Discours d’Édouard Philippe

La logique du politique

par Gérard Leclerc

mercredi 29 avril 2020

Après le discours du Premier ministre, une certitude. C’est l’exécutif qui portera tout le poids des décisions pour mener le pays au bout de la crise. Sa démarche sera forcément pragmatique. Et si l’opposition a de graves objections à lui faire, une éventuelle crise politique ne pourra éclater qu’après.

Le discours du Premier ministre devant l’Assemblée nationale, réduite à la portion congrue, a marqué, quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur le fond, un grand moment de notre vie politique et institutionnelle. Les circonstances exceptionnelles donnaient toute leur gravité et leur tension à la parole d’Édouard Philippe, en rendant comme évidente ce qu’est la logique de la politique. En effet, si le régime parlementaire, avec sa légitimité démocratique, semble donner la priorité au consentement, il n’empêche que ce consentement n’a d’existence et de vigueur que s’il répond à une autorité constituée, en situation de proposer et aussi de décider. Sans doute la critique doit-elle être totalement libre, et il convient de se féliciter lorsqu’une opposition pugnace est en capacité de mettre en évidence les carences, les faiblesses et les oublis de l’exécutif. Mais cet exécutif ne saurait être mis en échec, sous peine d’une aggravation considérable de la crise.

Jean-Luc Mélenchon, dans sa réponse à Édouard Philippe, a semblé mettre en doute la légitimité du président de la République, en insistant sur les erreurs d’Emmanuel Macron. Mais si l’opposant a évoqué la possibilité d’une crise politique qui couronnerait toutes les autres déjà advenues, sanitaire, économique, sociale, celle-ci, en toute hypothèse, ne pourrait intervenir qu’au terme de la pandémie, sinon ce serait le chaos. Donc l’autorité appartient bien à ses détenteurs actuels, qui vont devoir mener jusqu’à son terme l’action nécessaire pour permettre au pays de survivre au-delà de cette terrible épreuve.

Quant aux mesures annoncées par le Premier ministre, elles se signalent par leur prudence, parfois même par leur hésitation, notamment en ce qui concerne le retour à l’école. Mais cela correspond aussi aux incertitudes des scientifiques eux-mêmes et au manque de moyens cruel pour accompagner le déconfinement. C’est le pragmatisme qui commandera la suite des décisions à prendre. Nous aurons à les apprécier au fur et à mesure, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’ouverture de nos églises. Des églises qui n’auront pas seulement à envisager le retour aux cérémonies communautaires. Il faudra aussi prendre garde à l’avertissement de Natalia Trouiller : « Nos paroisses sont-elles prêtes à l’afflux de la misère qui va déferler ? »

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 29 avril 2020.

Messages

  • Pour Gérard Leclerc
    Merci de votre chronique de Radio-ND du 29 avril qui prend en compte la logique politique à laquelle sont confrontés le gouvernement et Emmanuel Macron ( c’est leur rôle).
    Quand on voit les réactions de beaucoup de catholiques, on ne peut que s’interroger sur la façon, dont ils perçoivent les rapports entre l’Eglise et l’Etat, entre les fidèles et la Loi. Il faudra après la pandémie approfondir ces sujets.
    Oui le pragmatisme du gouvernement est justifié et chacun doit prendre sa part de traversée du désert, comme l’ a fort bien dit l’évêque de Cayenne.
    Cordialement
    Eric Britsch Paris

  • « Pragmatisme » ? Vraiment ?
    Pourtant de curieuses décisions prises... concernant certains médicaments qui en février se découvrent soudain dans la liste des substances vénéneuses, alors que depuis 60 ans ils sont vendus, sans ordonnance...
    Tous ces morts, »d’autre chose » qui se retrouvent sur les liste de décès par coronavirus ; toutes ces décisions concernant des catégories de population, qui ne seront pas prises en charge sinon pour être accompagnées à la mort...
    Ces décisions prises et coordonnées par ceux-là mêmes qui aujourd’hui sont normalement aux postes de décision et qui, il y a quelques années décidaient des coupes qui provoquent la pénurie actuelle (ils étaient alors du cabinet Touraine) ; ces retards à l’allumage, lorsque l’on faisait traiter de « raciste » qui préconisait des attentions particulières aux personnes revenant de Chine, à la fin de l’hiver...
    Ces médecins qui n’ont plus la possibilité d’exercer leur art selon leur expérience ancienne ou nouvelle (cf les succès de transfusion de plasma en Italie) mais qui doivent obéir le petit doigt sur la couture du pantalon à des politiques ; ces personnels de tous ordres qui sont restés sans matériel adéquat ; ces entreprises françaises qui ont attendu vainement plus de 2 mois une simple réponse à leur proposition de fabrication de matériel (et celui fabriqué qui n’est pas utilisable car pas adapté !)...

