La leçon de Noël du pape François

par Gérard Leclerc

jeudi 27 décembre 2018

On n’en attendait pas moins du Pape dans la nuit de la Nativité. De ce point de vue, il est d’ailleurs dans la ligne de ses prédécesseurs et de la doctrine sociale de l’Église, mais il intervient dans son style incisif, bien repérable. Il s’est ainsi élevé contre « l’insatiable voracité qui traverse l’histoire humaine » et qui aboutit au scandale contemporain, quand « quelques uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre ». Et François de développer une ligne de conduite conforme à la leçon de l’Évangile de Noël : « Ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce que j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? […] Est-ce que je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ? »

La méditation du Pape est belle, elle s’inspire d’une mystique eucharistique, mais on ne saurait ignorer sa dimension politique et économique. Je fais partie de la génération qui a vu émerger la notion de société de consommation. Elle correspondait à la période d’expansion des Trente Glorieuses qui, après les privations de la guerre et les sacrifices de la reconstruction, avait abouti à un niveau de vie supérieur et à l’accès aux biens de consommation modernes : appareils ménagers, télévision, automobile… Cette expansion matérielle était aussi liée au développement de la scolarité et à un prodigieux bond en avant de l’enseignement supérieur. Apparemment, il n’y avait guère de quoi critiquer cette évolution qui profitait au plus grand nombre. Pourtant, déjà des intellectuels mettaient en cause un système consumériste foncièrement matérialiste et individualiste, prisonnier d’une forme de gouvernance étrangère aux concepts purement économiques : celle du marketing et de la publicité.

On ne peut nier que le système libéral a eu des effets positifs, mais on avait raison aussi d’envisager ses limites et ses défauts. Aujourd’hui, il se trouve défié directement par l’impératif écologique de sauvegarde de la planète. On redécouvre la nécessité d’envisager ses dangers et ses défauts. Aujourd’hui, il se trouve défié directement par l’impératif écologique de sauvegarde de la planète. On redécouvre la nécessité des limites et le péril d’une croissance exponentielle continue. La logique même du capital est en cause. Le contenu de la croissance est aussi en procès. Un simple exemple : comment supporter l’insalubrité d’une partie de notre patrimoine immobilier qui a entraîné le drame de Marseille ? La prédication du Pape, pour renvoyer à la mystique évangélique, n’en est donc pas moins en prise directe avec l’économie de la mondialisation.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 27 décembre 2018.

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Photo : © CTV

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