La jeunesse quitte son canapé

par Grégoire Coustenoble

mardi 4 juillet 2017

Le festival Saint-Jean accueillera dans la prairie du château des Roches en Touraine des centaines de jeunes du 22 au 27 août 2017. Depuis l’appel du pape Jean-Paul II lors des JMJ de Paris (1997), la communauté Saint-Jean organise cet événement dans le but de louer Dieu, le prier et partager des temps forts avec des jeunes de toute la France. Tous les ans, se dressent chapiteaux, tentes et stands afin qu’enseignements, témoignages et concerts puissent enrichir le cœur des festivaliers. Les jeunes profitent de l’éclectisme, de la joie et du dynamisme des frères et sœurs de Saint-Jean présents sur le site du festival. Cette année, le festival aura pour thème « Qu’as-tu fait de ton frère ? » À la suite du pape François, les jeunes chercheront « à sortir de leur canapé », à devenir des jeunes actifs dans la foi. Confiants dans l’Église qui les rassemble, ils veulent se former et s’engager à la suite du Christ. Organisé par les festivaliers eux-mêmes, une centaine de jeunes motivés se retrouvent quelques semaines avant le festival pour le préparer. Tous les goûts, tous les rythmes de vie et les caractères de chacun servent le Seigneur pour un temps de joie et de grâces.

Frère Jean-Yves, de la communauté Saint-Jean est directeur du festival éponyme depuis quatre ans. Il coordonne toute la préparation du festival, surtout avec des jeunes, d’abord une équipe de cinq jeunes qui s’engage pour un ou deux ans à préparer et à monter le festival avec d’autres frères et sœurs de la communauté. C’est le codor, le comité d’organisation. Mais revenons sur la genèse du festival. Celui-ci existe depuis 1998. Constatant l’engouement créé par les JMJ de Paris de 1997, les frères ont relevé le défi de faire des mini-JMJ chaque année en reprenant le même parcours que les Journées mondiales de la jeunesse, même principe et même temporalité : du mardi au dimanche, des catéchèses le matin, des temps d’atelier l’après-midi et des veillées le soir ; chaque jour amenant progressivement à la grande veillée du samedi soir, veillée d’adoration et de confession, et à la messe de clôture le dimanche avec un évêque.

En plus des ateliers de l’après-midi il y a aussi un temps de sport et un village des stands où l’on peut retrouver à la fois les ateliers et des associations qui viennent présenter ce qu’elles font : des associations caritatives comme la maison Lazare, des écoles, tel l’IPC ou l’ICES ainsi que des activités de la communauté Saint-Jean, Noé mission Saint-Jean ou Saint-Jean espérance qui s’occupe des toxicomanes ; des ateliers menuiserie, cordonnerie, boulangerie où l’on propose aux jeunes de s’essayer avec un frère ou une sœur à un travail manuel.

Le vendredi après-midi il y a des activités plus développées, profanes ou religieuses comme, citons pêle-mêle, du canoë, de l’évangélisation, un pèlerinage à Notre-Dame de Miséricorde de Pellevoisin, un grand jeu, du VTT… Tout un panel d’activités où les jeunes choisissent ce qu’ils veulent faire et qui permet de casser le rythme au milieu du festival pour faire quelque chose de différent avant de finir la semaine.

Le festival s’ordonne autour d’un thème, cette année : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Un thème qui, nous explique le frère Jean-Yves, fait suite aux JMJ de Cracovie où le pape François a invité les jeunes à sortir de leur canapé. Le Pape invite les jeunes à aller aux périphéries et à se donner. C’est pourquoi a été accolé à ce thème une citation du Pape : « Sors de toi-même et prends des risques. » Une thématique qu’il a beaucoup reprise et qui s’accorde au synode des jeunes en préparation. « Le Pape demande aux jeunes de prendre leurs responsabilités, de prendre leur place dans l’Église » explique le frère Jean-Yves. Ainsi ce thème lancera les jeunes sur la découverte de qui est leur frère, qui est d’abord l’image du Christ, un autre Christ et de ne pas séparer l’amour de Dieu et l’amour des hommes. Et ensuite, comment ils peuvent se confronter à l’autre, le recevoir comme il est, accepter parfois la rencontre âpre et enfin aborder la notion de service et de responsabilité tout en respectant la liberté de l’autre.

Un fil rouge est prévu tout au long du festival pour creuser ce thème quotidiennement. Avec chaque jour un angle particulier pour aborder la thématique. Le mercredi il s’agira de se demander qui est son frère et de découvrir que Jésus est notre Dieu mais qu’il est aussi notre frère, il s’est fait notre frère. Et à partir de là, découvrir que l’autre est mon frère avant de me mettre à son service. Il faut comprendre la dimension chrétienne de l’attention au frère qui n’est pas simplement de la gentillesse.

