La gay pride

par Gérard Leclerc

mardi 29 juin 2010

C’est devenu rituel. Chaque année, Paris a sa Gay Pride au début de l’été, cette énorme exhibition où la communauté homosexuelle prétend selon le terme consacré, affirmer sa fierté, avec le concours de nombre de responsables politiques venus appuyer la manifestation pour cautionner ses objectifs législatifs. Car il s’agit bien de changer la loi pour changer la société. Les organisateurs expliquent d’ailleurs que les Gay Pride ont eu un rôle déterminant pour l’adoption du PACS sous le gouvernement Jospin. Mais tout a commencé en juin 1969 à New York, avec une véritable révolte qui fit rage pendant plusieurs jours, à la suite d’une descente de police dans un bar homosexuel. Depuis lors, des marches anniversaire se sont organisées aux États-Unis, relayées bientôt dans divers pays du monde. En France, la première marche eut lieu en 1971, à l’occasion de la manifestation syndicale du premier mai, malgré l’opposition de la CGT pour qui il s’agissait « d’une tradition étrangère à la classe ouvrière ». Mais il fallut attendre 1977 pour que la Gay Pride acquière sa propre autonomie, d’abord avec quelques centaines de manifestants.

C’est dans les années 90 que le phénomène prit une réelle ampleur. Les manifestations grossirent d’année en année. En 1997, on parle de 300 000 personnes venues de l’Europe entière et convergeants vers la place de la Bastille. En 2006, il s’agirait d’une foule de 800 000 personnes. C’est dire que l’affaire est considérable, mais l’énormité même du défilé pose problème, et il semble bien que, cette année, les chiffres de la police, en complète contradiction avec ceux des organisateurs, conduisent à une sérieuse mise au point. En effet, 99 000 manifestants prétend la police, chiffre que les organisateurs trouvent scandaleusement minoré, eux qui l’évaluent à 800 000. Cela fait du 1 à 9, et il doit bien y avoir une explication à cette querelle d’évaluation.

Le défilé dit des fiertés homosexuelles est devenu, en effet, une sorte de grande parade, un peu à l’image de certains festivals comme celui de Nice (ou même de Rio). C’est dire qu’il attire une foule de badauds qui viennent assister au spectacle des chars d’un pittoresque très particulier, comme ils assisteraient à n’importe quelle manifestation populaire comme le tour de France ou on ne sait quelle feria. Il semble bien que la police a établi pour la première fois un partage entre les manifestants eux-mêmes et la foule des badauds venus assister au spectacle sans nécessairement adhérer à la cause des organisateurs. Cela n’empêche pas évidemment que le phénomène marque une évolution considérable des mentalités qu’une partie de la classe politique cautionne, en escomptant bénéficier de ses retombées électorales.

Pourtant, on devrait y réfléchir sérieusement. Adopter le mariage homosexuel, c’est modifier les bases mêmes de la société qui n’a vraiment pas besoin de cela, alors qu’elle se trouve considérablement fragilisée par une crise sans précédent du lien familial. Faire sauter les repères essentiels de la conjugalité, c’est prendre un risque majeur à l’égard de l’avenir, en déstabilisant gravement l’équilibre du corps social. Mais nombre de politiques n’en ont cure, préférant surfer sur l’évolution des mœurs et la bien-pensance du moment.

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Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 28 juin 2010

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