La guerre des sexes

par Gérard Leclerc

mercredi 10 janvier 2018

2018 commence à peine qu’il s’inscrit dans la suite totale de 2017, avec les mêmes débats, les mêmes obsessions, les mêmes agressions. Hollywood a pris acte de l’affaire Weinstein et donne une parole exclusive et vengeresse aux actrices vêtues de noir, qui n’entendent plus désormais abandonner le pouvoir, que l’exploitation du scandale leur a donné. Pourtant, déjà une contre-offensive se lève, aussi du côté féminin, de la part de toutes celles qui n’ont pas supporté ce que cette émeute comporte de réactionnaire. Le retour à une morale victorienne est dénoncé en termes très vifs dans une pétition signée par un collectif d’une centaine de femmes. S’y détache l’aura de Catherine Deneuve. N’avait-elle pas jusqu’ici refusé obstinément de s’associer à la vague dénonciatrice, sans qu’on sache quels étaient ses sentiments. Ceux-ci sont désormais publics : « En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus du pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. »

J’ai eu l’occasion d’esquisser mes propres réactions devant un phénomène dont je reconnaissais le bien-fondé, redoutais les excès, en avouant ma radicale insatisfaction face aux idéologies qu’il véhiculait. Je me sens assez proche du romancier américain Tom Wolfe qui ne craignait pas d’exprimer un certain amusement face à ce qui avait parfois l’allure d’une farce : « Je suis partagé, disait-il à Alexandre Devecchio, entre l’effroi, en tant que citoyen, et l’amusement, en tant que romancier pour cette merveilleuse comédie humaine. Si cela continue, cela peut devenir la plus grande farce du XXIe siècle. (…) En vérité rien n’a vraiment changé, hormis le fait que les femmes disposent d’un puissant outil d’intimidation qu’elles n’avaient pas avant. » Un outil qui pourrait s’avérer redoutable si, comme le dénonce le collectif des cent, cela tourne à une justice expéditive.

Il y a danger lorsque la vie sociale n’est considérée que sous l’angle des dominations fatales et des rapports de force. La guerre perpétuelle n’offre pas d’issue possible. Il faudra bien en revenir à une autre philosophie sociale, à une pensée de l’amour qui laissera sa chance aux hommes et aux femmes de construire une vie au-delà de la domination et du ressentiment.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 janvier 2018.

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