Le jeudi sera consacré à la découverte de ses charismes. Pour se mettre au service de ses frères il faut d’abord découvrir ses talents, ses dons.
Le vendredi sera centré sur la rencontre et les obstacles qui peuvent exister à la véritable rencontre du frère. Apprendre concrètement à dépasser des situations de confrontation et donner des moyens pratiques pour les dépasser et aller vers l’autre.

Le samedi ce sera le thème de la responsabilité : Suis-je le gardien de mon frère ? Quelle est ma responsabilité à l’égard de mon frère sans pour autant me substituer à sa conscience ? Responsabilité et respect de la liberté de l’autre.

Enfin, le dimanche, avec Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême qui viendra clôturer le festival, se posera la question du corps ecclésial que nous formons et de la communion avec nos frères. Une communion qui dépasse ce qui est visible, avec la communion des saints, avec l’espérance du Ciel.
Une réflexion nourrie tout au long d’un festival qui s’adresse à une large tranche d’âge, de 16 à 30 ans, la génération JMJ. Des jeunes qui ont soif d’avancer dans leur foi, peu importe là où ils en sont. Ils trouvent au festival de nombreux enseignements, une riche nourriture spirituelle et intellectuelle avec une dimension de joie, avec de nombreuses activités, des frères et sœurs qui témoignent de leur vie consacrée dans une ambiance à la fois très légère et pourtant profonde, témoigne frère Jean-Yves.

D’autant que le cadre dans lequel se déroule le festival est propice à la fois à la joie et au recueillement. En pleine campagne, à côté de Tours, à Saint-Quentin-sur-Indrois, dans les prairies du château des Roches, avec une grande peupleraie qui forme une véritable cathédrale de verdure, – c’est d’ailleurs comme cela qu’on l’appelle là-bas – et où se déroulent les grandes célébrations en plein air avec « ces grands peupliers qui forment les colonnes de l’église ».

C’est là que les organisateurs construisent le site sur un mode très Laudato si’. Les festivaliers prennent par exemple leur repas sur des bottes de paille, sur des tables faites en palettes avec des couverts en bambou et des verres en plastique recyclé. Les jeunes dorment sous tente. Tout est fait pour préserver l’aspect naturel du site. Cela permet aux jeunes de changer de cadre avec un aspect de retour à la nature qui peut prédisposer à l’ouverture du cœur à la rencontre du Christ.

Le site est également à l’année un prieuré de la communauté de Saint-Jean avec huit frères, un lieu de vie duquel les jeunes peuvent s’imprégner même si, pour des raisons pratiques évidentes, les bâtiments ne sont pas accessibles aux 400 jeunes qui fréquentent le festival. C’est également une grande rencontre des frères et sœurs de Saint-Jean dont une cinquantaine vient durant le festival. Certains en formation, qui viennent découvrir la vie apostolique et d’autres qui viennent participer sur des camps ou des enseignements même si on accueille aussi d’autres communautés ou des laïcs.

Tout commence dès le mois de septembre lorsque le comité d’organisation, composé de cinq jeunes, d’un frère et d’une sœur, se regroupe une fois par mois pour travailler la programmation, la communication, les aspects techniques… la finance, l’administration. Ce comité va s’appuyer dès le début de l’année sur des directeurs de camps ; des jeunes qui vont prendre en charge des « camps serviteurs » qui recouvrent tous les aspects du festival, technique, musique, sono, alimentation, hozana (pour la louange), théâtre, décoration… À la tête de chacun de ces camps, un jeune qui s’engage avec un frère aumônier et en général un ou deux frères ou sœurs. Le but, servir le festival avec d’autres jeunes. Le chef « technique » est assisté d’un chef de vie de camp pour s’assurer de façon pratique du bon déroulement du camp, au niveau de la vie spirituelle, de la convivialité, de la fraternité. Cela permet que les jeunes montent le festival et qu’ils en aient l’initiative. Ces camps commencent donc avant le festival. Si les directeurs de camps sont des jeunes expérimentés ayant déjà participé à des festivals, les serviteurs sont de tous âges. De manière générale un camp se forme à partir d’un directeur avec une équipe d’animation de quelques jeunes qui ont déjà fait le camp et qui vont constituer leur équipe.

