La loi et les mœurs

par Gérard Leclerc

mardi 17 octobre 2017

Il est inutile de revenir sur l’histoire sordide d’un producteur de cinéma américain. Les médias l’ont suffisamment évoquée sous tous ses aspects et nous savons l’avalanche de témoignages qui a suivi et qui entache le nom même et l’aura d’Hollywood. Mais en dehors des faits, comment ne pas s’interroger sur la nature d’un phénomène étonnant ? Ainsi un prédateur a-t-il pu s’en prendre à une multitude d’actrices, pendant des décennies, sans que rien ne soit révélé du scandale, et brusquement c’est le déferlement ! Bien sûr, on explique cela par la toute-puissance d’un personnage et la situation de sujétion de ses victimes. Mais je ne puis m’empêcher de penser que la loi de l’omerta bénéficiait aussi d’une complicité diffuse, qui concerne aussi bien les médias que l’ensemble d’un vaste milieu social. Bergson parlait déjà en son temps d’une société aphrodisiaque. Qu’aurait-il dit de la libération des mœurs unanimement célébrée dans les années soixante ?

On me dira que cette libération a pu être utile aux femmes, dont la condition a pu être améliorée. C’est vrai dans une certaine mesure, parce qu’elle a souvent revêtu un goût d’amertume pour beaucoup, qui ont gâché leur vie. Car il n’y a pas qu’Hollywood en cause, il y a d’autres professions qui, sous couvert d’émancipation, ont exploité les femmes. Et il a fallu aussi plusieurs décennies pour que le scandale éclate également par la mise en cause d’une personnalité particulière mais sans que l’ampleur des dégâts soit vraiment connue.

Comment réagir à tout cela, sinon en légiférant ? Nous allons, en France, vers une loi contre les violences dites sexistes et sexuelles. Il y a sûrement nécessité d’agir par la loi pour mieux protéger. Mais je redoute aussi une société trop encadrée législativement. Il faut des interdits, mais si ces interdits ne sont pas profondément intériorisés par les personnes et par l’ensemble du corps social, il y a risque de schizophrénie. Pour un équilibre profond, il faut non seulement des lois, il faut aussi des mœurs. Des mœurs qui rendent la vie plus aisée et plus belle. Mais c’est une autre histoire !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 17 octobre 2017.

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