aux grands textes, ceux qui concernent les grandes interrogations de l’existence, là où comme le dit Pascal, l’homme passe infiniment l’homme. Qui dit philosophie dit nécessairement métaphysique et même proximité avec le domaine théologique. Mais cela, notre République laïque a du mal à l’avaler. À l’opposé des autres nations européennes, il n’y a pas dans nos universités de facultés de théologie. À une seule exception près, celle de Strasbourg à cause du statut concordataire de l’Alsace. Les fondateurs de la Troisième République étaient souvent d’obédience positiviste ou protestante libérale.

Il y a donc bien une difficulté qu’on ne saurait pourtant surestimer, car la même Troisième République n’excluait nullement de ses programmes la culture religieuse tellement enracinée dans notre histoire. On parlait des querelles de la grâce pour expliquer Port-Royal dans nos lycées publics. La difficulté actuelle viendrait plutôt d’un défaut de culture générale, les classes de lycée ne préparant plus suffisamment à l’enseignement qui doit les couronner. Un enseignement qui ne saurait faire fi de la part considérable de la pensée chrétienne qui a imprégné les siècles et sans laquelle nous sommes aujourd’hui encore étrangers à nous-mêmes. Vive donc la philosophie et ses espoirs de renouveau !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 juin 2018.

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