Synode sur l’Amazonie

La parole d’un cardinal

par Aymeric Pourbaix

mercredi 23 octobre 2019

Parmi les multiples échos du synode sur l’Amazonie, qui clôt ses travaux à Rome ce 26 octobre, il est une parole claire qui fera date : celle du cardinal Marc Ouellet, préfet en charge de la Congrégation pour les évêques. Également président de la Commission pour l’Amérique latine, sa parole est d’autant plus légitime dans les discussions, durant ces trois semaines, sur la possibilité ou non d’ordonner des hommes mariés, indigènes, dans l’Église catholique.

Ce à quoi le prélat québécois a répondu par une formule éclairante : «  Je ne crois pas que, pour avoir un visage amazonien, l’Église ait besoin d’un clergé marié.  » Pour lui, cette réponse s’apparente bien plutôt à un «  manque de foi  », a-t-il expliqué sur KTO. S’étonnant que l’on ait si peu envisagé de faire appel à des missionnaires, pour porter l’Évangile et l’eucharistie dans cette région. On pourrait citer également l’église souterraine au Japon, qui a survécu sans prêtres pendant des siècles, se transmettant la foi en famille, avant de ressurgir comme une rivière enfouie, mais non tarie, quand les prêtres ont eu le droit de revenir sur l’île.

Une tradition très ancienne

Certes le célibat des prêtres n’est pas un dogme, mais ce n’est pas non plus une simple discipline fixée tardivement. Comme c’est souvent le cas, la tradition remonte au début de l’église, aux temps apostoliques même, puisque les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Christ. La norme du célibat s’est ensuite précisée au IVe siècle, et a été sans cesse reconfirmée. Même si des permissions et des exceptions ont existé, comme en Orient.

Le célibat sacerdotal implique surtout de «  se placer dans une logique de foi  », a insisté le cardinal Ouellet, qui publie ces jours-ci un véritable plaidoyer en faveur du célibat des prêtres, Amis de l’Époux (Parole et Silence). Livre qui se situe dans la continuité de la Lettre envoyée par le pape François à tous les prêtres du monde, le 4 août 2019, pour les 160 ans de la mort du Curé d’Ars. Si ce dernier est saint, a d’ailleurs rappelé le prélat, c’est pour avoir converti sa paroisse.

L’enjeu de ce débat récurrent est ainsi selon lui de conduire l’Église tout entière à une «  vision renouvelée du sacerdoce  » vu comme un témoignage de foi, peut-être le plus radical qui soit dans nos sociétés sécularisées : la «  confession de la divinité du Christ  », sans laquelle le célibat est «  incompréhensible  ». Il ne s’agit pas de nier les difficultés psycho-affectives qui peuvent surgir, mais de redire le «  potentiel évangélisateur du célibat  ». Qui nécessite sans doute un meilleur accompagnement dans la formation des séminaristes, pour que ceux-ci fassent librement ce choix.

Enfin, conclut le cardinal Ouellet, inutile de se leurrer : accorder une exception pour l’Amazonie conduira forcément à la généraliser ailleurs, y compris en Europe. Or ici, de nombreuses églises sont vides, remarque-t-il finement, malgré le nombre de prêtres. C’est donc la foi qui fait la différence selon lui, pas un « droit » à l’eucharistie.

Question délicate donc, mais ô combien déterminante pour l’Église, qu’il reviendra au Pape de trancher au printemps, par-delà les délibérations des Pères synodaux.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Cher journal La France Catholique,
    Certes le débat sur le célibat est douloureux.
    Mais l’histoire du célibat est bien plus complexe que ne le laisse entendre la tonalité de l’article.
    En Europe, c’est avec Grégoire VII, au début du 2ème millénaire, que l’histoire s’est figée. Institution à l’époque du sacrement de mariage, d’abord pour empêcher les prêtres de vivre en concubinage. Mais la mise en oeuvre fut très longue, notamment en Europe centrale.
    Par ailleurs, l’orthodoxie, depuis ses origines, a conservé un sacerdoce marié, et seuls les évêques, qui devaient avoir été moines assujettis à la règle de saint Basile, ont été voués au célibat.
    Enfin aujourd’hui, faut-il faire comme si le protestantisme n’existait pas et se draper dans une église d’avant la Réforme ? Nombre de pasteurs sont des "pêcheurs d’hommes" tout à fait dignes d’éloge. Dans leur ministère, il arrive que l’épouse ait un rôle tout à fait significatif qui enrichisse le ministère de son mari.

