La laïcité, une praxis au service du bien commun

par Gérard Leclerc

mardi 24 novembre 2015

Faut-il cent fois sur le métier remettre le concept de notre sacro-sainte laïcité ? Chacun sait que pour beaucoup elle constitue le talisman précieux, capable de nous protéger de tous les maux : la peste, le choléra, et d’autres pires encore. Je galèje bien sûr, mais non sans intention de mettre les pieds dans le plat. Ce n’est pas la laïcité qui nous sauvera du terrorisme et de l’extrémisme djihadiste. Il n’est pas sûr qu’elle ait la capacité, à elle seule, de prendre la mesure du phénomène idéologique et religieux en cause. Qu’est-ce que la laïcité ? Très modestement, un dispositif de gouvernement, qui grâce à la séparation du politique et du spirituel, permet l’existence d’une société pluraliste, en assurant les conditions de la liberté de conscience. Je dis modestement, mais ce n’est pas rien de servir ainsi le bien commun et la liberté des citoyens. Cela ne justifie pas de gonfler le concept, si on me permet cette expression, qui risque d’éclater comme la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf.

La laïcité consiste avant tout dans l’exercice pragmatique de l’autorité, capable de prendre de judicieuses décisions à un moment donné. En gros, c’est une praxis, ce n’est pas une philosophie, même si elle est circonscrite par quelques principes de base. Le philosophe John Rawls dirait que ce n’est pas une doctrine compréhensive, c’est-à-dire une pensée qui éclaire sur le sens de la vie humaine. La meilleure preuve, c’est qu’elle peut être une occasion de regroupement pour des gens aux conceptions les plus diverses dans les domaines philosophiques et religieux. C’est pourquoi il importe de noter d’un zéro pointé l’Association des maires de France qui vient de fournir sa propre définition de la laïcité : « Une approche philosophique du vivre ensemble que l’on peut qualifier d’humaniste parce qu’elle ne se réfère à aucun dogme religieux ni à aucune vérité “révélée” et qu’elle n’est soumise à aucun appareil religieux. » Cette définition, qui sent bon le rationalisme rabougri et le b-a ba de la rue Cadet, est tout simplement inepte. Elle confond laïcité et laïcisme, et s’ordonne dans une lourde dogmatique anti-religieuse. Quand on apprend dans le même texte que le plus beau fleuron de la laïcité consiste dans l’éradication des crèches de nos mairies, on se dit que la boucle est bouclée, et que le comble de la sottise est atteint par des gens qui n’ont rien trouvé de mieux que de pourchasser nos santons populaires, quand la maison brûle. Mon Dieu, quelle pitié !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 24 novembre 2015.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Une approche philosophique du vivre ensemble, humaniste, elle ne se réfère à aucun dogme, ni à aucune vérité révélée. Elle n’est soumise à aucun appareil religieux.
    Comment peut-on voir une quelconque"lourde dogmatique anti-religieuse" dans cette définition.
    Ou bien je ne sais pas lire. C’est déséspérant, une si mauvaise foi pour des gens qui ont la Foi.

    • Eh bien, Terrasse Serge, je vous rassure tout de suite : vous ne savez pas lire...

    • Vous n’avez pas l’air de comprendre que la laïcité à laquelle les catholiques adhèrent sans aucune difficulté, parfaitement définie par Gérard Leclerc, n’est pas le laïcisme que propage François Baroin en parfaite harmonie avec le discours franc-maçon, et qui tent en réalité à expurger l’espace public de toute référence religieuse pour reléguer le religieux dans la sphère privée, comme s’il s’agissait d’une simple opinion personnelle. Ce laïcisme profite en fait de ce qui apparaît comme une menace islamiste sur la république pour éradiquer ce qui reste de références chrétiennes aux fondements de nos moeurs et de notre société politique.

      Il y a là une violence incroyable (et incroyante...) faite à la nature religieuse de l’être humain qui est inadmissible et qui, d’ailleurs, nous empêche d’aborder avec sagesse la question de l’islam dans notre pays ainsi que l’a exposé Pierre Manent avec beaucoup de force dans son dernier livre, Situation de la France.

