Entretien avec le père Olivier Manaud

La musique liturgique édifie l’Église

dimanche 26 janvier 2014

Prêtre du diocèse de Quimper, le Père Olivier Manaud est curé de paroisse et enseigne la théologie de la musique liturgique à l’Institut catholique de Paris. Son livre reprend sa thèse soutenue en janvier 2012.

■ Peut-on vivre sans musique ?

Presque tout le monde écoute de la musique. C’est sans doute parce qu’elle est inscrite dans le cosmos et aussi au cœur de l’homme. Quant à l’Église, elle est née en chantant !

L’histoire de l’Église est aussi une histoire de la musique et du chant. L’Église ne peut pas vivre sans chanter.

■ La musique liturgique doit-elle beaucoup à la musique juive ?

La liturgie chrétienne a des racines dans la liturgie synagogale. Ce que nous avons gardé et de facilement discernable se trouve dans la manière de chanter les psaumes en chœurs alternés, comme dans les communautés religieuses et monastiques.

■ Les voûtes romanes, ou les églises métalliques, influent-elles sur la qualité du chant offert à Dieu ?

Cette question rejoint de manière très spécifique ma thèse. Je suis effectivement convaincu qu’il y a une mutuelle influence entre l’architecture des édifices et le répertoire qui s’y est déployé. Les voûtes romanes ont dialogué avec le répertoire grégorien ; les voûtes gothiques avec la polyphonie. Les églises ont été conçues comme de véritables instruments de musique. Cette réalité très prégnante à l’époque médiévale a fait l’objet d’un véritable savoir et savoir-faire.

L’influence de Descartes et de la sectorisation des disciplines a entraîné progressivement une rupture dans la tradition antique de dialogue fécond entre la musique, l’architecture et la liturgie. Le résultat a été ensuite des créations d’églises d’une part, et de répertoire d’autre part, en totale déconnexion acoustique. Une église en bois ou en métal ne sonne pas comme une église en pierre ! C’est certain. Une composition musicale devrait se faire pour une communauté donnée et un lieu donné, c’est-à-dire pour un instrument de musique et ceux qui vont le faire sonner.

■ Peut-on alors jouer tout type de musique liturgique dans tout type d’église ?

Certains répertoires ne conviennent pas à certaines églises et sont éprouvants pour l’assemblée chantante. À l’inverse, lorsque le chant est dans un dialogue fécond avec l’acoustique du lieu, cela favorise une ambiance propice à la prière et aide ainsi à nous rapprocher de Dieu.

À Quimperlé, il y a plusieurs clochers. À l’abbatiale Sainte-Croix, église des XIe et XIIe siècles, le répertoire grégorien est celui qui convient le mieux. Dans l’église Notre Dame, des XIVe et XVe siècles, la polyphonie et la musique instrumentale conviennent très bien.

■ La sonorisation électrique des églises est-elle bénéfique ?

Pas toujours hélas ! Dans des édifices romans, il vaut mieux s’abstenir et apprendre à poser sa voix pour faire sonner le lieu. L’enjeu est aussi de redécouvrir les postures liturgiques et la capacité de proclamer la Parole avec force et clarté. Dans d’autres lieux, il est parfois appréciable de profiter de la sonorisation. Ceci soulève une question de théologie pastorale qui gagnerait à être prise à bras-le-corps.

Père Olivier Manaud, La musique liturgique édifie l’Église, Pierre Téqui éditeur, 580 pages, 32 e.

http://www.librairietequi.com/A-55219-la-musique-liturgique-edifie-l-eglise.aspx

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