La guerre dans la tête

par Gérard Leclerc

lundi 2 mai 2022

Troupes françaises, Ire Guerre mondiale, 1918.

Gallimard publie un roman inédit de Louis Ferdinand Céline, intitulé Guerre. Cette publication intervient alors que la guerre est revenue sur le continent européen et que nous en recevons les images chaque jour. Elle est revenue « dans nos têtes » selon l’expression du romancier, alors que nous pensions l’avoir exorcisée.

Le 1er mai n’a donc pas été exempt de violence. On le redoutait. Les événements que l’on avait déplorés les années précédentes se sont reproduits. Ce n’est sûrement pas un bon présage pour le quinquennat qui commence, avec la perspective d’autres affrontements dans un pays divisé. Le président se retrouve confronté aux obstacles qui s’opposent à la paix sociale. Ce qui, par ailleurs, se passe en Suède indique que c’est l’Europe entière qui se trouve menacée par des troubles qualifiés d’ethnico-religieux. Pourtant ce pays était réputé pour son équilibre intérieur, la qualité de son régime social.

Tout se retrouve mis en question au-delà des échanges de la période électorale. Les mêmes problèmes vont se reposer et l’État sommé d’y répondre. Mais ce n’est pas encore le pire de la situation actuelle. Le pire c’est la guerre, la guerre en Europe. Nous nous en étions déshabitués. Au point d’oublier que nos aînés avaient vécu avec ce que le romancier Louis-Ferdinand Céline appelait la guerre en tête : « J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête. »

C’est une citation du roman inédit dont on a retrouvé le manuscrit dans d’étonnantes conditions. Il s’appelle justement Guerre et il sort aux éditions Gallimard. D’après les critiques qui l’on lu, ce n’est pas le meilleur de l’écrivain. Sans doute l’aurait-il abondamment corrigé s’il était resté en sa possession. Mais tel qu’il est, il nous restitue un climat qui fut celui de toute une génération. C’est Céline qui est en cause dans ce récit qui se déroule dans un hôpital militaire, puisqu’il fut lui-même soigné au Val-de-Grâce en 1914, et l’on comprend comment il en a été marqué pour la vie. Peut-être cet événement littéraire intervient-il opportunément, alors que chaque jour nous percevons les images de l’Ukraine blessée, de Marioupol détruite. Si les combats ne se déroulent pas chez nous ils ne peuvent cependant que nous hanter. La guerre est revenue dans nos têtes, il ne convient pas de s’y accoutumer mais de comprendre que la tragédie n’a pas été chassée de l’histoire.


Voir en ligne : Radio Notre-Dame le 2 mai 2022

Messages

  • God save America and Russia !
    Nous y voilà, la logique infernale des armes amplifie encore le cercle vicieux de la confrontation.

    Les tentatives diplomatiques sont sans doute en cours, mais la conjugaison des rapports ajoutés d’armes complexifie davantage encore l’enjeu initial d’un rapport de force qui semblait de courte portée et devient de longue adversité.

    Le pape François propose sa médiation spirituelle.

    On repense au propos désinvolte de Staline qui interrogeait jadis sur la menace militaire du Vatican, combien de divisions ensoutanées pour menacer l’Union Soviétique ?

    Si la spiritualité et les patriarches orthodoxes in situ qui la représentent n’interviennent de l’intérieur de la Sainte Russie pour obtenir un cessez le feu, les voix extérieures bien intentionnées n’arrêteront la logique infernale des armes, et leurs conséquences dévastatrices d’un pays, d’une nation dévertébrée, et d’une histoire confondue avec la barbarie.

    Nous y voilà malgré nous, en nos pays d’Occident rétifs à toute autre logique que celle de la force militaire, dans le déroulé des faits où désormais l’humanitaire, le social et l’économique entrent à leur tour dans la funeste danse macabre des confrontations aux effets collatéraux destructeurs.
    Qui rebâtira un jour ce pays slave dévasté ?

    Qui dira ce que deviendront ces cinq millions de déplacés sur le sol européen ?
    Femmes et enfants éloignés des théatres d’opération meurtrière ?
    l’Amérique reviendra-t-elle secourir une fois encore ce pays déchiré par un nouveau Plan de reconstruction à terme des ravages d’une guerre incompréhensible ?

    Bien des non dits, évitent d’affoler les populations civiles pleinement conscientes par les réseaux d’information internationale des conséquences alimentaires, sociétales pour des autochtones impactés directement par cette guerre qui n’est pas la leur, mais dont les effets le deviennent.
    En quelques semaines nous avons changé de monde.
    Le monde ancien s’en est allé, le nouveau monde peine à se livrer.

    God save América and Russia, le même Dieu peut à terme créer "un schisme politico religieux" aux effets douloureux chez des chrétiens des deux camps,

    Bien des propos militaro militaires évitent d’évoquer un tel sujet.
    En Europe le sujet demeure encore tabou.
    Mais l’imbrication inévitable de la connection spirituelle de la guerre a ses conséquences néfastes sur la foi des chrétiens, déchirés ou divisés dans leur appartenance partisane de la confrontation en cours !

  • Au lieu de "Don Giovanni". de Mozart, c’est une interview de Francesca Di Giovanni au Vatican qui s’est affichée sur l’ordinateur, dérapage enfin positif vu la qualité de la prestation, combien loin des jactances frisant la scatologie. Il est à souhaiter que les engins de communication saturés de films et photos manipulés à outrance cèdent la place à de sérieuses données audio-visuelles ne serait-ce que par respect dû aux victimes malgré elles de nombre confrontations et bras de fer dont les vraies raisons restent cachées. L’Histoire est, hélas, remplie d’êtres humains ayant péri par grappes, victimes de crimes contre l’humanité et autres génocides. On se passerait volontiers de la vision d’untel au bord des larmes, star, une des dernières à devoir pleurnicher contre la cruauté et la dépravation. De grâce, il est grand temps d’arrêter les ridicules et hypocrites infos-cinéma !

    Avant le déclenchement matériel de la crise actuelle on a pu lire, ici même, qu’il était impératif de laisser un espace ouvert au dialogue et à la diplomatie. C’est la seule porte de sortie... Nouvelles armes classiques, chimiques, bactériologiques,
    pétrole, gaz de schiste, oléoducs et autres "routes de la soie", pourront attendre. Il est à craindre que les réels perdants de cette ignoble réalité ne se situent pas d’un seul côté du rivage. Monsieur Le Drian aurait dit : "On ne négocie pas avec un révolver sur la tempe", rien de plus vrai, il appartient donc aux gouvernants de reconnaitre et d’admettre que cette phrase est valable pour tout le monde. Le général de Gaulle, de son côté, avait mis en garde contre le fait d’atteindre "le point de non retour".

    Alors, "Pour l’amour de Dieu" comme l’a lancé Joe depuis Varsovie, il faut réfléchir, car la sagesse n’est pas dans les centaines de sanctions assénées sur la tête des uns et les centaines de milliers de dollars déversés dans la casquette de l’autre. La sagesse ne se trouve pas dans les dédales des violences, mais plutôt, sur la seule autoroute fiable des volontés politiques. A l’intersection du courage...

    Le courage, denrée rare, telle que le deviendront l’huile de tournesol, le blé, etc...

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