Débat

La gourmandise est-elle un péché ?

par Frédéric Guillaud

vendredi 12 février 2021

Les mangeurs de ricotta de Vincenzo Campi, réalisé vers 1580.
© Musée des beaux-arts de Lyon / Wikicommons

Doit-on définitivement renoncer au plaisir des bons mets ?

En 2003, les plus grands cuisiniers français – Bocuse, Ducasse et consorts – ont déposé aux pieds de Jean-Paul II une supplique lui demandant de remplacer le mot «  gourmandise  » par le mot «  goinfrerie  » dans la liste – en langue française – des sept péchés capitaux. En vain. Le Saint-Père aurait-il dû accéder à la demande des Amphitryons gaulois ? Voilà un sujet idéal pour le début du Carême.

Un «  péché mignon  » ?

De tous les péchés qui figurent dans la célèbre liste de saint Grégoire, il est bien vrai que la gourmandise paraît presque déplacée. Elle détonne par son caractère inoffensif, voire sympathique. N’est-ce pas là le «  péché mignon  » par excellence ? Le goût immodéré pour les éclairs au chocolat – ou pour l’andouillette sauce moutarde – pourrait-il vraiment remettre en question notre salut, au même titre que l’orgueil ou la colère ?

De prime abord, on est tenté de donner raison à la protestation des maîtres queux. Il semble en effet qu’il y ait un problème de traduction : en latin, le péché qui se rapporte à la nourriture, se dit gula, qui donne gluttony en anglais et Völlerei en allemand – c’est-à-dire gloutonnerie. Gula a d’ailleurs donné «  goule  », et «  goulu  » en français. Il serait donc assez logique de traduire par «  goinfrerie  » et non par «  gourmandise  », qui désigne un penchant plus délicat, plus léger, plus véniel que la brutale obsession de s’empiffrer. Car même si le mot gourmandise, au moment de son apparition, avait bien le sens de gloutonnerie, il est indéniable qu’il l’a perdu dans le langage courant.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

Messages

  • Il était un temps où, sauf erreur, la consommation immodérée d’aliments était qualifiée d’"intempérance" ; la gourmandise, elle, signifiait l’appréciation des choses agréables au goût (que bien avant les chefs étoilés nos mères et grand-mères passaient des heures à préparer devant leur fourneau). Déguster n’est pas engloutir...

    Serait-il permis, dans ce contexte, d’exprimer son désaccord avec les "pubs" qui éclaboussent en permanence nos petits écrans de toutes sortes de mets et confiseries littéralement happés (et en gros plan) à s’en lécher les doigts... Et encore - et tout en respectant la nécessité de nourrir convenablement nos amis les bêtes - dire sa révolte devant les publicités d’aliments et friandises présentés à profusion pour chiens et chats qui s’en lèchent les babines, alors qu’ici et là et là-bas des femmes et des hommes et des enfants en sont réduits à fouiller dans les poubelles pour essayer de se nourrir...

    N’était-ce pas Thérèse d’Avila qui conseillait à ses soeurs de remercier Le Seigneur pour la sardine qui gisait dans leur assiette et de Le louer tout autant en mordant à pleines dents dans le pilon de poulet qui s’y invitait parfois...

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