Le but premier est que les jeunes évangélisent les jeunes. Quand on donne des responsabilités à des jeunes ils témoignent de leur foi, de leur prise de responsabilité. Eux-mêmes grandissent et témoignent. Un dynamisme « excellent » nous assure frère Jean-Yves qui conserve son ardeur à la direction du festival du camp grâce au dynamisme de cette jeunesse pleine de feu qui confirme le bien-fondé de ces rassemblement où il voit des jeunes rayonnants qui souhaitent s’engager l’année d’après.

Les jeunes qui s’investissent sur le festival et plus généralement les jeunes proches du festival sont aussi des jeunes qui s’engagent dans l’Église. Assez souvent d’ailleurs, le festival se termine par une cérémonie de clôture avec des gestes d’engagement. Il s’agit de stimuler les jeunes à ce que le festival ne soit pas qu’une parenthèse dans l’année mais au contraire, un élan pour s’engager tout au long de l’année scolaire. Le festival a lieu fin août, c’est une manière de commencer l’année scolaire et de se mettre en route du bon pied pour l’année.

Pour cela il faut donner aux jeunes trois choses, nous confie le frère Jean-Yves : « La première, c’est de rencontrer le Christ, notamment à travers la vie d’adoration et les sacrements ; qu’il puisse y avoir à l’occasion de ce festival, une rencontre personnelle avec le Christ. C’est ce vers quoi doit tendre tout le festival car pour que le jeune soit enraciné dans sa foi, il doit d’abord faire une rencontre personnelle. Le seconde, c’est la formation. Permettre au jeune de mieux comprendre sa foi. Confronté au monde, les jeunes se posent beaucoup de questions et veulent comprendre l’enseignement de l’Église. Il faut répondre à leurs questions et à leurs doutes, leur donner une nourriture intellectuelle. La troisième chose nécessaire, c’est la joie. Cela passe par la découverte d’une communauté vivante, décomplexée et joyeuse de vivre sa foi. L’expérience d’une vie ecclésiale apaisée, simple et propice à laisser jaillir du plus profond de soi-même tout ce qu’on a de bon, de beau, ses désirs les plus authentiques. C’est la dimension de la joie et de la charité fraternelle. »

L’engagement des festivaliers se mesure à leur implication dans le festival par la suite mais aussi dans les prieurés de la communauté de Saint-Jean où ils peuvent d’ailleurs retrouver des frères et des sœurs rencontrés durant l’été et s’appuyer sur eux au besoin. À Boulogne, les Pèlerins de l’espérance est un groupe qui s’est constitué au fil du temps et qui anime les messes du dimanche soir qui rassemblent 700 à 800 jeunes chaque dimanche soir. Dans le noyau du groupe de prière Abba, qui existe depuis les années 2000, nombreux sont les jeunes qui sont proches du Festival. D’autres initiatives tels que les Dei Amoris Cantores, ou bien les Routes Chantantes sont nées par des jeunes talents passés au Festival.

Les jeunes se regroupent et font par exemple appel à la communauté pour monter des groupes de prière, ils gardent contact, des amitiés solides se nouent. Par Facebook par exemple, ils se partagent rapidement les photos… Lors d’un dernier camp ski, un des animateurs a annoncé qu’il reprenait le camp alimentation : une grande partie des jeunes de ce camp ski l’a suivi. Ils se fédèrent et il existe ou se crée des communautés vivantes où ils peuvent se retrouver. Des jeunes qui viennent principalement du nord et du centre de la France, jusqu’à Lyon.

L’intérêt du festival réside aussi dans ses intervenants. Cette année les jeunes pourront notamment écouter des témoins de qualité comme Tugdual Derville. On retrouvera également Saïd Oudjibou, un Franco-marocain converti de l’islam, aujourd’hui pasteur protestant qui donne un témoignage de feu avec beaucoup d’humour. Il donne d’ailleurs des spectacles. Mais aussi Lorène et Jean-Renaud d’Elissegaray, auteurs du beau témoignage Grâce à toi. Du secret au pardon ou Robin Galhac de l’IPC. Des témoignages concrets, vivants, nécessaires aux jeunes, rendant accessibles de façon plus charnelle les enseignements. D’autant que les témoins ne viennent pas seulement parler mais aussi rencontrer les jeunes au travers d’ateliers et faire le lien avec l’enseignement du matin. Des ateliers pour lesquels viennent aussi des spécialistes de la guérison, de l’oraison, de la vie affective…

Pour ceux, de plus de 18 ans, qui veulent aller plus loin dans la recherche de la vérité, une proposition, le studium, permet, dans l’après-midi d’approfondir un thème particulier, cette année « Connais ta famille, connais l’Église ». Et le samedi, Mgr Gosselin mettra en avant le synode des jeunes de 2018, en plein dans le sujet !

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