  • Un propos bien conservateur dans une Eglise encore conservatrice sur bien des sujets, ce qui est déplorable dans la crise actuelle que connaît le catholicisme assombri par de sinistres affaires...
    J’apprécie le commentaire de Bertrand

  • Le célibat des prêtres est un témoignage eschatologique. C’est un acte de foi, d’espérance et de charité vécu au jour le jour. L’homme normalement constitué qui fait ce choix librement avec les richesses et les renoncements que cet engagement demande exprime sa conviction de la réalité de ce monde à venir. C’est un témoignage permanent pour les chrétiens, et une motivation pour les couples de vivre dans la véritable fidélité, qui comme le célibat , est le signe que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Ce témoignage est très dérangeant pour les matérialistes qui ne cessent d’en nier la véritable existence et les chrétiens qui ont besoin de ministres du culté pour les événements et sacrements socio-religieux pensent que la suppression de ce célibat augmenterait le nombre d’officiants pour répondre à leurs besoins d’une certaine consommation de cérémonies religieuses. Ce que Saint-Paul dit du Corps du Christ composé de plusieurs membres rappelle que la diversité des vocations dans l’Eglise est une richesse pour tous. Chaque chrétien doit pouvoir dire, "ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi".

  • Il ne faut pas comparer pasteurs et prêtres.le pasteur ne célèbre pas un sacrement de l eucharistie..ne s identifie pas au Christ non plus de la même façon. L hostie partagée dans un office protestant est pas conservée dans un tabernacle mais peut être jetée sauf peut etre dans des eglises protestantes comme en Suède, je ne sais. Il y a tant d Eglises protestantes différentes. Ensuite il ne faut pas oublier la continence nécessaire pour les prètres mariés des Eglises d orient avant de célébrer la messe....cela veut dire quelque chose aussi et ceci ne me semble pas aller de pair avec des devoirs conjugaux..il faudrait comparer les pasteurs protestants àdes diacres et non à des prêtres

  • A Bertrand VANHOUTTE

    Sauf erreur de ma part, la désaffection pour la fonction de pasteur (qui n’a rien à voir avec le sacerdoce ordonné reçu par un prêtre catholique selon la fidélité à toute l’Ecriture biblique vétéro-testamentaire le montre et le démontre sans cesse) chez les protestants et dans toutes ses églises dérivées est tout aussi important que dans l’Eglise, EPOUSE du CHRIST.

    Oui s’agit d’un problème de foi. L’Amérique du sud fut évangélisée par quelques jésuites dont certains sont morts martyres.

    Le prêtre par son célibat est un signe du Royaume des Cieux, de même qu’une religieuse, qui se fait épouse du Christ selon un appel divin spécifique discerné, que certains comprennent et d’autres ne comprennent pas, selon les paroles même du Seigneur.

    Le Seigneur donne de vivre et de comprendre "Ses pensées qui sont au delà de" nos pensées humaines restrictives en matière d’Amour et d’Abnégation et de Don de soi.

    Désolée je ne suis pas douée ni pour la diplomatie ni pour un œcuménisme mondain qui refuse en réalité la recherche de la Vérité.

    Et je parle d’autant plus aisément de ce sujet alors que l’Eglise Universelle (donc catholique) vient de canoniser le Cardinal JH NEWMAN, qui malgré sa souffrance spirituelle et intellectuelle a du se résoudre à admettre que la Vérité se trouve dans l’Eglise de Rome : une, sainte, universelle et apostolique.

    Pour la Gloire de Dieu et le Salut du Monde.

    Caromaev, simple laïque catholique et particulièrement fière de l’être.

  • "La parole d’un Cardinal" est le titre couvrant le bienvenu compte-rendu de l’entretien accordé par Mgr Ouellet à Philippine de Saint-Pierre sur le Synode sur l’Amazonie et sa mise en ligne ne peut être qu’appréciée. Une lecture attentive de la vidéo de l’entretien accordé confirme le respect avec lequel cet article résume les questions pertinentes posées et les réponses données.

    Nulle part dans ce contexte se profile l’abstraction malveillante ou involontaire de quelque sensibilité religieuse que ce soit, et question peut se poser quant à la nécessité ou l’utilité d’évoquer les douloureux événements survenus dans l’Eglise catholique comme pour les rappeler au bon souvenir des lecteurs ; les media et autres sources bienveillantes n’ont pas ménagé leurs efforts pour rapporter, bruyamment et intempestivement, des détails aussi croustillants que haineux sur le sujet. (Selon une auteure chrétienne des USA, les clercs coupables d’abus sexuels "font partie de la société dont ils sont issus"). En tous cas, rien à ce jour ne vient certifier que les graves déviances dévoilées dans la hiérarchie catholique sont inexistantes chez des clercs non hiérarchisés.

    Dans les forums chacun a le droit de s’exprimer en toute franchise et dans le respect mutuel. Tant mieux d’en bénéficier et d’en faire bénéficier autrui.

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