Pâques

La foi revisitée

par Gérard Leclerc

mercredi 15 avril 2020

Basilique Saint-Marc, Venise.
© Pascal Deloche / Godong

La Semaine sainte que nous venons de vivre a été, pour beaucoup, d’une rare intensité en vertu de ses circonstances exceptionnelles. Nous retrouverons sans aucun doute avec bonheur les liturgies communautaires, celles qui donnent le sentiment d’une communion à la fois fraternelle et eschatologique. Mais la distance qui nous était imposée par rapport au sanctuaire et à l’autel nous offrait l’occasion d’une méditation sur ce dont nous étions privés, en creusant en nous un désir spirituel et en avivant la soif de mieux comprendre. La Grande Semaine de l’année constitue un extraordinaire raccourci sur l’histoire de notre humanité, celle-ci ne se comprenant qu’à travers ce qu’Urs von Balthasar appelle «  la dramatique divine  », car cette histoire est totalement intégrée à la mission du Fils parmi nous. Venue qui nous donne la pleine mesure de notre existence. Ainsi que l’écrivait Joseph Ratzinger : «  La foi chrétienne reconnaît en Jésus de Nazareth l’homme exemplaire (…). Pour que l’homme devienne pleinement homme, il faut que Dieu devienne homme. [1] »

L’amour insensé de Dieu

Mais l’Incarnation qui, selon certains docteurs, était dans le projet divin indépendamment de la nécessité de la rédemption, ne lui en est pas moins solidaire. Et le Christ, en sauvant l’humanité sur la Croix, engage la Trinité dans la tragédie d’un Salut libérateur qui nous tire de l’abîme, avec la descente aux enfers du Samedi saint. À l’encontre de beaucoup de déviations qui peuvent avoir cours en ce moment, il s’agit de bien comprendre que la Croix «  n’est pas l’œuvre de réconciliation que l’humanité offre au Dieu courroucé, mais l’expression de l’amour insensé de Dieu qui se livre, qui s’abaisse pour sauver l’homme  »[1]. Sauver l’homme, c’est le tirer de l’abîme pour le faire entrer dans la vraie Vie. Celle que manifeste le Christ dans son corps glorieux du matin de Pâques.

La victoire du Ressuscité

C’est dans cette victoire du Ressuscité sur la mort – «  le dernier ennemi détruit, c’est la mort  » proclame Paul aux Corinthiens – que réside l’étonnante bonne nouvelle du christianisme. Elle provient de cette certitude non pas d’une survie, mais d’une vie en plénitude, que l’on peut définir comme eschatologique au-delà de toutes nos imaginations. Blaise Pascal, à propos de la Résurrection de Jésus, parlait d’un événement discret, tant il est vrai que les apparitions post-pascales sont réservées à un petit nombre de témoins. Mais ce sont ces témoins qui vont parcourir le monde afin de manifester l’universalité de ce qui s’est révélé à eux, parce qu’elle touche l’avenir de l’humanité entière. Une humanité non plus vouée à la disparition, mais destinée à la Résurrection et à la Vie éternelle.


[1Joseph Ratzinger, La foi chrétienne hier et aujourd’hui, Cerf-Mame, coll. Traditions chrétiennes.

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