FC 1212 – 6 mars 1970

La messe rénovée

par le R.P. Louis Bouyer

jeudi 15 décembre 2011

Voici maintenant quelques mois que le nouvel Ordo Missae, en France, est entré en application. Désormais, les fidèles, dans les paroisses, en tout cas, où l’on s’est efforcé de l’appliquer honnêtement et intelligemment, et elles sont, grâce à Dieu, assez nombreuses, en ont quelque expérience. Il peut être temps, par suite, d’en faire un premier bilan et d’essayer de comprendre plus profondément ce que doit signifier la réforme liturgique dont il constitue la pièce maîtresse

Au milieu d’un charivari de commentaires

Hélas ! cette réforme s’est produite au milieu d’un charivari de commentaires également tendancieux, qu’ils fussent « progressistes » ou « intégristes », et qui, d’ailleurs, une fois de plus, tout en prétendant s’opposer les uns aux autres radicalement, en fait, en donnaient à peu près la même caricature. Car, d’un côté comme de l’autre, on s’est employé à nous faire croire que l’introduction du nouvel Ordo signifiait la répudiation de toute la tradition catholique touchant l’eucharistie et y substituait une « nouvelle messe », à peu près dénuée de tout rapport avec la messe de toujours. Mais alors que les uns se lamentaient à grands cris sur un tel changement, les autres faisaient éclater leur exultation…

Aujourd’hui que chacun pu voir dans la réalité de quoi il s’agissait, tout le monde peut constater que l’accord dissonant de ces criailleries dont on nous a rebattu les oreilles ne reposait pratiquement sur rien.

Procédé aux enzymes

Il faut malheureusement ajouter qu’une certaine réclame, qu’on veut croire ingénue, a contribué à égarer les esprits. On a pu lire avec étonnement, dans la publicité faite pour l’édition en France du nouvel Ordo, que tous les prêtres devaient absolument s’en procurer aussitôt un ou plusieurs exemplaires, pour ce motif qu’aucune prière de l’ancienne liturgie n’avait été conservée telle qu’elle. Il faut avouer que de tels procédés rappellent fâcheusement les fameux « enzymes », qui non seulement « lavent plus blanc », mais seraient les seuls à « laver blanc » ! Il est très légitime de vouloir que les nouveaux textes se diffusent rapidement…, mais rien ne pourrait faire plus de tort à la nouvelle liturgie sous son revêtement français que le soupçon qu’il s’agit là d’une affaire d’argent et de rien d’autre. Attention ! Une réclame comme celle-ci a mis la puce à l’oreille, comme on dit, à quelques milliers de prêtres jusque-là de bonne volonté. Que les responsables de ce faux pas continuent sur cette lancée, et ils ne devront s’en prendre qu’à eux-mêmes si les résultats, pas seulement financiers, sont tout autres qu’ils ne les avaient prévus…

L’exacte mesure des modifications

La vérité est que, bien loin que le nouvel Ordo représente une telle mutation, un carton de format réduit aurait pu aisément contenir toutes les modifications à apporter au texte des livres jusqu’ici en usage et permettre de célébrer, avec ceux-ci, la « nouvelle » messe.

Quand on y a pris part, en effet, on n’a plus besoin de longues explications pour comprendre que les affirmations du style : « La messe qui avait été célébrée pendant deux millénaires dans nos cathédrales et nos églises de village y a disparu définitivement… » (citation littérale d’un de nos plus grands et plus sérieux (?) quotidien), ne sont que des absurdités démentielles…et l’émotion qu’elles ont soulevée totalement privée de base.
Le Canon de la messe romaine, les nouvelles prières eucharistiques l’accompagnant, et qui sont déjà devenue si populaires, se retrouvent absolument tels quels dans le nouvel Ordo, dont ils constituent la partie essentielle. Les seules modifications textuelles ne touchent que des prières introduites dans le Missel romain à la fin du Moyen Age, et qui n’y ont jamais été que des appendices secondaires, réservés jusqu’ici à la seule dévotion privée du célébrant (comme le formulaire pénitentiel du début, ou les prières dites à l’offertoire), à la seul et unique exception d’un membre de phrase dans la prière Libera, qui suit l’oraison dominicale… Présenter une mise au point de ce genre comme une révolution sans précédent et qui bouleverse tout dans la messe, cela devrait donc couvrir d’un ridicule ineffaçable ceux qui le font. Quant aux nombreux chrétiens qui en ont été troublés, ils ne doivent tirer de cette affaire qu’une seule conclusion : ne plus jamais prendre au sérieux ceux qui les ont trompés à ce point !

Est-ce à dire que la parution et l’application du nouvel Ordo soient dénuées d’importance ? Ce serait une autre erreur, guère moins pernicieuse que la précédente. L’importance du nouvel Ordo tient à ce qu’il constitue la codification générale, une mise au point de détail, sinon définitive, au moins de portée assurément durable dans l’ensemble, et surtout peut-être la justification par leur rassemblement et leur co-adaptation d’une série de réformes successives dont on voyait mal jusqu’à présent toute la portée.

Ce qu’on a voulu

Loin qu’il s’agisse par là de démembrer et d’enterrer « la messe de toujours », il devrait être clair maintenant qu’on n’a voulu que rendre à ses éléments fondamentaux et à leurs liaisons naturelles toutes leurs dimensions primitives, tout le développement séculaire qui leur confère une actualité permanente, en les débarrassant simplement d’additions tardives, plus ou moins secondaires, qui empêchaient d’apprécier, voire parfois tout simplement d’apercevoir l’essentiel.

Annonce méditée de la Parole de Dieu centrée sur le mystère du Christ, réponse de la foi de l’Eglise qui s’y livre, les deux se rencontrant dans l’offrande de l’unique sacrifice où nous sommes à la fois offerts et offrants dans le Christ, voilà ce que la messe avait toujours été. Et voilà ce que la réforme aujourd’hui réalisée nous permet d’y découvrir dans sa plénitude. Quoi de plus actuel en un sens, mais quoi de plus fidèle à la tradition la plus pure ?

C’est ce que nous nous efforcerons de dégager dans deux autres articles. Après cela, il sera temps d’envisager quelles mises au point ultérieures l’expérience déjà poursuivie devrait faciliter.

Louis BOUYER

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