    Vous appelez cela du « pragmatisme » ?

    J’aurais plutôt pensé que c’était là l’expression d’une idéologie...non ? -la même qui laisse entrevoir aux parents soucieux de ne pas exposer leurs enfants à l’école, de ne plus bénéficier en ce cas d’un chômage partiel si généreusement octroyé par un système étatique qui, il y a 6 mois encore n’avait pas d’argent, ni pour l’armée, ni pour les pompiers, ni pour la police, ni pour les retraités, ni pour les .. hôpitaux !!

    Curieuse convergence de ces décisions qui toutes vont dans un même sens, rendant incapable de faire face...

    Quant aux catholiques, ils ont peut-être gardé la mémoire d’épidémies de peste, choléra et autres joyeusetés qui n’avaient pas empêché et de prier, collectivement et en plein air même, ni d’aller aider, soigner, enterrer...
    Épidémies localement plus importantes que celle-ci qui, statistiques officielles et mondiales à l’appui, n’a pas plus d’impact que la grippe habituelle pourtant pas montées en épingle comme celle-ci.
    La France y occupe le 4ème rang mondial des décès (avec tous les oublis et aussi les imputations de corona pas réelles) et n’a en réalité que peu soigné, attendant que les dégâts soient déjà assez importants pour nécessiter une hospitalisation.
    Ces catholiques se souviennent peut-être aussi que, selon la loi, la liberté de culte n’est pas simplement une liberté de réunion.
    Les personnels médicaux sont soit au chômage technique ( toutes les autres maladies étant passées à la trappe) soit en sur-régime : services de réa spécifiques.
    Ceux-là seront-ils encore opérationnels quand les autres malades souhaiteront reprendre leur traitement, assumer les interventions originellement prévues etc ?

    « Pragmatisme » ? -quand toutes les décisions viennent du plus haut, gommant d’un seul trait les autorités intermédiaires et plus proches de la réalité -la subsidiarité...- qui de fait est la seule gage d’une certaine adéquation et capacité d’intervention sans « tout bloquer » ?

    « Pragmatisme » ? - dans les ehpad ? Qui ignore qu’une personne âgée isolée se « laisse glisser » vers la mort ?- Sinon des gens assez loin du réel et de la remontée des informations de ces institutions ?
    Ou encore peut-être indifférents aux effets « collatéraux » d’une crise, tellement habitués de la « culture de mort » que quelques uns de plus ou pas (« et d’âge canonique » de plus) ne représentant qu’à peine une ligne d’une courbe de calcul, reste insignifiant ?
    Vous »réalisez » la cruauté au quotidien que cela signifie pour ces personnes abandonnées ?

    Je crains parfois qu’un regard encore fixé sur « bien commun » , « service de la communauté »etc soit déjà dépassé par le réel, et devenu comme un « conte de fée »...
    D’ailleurs actuellement les « contes de fées » sont surtout des films fantastiques de combats extrêmes incorporant de plus des « entités » plus ou moins spirituelles, qui font passer le mal pour un bien...
    Y compris en film d’animation.
    Est-ce si « étranger » ? « Étrange » ?

    Aurions-nous simplement un train -et pas n’importe lequel, pas un TER mais un TGV- de retard ?

    Il est vrai que l’horreur est difficile à croire, penser, et assumer.
    Pourtant, dans la surchauffe de l’urgence, bien des médecins auront dû se résoudre, même lorsqu’ils ne font pas partie de ceux qui le pratiquaient déjà, à « laisser tomber » des patients, sur des critères qui ne sont pas d’abord d’ordre médical.
    Et pour eux comme les autres personnels cela laissera des traces en profondeur, tout comme cette horrible impression d’être lâchés en première ligne sans outils adéquats.
    Car, enfin, s’ils résistaient prochainement à des « décrets » allant dans un même sens de simplement « accompagner » la mort, on saurait bien leur rappeler, et leur conscience en premier, ce qu’il en fut.

  • N’empêche que je m’interroge ; solutionner une crise sanitaire par toute une série de mesures non pas immédiatement sanitaire (parce que si un Etat, c’est à dire un pouvoir exécutif, nn’assure pas la sécurité sanitaire de sa population, à quoi sert-il ? Quelle est sa raison d’être ?) mais essentiellement liberticides et autoritaristes, sans limite dans le temps d’ailleurs, ça m’inquiète. Et tous les ans on décrétera l’incarcération nationale de la population et on gommera 1/4 de l’année économique et sociale ?
    Arr^^etons de trouver des excuses aux "élites" auto-proclamées qui ont failli.

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