La fierté d’être chrétien

par Aymeric Pourbaix

jeudi 15 avril 2021

La rencontre de Léon le Grand et Attila
Vatican

« Reconnais, ô chrétien, ta dignité…  » Cet appel du pape saint Léon, au Ve siècle, retentit de manière particulière aujourd’hui, où l’Église semble ne pas se sortir d’une crise multiforme. Une crise dans laquelle les articles de foi et la morale commune semblent remis en cause, y compris de l’intérieur, et où l’Église subit ce diktat du monde moderne : faire repentance. De quoi ? De tout. Nos fautes, mais aussi notre histoire, ce que nous sommes, etc. Les affaires de pédophilie elles-mêmes, si elles sont à condamner sans réserve, doivent-elles ainsi être mises sans arrêt sur le devant de la scène, au point qu’on ne voit plus que ce mal, comme si toute l’Église en était suspecte… Au point aussi de désorienter bon nombre de catholiques.

Lorsqu’il prononce son Sermon pour la nuit de Noël – première étape de la Rédemption opérée à Pâques –, ce grand pape, docteur de l’Église antique, ne vit pas non plus dans une époque paisible, même si la période des persécutions a pris fin. Il doit faire face au délitement du pouvoir impérial, lutter pour la survie de Rome – sa rencontre avec Attila est restée célèbre. Surtout, le Souverain pontife pèse de toute son autorité pour défendre l’orthodoxie de la doctrine, contre ceux qui nient la nature humaine du Christ et donc l’Incarnation.

Aujourd’hui, les choses ont-elles tellement changé ? La foi en l’eucharistie, Dieu qui se fait homme, humble jusqu’à se proposer sous la forme de simples espèces comme le pain et le vin, n’est-elle pas malmenée, d’autant plus que les circonstances sanitaires en ont hélas éloigné une partie des fidèles ? Autre exemple : la croyance en la Résurrection ne constitue une certitude que pour une moitié des catholiques (Sondage CSA-Le Monde des religions de 2007). Ainsi, à ceux qui se plaignent que tout va de plus en plus mal, l’historien répond que «  tout a toujours très mal marché  ». C’est vrai également pour l’histoire de l’Église.

Mais il n’est pas possible de s’y résoudre ! Aucune fatalité ne peut être invoquée, ni encore moins un quelconque sens de l’histoire dont la foi catholique et l’Église seraient de plus en plus absentes. Nulle part il est écrit que la foi dans le Saint-Sacrifice de la messe et dans la valeur éminente du sacerdoce sont à ranger parmi les accessoires de l’histoire, désormais inutiles.

Un salut qui s’adresse à tous

Il faut alors ré-entendre les mots du pape saint Léon, exhortant chacun à reprendre espoir par l’existence d’un Sauveur, à renouer avec l’espérance d’une délivrance du mal et du péché, par sa victoire sur la mort qui ouvre un passage. Et ce salut s’adresse à tous : «  Que le saint exulte, car il approche du triomphe ; que le pécheur se réjouisse, car il est convié au pardon ; que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie.  »

Là réside l’éminente dignité du chrétien, sa fierté même : celle de savoir qu’il est sauvé et devenu «  participant de la nature divine  ». Nul orgueil en cela, car il sait que cette action est au-dessus de ses propres forces humaines. Mais une responsabilité au contraire : ne pas retourner, conclut saint Léon, à notre «  ancienne bassesse ».

Messages

  • La fierté d’être chrétien interroge l’auteur de ce billet ?
    Oui sans doute et le privilège de se réclamer de cette tradition qui a traversé les siècles vaille que vaille et ne s’est perdue dans les limbes de l’oubli.
    Privilège en effet qui demande de la reconnaissance et de l’estime à ces témoins d’un autre temps qui ne se sont jamais crus investis de pouvoirs surnaturels et ont accompli leur vie sur les pas des prédécesseurs de la vie chrétienne.
    La singularité chrétienne demeure acte de foi, sans preuve, acte d’adhésion sans prosélytisme, acte de liberté sans attendre les retours de gloire, de pouvoir, de savoir ni d’avoir.
    Le privilège rare du chrétien inspirée de son socle biblique plus ancien rayonne de la torah de nos ainés dans la foi.
    Il fut combattu par d’autres pensées dominatrices mais sans abolir sa particularité.
    - Je réentends le propos d’un juriste éminent du parquet disant que le droit canonique est dépassé par le droit moderne, mais sans ce droit premier il n’y aurait pas eu de droit succédant à son essence.
    - Je revois ces conversions de talents littéraires qui n’ayant trouvé d’autres issues à la grâce de la rédemption promise à tout homme, ont banni leurs sceptres de gloires académiques, en rejoignant le mystère incarné de Yeshua, ce dieu qui sauve la création, en invoquant une transcendance inaccessible, invisible, indicible et pourtant bien admise.
    - Je goûte avec bonheur le récit du tombeau vide de la triade des Marie de l’évangile, qui occupent avantageusement la place des disciples "aux abonnés absents" du sépulcre,
    Elles se firent les porte voix, messagères de la Nouvelle, bonne pour tous, pour tous les temps et la postérité dont nous sommes issus.
    L’histoire n’est nullement achevée, elle continue par le privilège de ce qui nous est demandé, sans prétention, sans fierté excessive, sans orgueil !

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