FC 740 – 3 février 1961

La nomination du nouvel archevêque de Cantorbéry marque un très grand pas dans le rapprochement de l’anglicanisme et de Rome

par le R.P. Louis Bouyer

dimanche 30 octobre 2011

L’annonce de la démission du docteur Fisher, archevêque de Cantorbéry et primat de toute l’Église anglicane, a causé les plus vifs regrets, en particulier dans les milieux catholiques. Son geste, absolument inattendu, de rendre visite au Souverain Pontife, avec les commentaires dont il l’avait lui-même entouré, était apparu, en effet, comme une initiative capitale pour l’avenir des rapports entre l’Anglicanisme et l’Église catholique.

Il n’est donc pas surprenant que l’annonce de sa retraite, venant si peu de temps après, ait suscité une vive émotion. La réaction naturelle a été de craindre qu’un tel geste n’ait provoqué des réactions défavorables, lesquelles auraient pu être à l’origine de cette démission et ainsi anéantir les grands espoirs suscités.

Naturellement, les procédés inqualifiables auxquels recourt aujourd’hui une presse sans conscience pour exciter la curiosité de ses lecteurs nous ont valu l’orchestration immédiate de ces craintes, avec le recours habituel aux « milieux bien informés » fabriqués sur mesure.

Grâce à Dieu, ces inventions impudentes ont été immédiatement dissipées par l’annonce de la nomination au siège primatial du Dr Michaël Ramsey, jusqu’à présent archevêque d’York.

Aucune nomination ne pouvait confirmer davantage la volonté des « leaders » de l’Église anglicane de s’engager à fond dans la voie ouverte par le Dr Fisher. Ce dernier, en effet, n’avait pas pris la décision de rencontrer le pape lui-même par suite d’une sympathie particulière pour l’Église catholique. Bien au contraire, le Dr Fisher a toujours représenté dans l’Église anglicane une tendance nettement protestante et ouvertement en défiance à l’égard du catholicisme.

Jusqu’à présent, c’était exclusivement dans le sens d’un rapprochement avec les Églises protestantes qu’il avait poussé l’anglicanisme dont il était le principal représentant. Si pourtant, parvenu à la fin de sa carrière, il avait décidé de faire un grand pas d’un autre côté, c’est d’abord, sans doute, parce qu’aucun homme d’église non catholique conscient de ses responsabilités ne pouvait rester insensible aux initiatives toutes nouvelles de Jean XXIII. Mais c’est aussi parce que ces initiatives avaient déjà réveillé au sein de l’anglicanisme une sympathie, déçue sans doute par des expériences passées, mais qui n’attendait que de franches ouvertures pour se ranimer.

De fait, si cela n’était pas, la nomination du Dr Ramsey comme son successeur sur le siège de Cantorbéry aurait été impensable. S’il n’est pas douteux que le Dr Ramsey est un des plus éminents théologiens de l’Église Anglicane contemporaine, ses sympathies catholiques étaient d’autre part assez connues de tous pour que sa promotion fût apparue quasi impossible en d’autres circonstances.

Cela n’est pas à dire qu’il faille entrer dans la voie des illusions et nous imaginer que la réunion avec les Anglicans est pour demain. Mais, indéniablement, cette promotion, après la démarche du Dr Fisher, est un pas de plus dans la voie du rapprochement, et un très grand pas.

Mais le plus important est qu’elle n’ouvre pas l’espoir d’un rapprochement forcé, artificiel. Tout au contraire, l’inspiration indéniablement traditionnelle, catholique pour autant, du nouveau primat ne l’empêche pas d’avoir une compréhension sympathique des plus profondes pour tout ce qu’il y a de positif dans le protestantisme, et en particulier dans l’inspiration première des Réformateurs du XVIe siècle.

A cet égard, son orientation théologique ne le rapproche nullement de certains anglicans catholicisants dont l’imitation, parfois tout extérieure, du catholicisme va de pair avec une méconnaissance complète des problèmes soulevés par la Réforme.

Il est de ceux, dans la ligne de pensée de Frédérick Denisou Maurice (sur lequel il a écrit un remarquable essai), qui pensent que la vocation propre des anglicans, au milieu des protestants, est de montrer comment le dogme, la structure de l’Église, la tradition liturgique et sacramentelle sont non seulement conciliables avec le meilleur et le plus positif des aspirations évangéliques du protestantisme mais nécessaire à un véritable épanouissement de celles-ci, que l’histoire des Églises protestantes a maintes fois plus étouffées que satisfaites. C’est dans cet état d’esprit qu’il a publié, il y a une trentaine d’années, un des ouvrages théologiques les plus originaux et les plus pénétrants que le mouvement œcuménique ait jamais suscité : The Gospel and the Catholic Church (L’Évangile et l’Église catholique).

Longtemps Subwarden du Collège théologique (séminaire) de Lincoln, le Dr Ramsey a ensuite été chanoine de Durham et professeur de l’Université de cette ville, avant de devenir Regius Professor de théologie à Cambridge. Son élévation à l’épiscopat l’a ramené pour quelques années à Durham. C’est comme évêque de cette ville qu’il a été l’un des deux assistants du primat au couronnement de la Reine. Peu de temps après, il était transféré au siège archiépiscopal d’York.

En dehors des livres déjà mentionnés, il est l’auteur de deux ouvrages très importants de théologie biblique, le premier sur la gloire de Dieu et la transfiguration du Christ, le second sur sa Résurrection.

Au contraire de la plupart des évêques modernes, protestants aussi bien que catholiques, il n’a pas la réputation d’être fort intéressé par les problèmes administratifs. En revanche, son souci pastoral et sa sympathie pour les problèmes de la vie et du ministère du clergé qui lui a été confié jusqu’ici lui ont valu de chaudes sympathies, même auprès d’ecclésiastiques anglicans qui sont loin de partager ses vues.

Ajoutons qu’il a en plus de ces divers traits qui le rapprochent singulièrement de Jean XXIII un humour britannique d’une rare qualité, fort différent certes de la finesse latine, mais qui ferait merveille assurément dans un duo avec elle.

Louis BOUYER

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