La désillusion castriste

par Gérard Leclerc

mardi 12 mai 2015

La visite que le président de la République accomplit à Cuba est l’occasion d’un beau retour en arrière. Retour que Libération appuie singulièrement avec son montage photographique qui mélange le portrait de François Hollande avec celui de Che Guevara. Montage qui paraît aujourd’hui incongru et met en évidence le chemin parcouru par une gauche française qui fut éperdue d’admiration à l’avènement de Fidel Castro.

Au fil des ans, il apparut que le régime castriste était une dictature sanglante, impitoyable à ses opposants, souvent ceux-là mêmes qui avaient accompagné le futur lider maximo dans son combat contre Battista et la domination américaine. Le mythe du Che subsiste encore, chez quelques militants d’extrême gauche. Pourtant sa légende a été singulièrement assombrie par le récit de ses brutalités. Ce militant révolutionnaire était le contraire d’un doux, celui que semblait évoquer son poster en évidence dans tant de chambres d’adolescents. François Mitterrand, qui avait succombé au mythe, fut rattrapé par la réalité brutale, qui ne convainquit jamais Danielle Mitterrand, accrochée jusqu’à son dernier souffle à la figure rédemptrice d’un modèle d’émancipation sud-américain.

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, champions absolus de l’illusionnisme politique, furent parmi les premiers à célébrer «  la fête cubaine  » qui enchantait le peuple de La Havane et préfigurait l’avènement d’un tiers-monde transfiguré. Jean Ferrat la chanta aussi, même très tardivement. Il fallut beaucoup de temps pour que se fasse entendre la protestation des opprimés.

Grâce à mon ami Robert Masson, alors directeur de France Catholique, je pus faire la connaissance du poète Jorge Valls, qui avait vécu durant plus de vingt ans la cruauté des prisons castristes. Cela ne l’empêchait pas de plaider en faveur d’une réconciliation nationale dont on souhaite qu’elle aboutisse à présent, notamment sous le patronage de l’Église catholique et du cardinal Jaime Ortega.

Raúl Castro ne vient-il pas de rencontrer le pape François à Rome et s’est dit fortement impressionné par sa personnalité. Les choses semblent enfin bouger à Cuba, et l’on souhaite que cela se fasse pour le meilleur en faveur d’un peuple qui aspire à une vraie libération.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 mai 2015.

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