      Mais je citerai ici un autre auteur :

      "L’appel, qui revient souvent, à propos de la ’laïcité’ et qui devrait guider l’engagement des catholiques, demande une clarification, et pas seulement au niveau terminologique. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n’a rien à voir avec le "confessionnalisme" ou l’intolérance religieuse. Pour la doctrine morale catholique, LA LAICITE EST COMPRISE COMME UNE AUTONOMIE DE LA SPHERE CIVILE ET POLITIQUE PAR RAPPORT A LA SPHERE RELIGIEUSE ET ECCLESIASTIQUE MAIS PAS PAR RAPPORT A LA SPHERE MORALE" (Note doctrinale à propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques en politique, texte signé par le cardinal Joseph Ratzinger en 2002).

      Il résulte de cette distinction des conséquences extrêmement claires exposées dans la note susmentionnée et que je résume ainsi :

      1° l’Etat ne doit pas se mêler des actes religieux.

      2° une loi religieuse ne doit pas être érigée en loi d’Etat.

      3° Les croyants ont le droit comme tous les autres citoyens de rechercher la vérité, de promouvoir et de défendre librement par tous moyens licites, les vérités morales sur la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et les autres droits de la personne telles qu’ils les conçoivent. LE FAIT QUE CERTAINES DE CES VERITES SONT ENSEIGNEES PAR LES EGLISES NE REDUIT EN RIEN LA LEGITIMITE ET LA LAICITE DE L’ENGAGEMENT DE CEUX QUI SE RECONNAISSENT EN ELLES.

      Nous avons quelqu’un en France qui se fait une spécialité de la traque aux catholiques en politique : c’est "Noël" Mamère (né le 25 décembre dans une bonne famille catholique et devenu laïciste enragé) qui se permet d’attaquer un adversaire en lui déniant le droit d’exprimer une idée d’inspiration catholique en plein hémicycle parlementaire.

      C’est précisément ce qui fait problème dans l’approche de la laïcité que véhicule le président de l’association des maires de France, car le tour laïciste qu’il donne à "sa" laïcité, un humanisme neutralisé, aseptisé, prend en réalité une forme idéologique d’humanisme anti-religieux qui n’est pas sans ressemblance avec celui que propageait l’athéisme d’Etat soviétique : il s’agit de délégitimer et in fine d’expulser toute manifestation religieuse de l’espace public y compris lorsqu’elle correspond à des traditions culturelles pour lui substituer un nouveau culte, une jactance creuse et vide : la religion...de la laïcité érigée comme "valeur" de la nouvelle humanité débarrassée de ses anciens dieux pour ne laisser place qu’au seul "vrai" dieu : l’individu, ses droits, ses libertés.

      On présume ainsi que M. Baroin a tout de même dû tolérer à proximité de sa mairie un "sapin de solstice d’hiver" en attendant la disparition complète du 25 décembre comme jour férié, s’il poursuit dans sa logique infernale...

      En réalité, pour M. Baroin, la seule religion compatible avec sa laïcité laïciste est la libre pensée républicaine dans sa nouvelle version libertaire dont les symboles, les fêtes (bientôt le téléthon), le dogme, doivent pouvoir se répandre partout et sur tous. Expulsons les religions, la religion renaîtra bientôt mais sous des formes dégradées ou monstrueuses, et parfois seulement bêtasses.

      Il fut un temps où M. Baroin avait l’allure d’un juvénile Harry Potter à lunettes cerclées de métal. Il est à craindre que, vieilli et devenu président de l’association des maires de France, M. Baroin révèle comme Harry Potter cette part de Voldemort qui sommeille en lui : celle d’un laïciste forcené et intraitable digne fils spirituel de Jacques Chirac qui lui a un jour transmis l’onction politique...Ca finit mal pour Voldemort, mais à quel prix pour Poudlard...

    • « Ou bien je ne sais pas lire »

      C’est sûrement cela. Tranquillisez-vous...

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