La défaite de François-Xavier Bellamy

par Gérard Leclerc

mardi 28 mai 2019

François-Xavier Bellamy / © François-Régis Salefran

Nos auditeurs se souviennent peut-être que lorsque François-Xavier Bellamy s’est lancé dans la campagne des européennes en tête de liste des Républicains, j’ai fait part de ma crainte. Ne risquait-on pas de perdre un philosophe de talent, dès lors qu’il dépenserait toutes ses énergies sur le terrain politique et électoral ? Je ne pouvais cacher, en effet, la vive estime que j’ai à l’égard de ce jeune penseur, courageux dans ses convictions, fort d’une belle culture et en plus exceptionnel pédagogue. Sur le moment, je ne pensais pas du tout à un possible échec, encore moins à un grave échec électoral. Mais ce n’est pas ce genre d’objection qui m’aurait vraiment impressionné. Après tout, les plus célèbres de nos responsables historiques se sont aguerris dans la lutte et même dans l’échec, tels le général de Gaulle, François Mitterrand ou encore Jacques Chirac.

Mais le problème n’était pas là. Il résidait tout entier dans la difficulté pour un philosophe de se muer en politique. C’était le risque de sacrifier une œuvre encore à venir. C’était surtout le dommage de renoncer à influencer le débat intellectuel, et Dieu sait si dans ce domaine nous avons besoin d’éclaireurs pour répondre à des défis considérables. Certes, l’homme politique a la faculté de participer utilement à certains débats décisifs. C’est sur un mode qui n’a pas les exigences disciplinaires de la pensée désintéressée.

Si l’on analyse la manière de François-Xavier Bellamy durant ces quelques semaines, on mesure la qualité de sa parole, sa modération et sa courtoisie qui faisaient contraste avec les coups de boutoir du ring idéologique. Ce n’était pas de sa part de la pusillanimité mais au contraire une forme de pédagogie ou encore de proposition de dialogue qui invitait à envisager sérieusement les choses. Aujourd’hui que la défaite est avérée, et elle est sérieuse, ses adversaires, surtout ceux de son propre parti ne manquent pas de mettre en cause des convictions qui auraient été trop clivantes et qui auraient rétréci le périmètre d’influence de la droite et du centre. Je ne suis pas persuadé par cette analyse, car ce qui a été déterminant dans cette compétition c’est la cristallisation du combat sur le duo Macron - Le Pen. Reste, toutefois, cette question vraie qui concerne la possibilité des compromis, lorsque les convictions sont bousculées. Mais si François-Xavier Bellamy a été victime de telles convictions, c’est tout à fait à son honneur.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 mai 2019.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Difficile de savoir ce qui aurait été le plus adéquat... Mais je crois comme vous que le temps du labour est loin d’être terminé et que finalement, les résultats expriment (en en parti) une faible adhésion à la transmission, aux racines etc.
    De fait, je ne suis pas sur que le message ait été ajusté. Autant, revendiquer les racines judéo-chrétienne, grecque et latine de l’Europe dans un texte type constitution ou autre... Oui. Autant dans un programme électoral. A qui cela s’adresse t-il ? Les personnes que l’on pourrait viser sont-elle celles qui, gagnant 900 euros par mois en voudrait 100 de plus et qui craignent pour le lendemain ? A celles qui, comme cette personne assistant à une réunion de la défunte UMP me disait "Parce que vous savez, moi mes impôts... " ? A cette frange dont trop feraient parti et qui, oublieux du passé se focalisent sur la carrière et des écoles sacrifiant aux mêmes dieux ?
    Était-ce le lieu ? Qui peut entendre cela ? Je ne peut y répondre et je salue le courage de tout ceux qui sont allés au front, Bellamy en tête.
    Plus que jamais, le temps du labour obstiné et patient me semble venu...

  • certes la liste qu’il menait n’a pas convainsu beaucoup d’électeurs jugeant plus "utile"de jouer l’une des 2 listes favorites ;il n’empeche que le ton "bellamy" a été excellent:merci à lui et qu’il revienne dès que possible dans l’arène.bon courage.

  • Oui aujourd’hui un croyant même en politique doit pouvoir afficher ses convictions malgré l’opposition et malgré le refus de la population de l’entendre quel qu’en soit le prix , et on le constate ,afin de réveiller les consciences Nous les croyants nous sommes trop sous le boisseau ce que veut l’opposition "l’ensemble des partis et du monde " gouverné par le monde de l’argent

  • De toutes façons ces élections européennes n’étaient-elles pas pipée s dès le départ par césar ?
    Bravo à Bellamy qu’il ne perde pas son âme
    Annick VALENT

  • Bellamy nous a redonné l’Espérance ! Lui saura là où il peut être le plus précieux, merci pour ce qu’il apporte d’infiniment important !

  • Cher François Xavier ne perdez pas courage, je vous porte dans mes prière et j’espère que le Seigneur convertira l’âme des français.

  • Je crains qu’une fois encore l’on ne soit en pleine confusion quant à ce charmant et bien propret monsieur Bellamy.
    Honte à moi, je n’avais pas entendu les chroniques de Gérard Leclerc d’il y a quelques années sur ce personnage que je ne connaissais pas. Comme quelques millions de Français, je l’ai donc découvert à l’occasion des européennes.

    Que FX Bellamy soit plein de qualités, on veut bien le croire. Le seul problème, c’est qu’il fait comme bien d’autres avant lui qui prétendaient faire avancer des valeurs chrétiennes en rejoignant de grands partis attrape-tout. La quasi-défunte UMP-LR, tout comme son homologue agonisant PS, sont des machines électoralistes centrées sur les privilèges et avantages que procure l’accès au pouvoir. Rien d’autre. L’interchangeabilité des idées de ces partis en dit long sur le sujet. Les porosités en direction de LREM, ou de toute autre structure pourvoyeuse de sinécures, confirment l’absence de morale politique (voire de morale tout court) de tels appareils et de leur personnel.

    Les belles idées de monsieur Bellamy, comme bien d’autres avant lui, se sont fracassées sur l’implacable logique d’appareil. Quand bien même eut-il fait un score confortable le 26 mai, ses convictions personnelles n’auraient pas, pour autant, pénétré en profondeur le LR, ni infléchi en quoi que ce soit ses lignes directrices. La débandade et la course à la soupe (dont de prévisibles ralliements à la Macronie) qui suivent l’échec électoral devraient inviter Bellamy et ses électeurs (en particulier les ravis de la crêche) à méditer sur les cruelles réalités de la politique politicienne.

    Sans remonter très loin, le naufrage de “Sens commun” aurait dû servir de leçon à tous ceux, chrétiens mobilisés, qui pratiquent l’entrisme et en définitive se font neutraliser, utiliser ou, pire, retourner par les partis qu’ils ont la présomption de vouloir transformer...

    La bourgeoisie droitiêre a montré son vrai visage en se ralliant à "l’ordre" incarné par Macron, celui du libre-marché et de la répression féroce de la contestation populaire.

    La seule valeur stable de cette bourgeoisie, c’est la défense de ses valeurs en portefeuille ! Les convictions de M. Bellamy ne sont pas cotées en Bourse et n’ouvrent pas droit à avantage fiscal. La messe est dite...

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