Éducation

La liberté des familles

par Gérard Leclerc

jeudi 8 octobre 2020

© Philippe Lissac / Godong

Pour lutter contre le séparatisme, ou plutôt pour promouvoir la laïcité, Emmanuel Macron a fait deux propositions qui ont suscité de vives objections. La première concerne l’apprentissage de la langue arabe à l’école dans le but de détacher les enfants des familles musulmanes des organismes fondamentalistes où ils reçoivent un enseignement dangereux. On a opposé au président, au contraire, la nécessité de renforcer l’apprentissage du français, qui est la condition impérative d’une meilleure intégration. La deuxième proposition consiste à imposer l’école obligatoire dès l’âge de trois ans, ce qui empêcherait des dizaines de milliers de familles de procéder elles-mêmes à l’instruction de leurs enfants, ce qui était admis jusqu’alors.

Sans doute, il s’agit toujours de lutter contre les réseaux extra-scolaires des séparatistes. Mais la portée d’une telle décision met gravement en cause la liberté des familles, celles qui pratiquent l’enseignement à la maison n’étant nullement assimilables aux milieux qui développent des dérives sectaires. J’en suis témoin personnellement, ayant observé au moins deux familles amies qui avaient choisi ce mode éducatif pour le meilleur épanouissement de leurs enfants. Cette discussion sur la liberté scolaire m’a renvoyé une quarantaine d’années plus tôt, lors du premier septennat de François Mitterrand, avec l’idée d’intégration de l’enseignement privé, essentiellement catholique, dans un grand service public.

Journaliste responsable au Quotidien de Paris du dossier scolaire, j’avais suivi minutieusement toutes les péripéties de cette affaire et j’avais eu notamment une rencontre mémorable avec François Mitterrand lui-même. C’était la liberté des familles qui était en jeu, et l’on retrouvait des doctrines qui dataient de la Révolution française. N’est-ce pas Danton qui déclarait : « Mon fils ne m’appartient pas, il est à la République. C’est à elle de lui dicter des devoirs pour qu’il la serve. » Mais le président avait-il conscience qu’avec sa proposition il renvoyait à un tel choix philosophique ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 8 octobre 2020.

Messages

  • Sous prétexte de lutter contre un séparatisme qu’il ne définit d’ailleurs pas, Macron veut favoriser l’apprentissage de l’arabe dans les écoles publiques. Ignore-t-il que l’arabe est la langue vernaculaire de l’islam et que l’encouragement de sa pratique ne fait que faire progresser l’islam en France ? Il faut, c’est évident à condition de n’avoir pas fait de grandes écoles, et surtout pas l’ENA, exiger la maîtrise de la langue française avant toute naturalisation (et supprimer la double nationalité) et interdire toute école coranique sur le territoire français.
    Pour l’école dès 3 ans, c’est ce que Christopher Lasch appelait l’Etat thérapeutique. L’Etat entend s’immiscer dans la vie quotidienne de chacun sous prétexte qu’il lui fournit un certain nombre de services (sanitaires, sociaux, éducatifs). En échange de ces services, l’individu doit lui abdiquer une grande part de sa liberté. Ce n’est pas nouveau, c’est consubstantiel au libéralisme et au matérialisme - aux Lumières -, et ça ne peut qu’empirer.

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