Épidémie de coronavirus

La consolation chrétienne

par Gérard Leclerc

jeudi 12 mars 2020

Église Saint-Jean-Baptiste, Arras. Chemin de Croix. VIIIe station : Jésus console les filles d’Israël
© Philippe Lissac / Godong

Le quotidien La Croix d’hier titrait : « Être chrétien au temps du COVID-19. » Rien de plus légitime que cette interrogation alors que les précautions préconisées par les pouvoirs publics touchent jusqu’à la pratique religieuse, avec fermeture des églises là où l’épidémie est la plus menaçante. Cela va même plus loin en Italie. C’est encore La Croix qui nous informe que dans le diocèse de Brescia, pour les morts du coronavirus, la dépouille est immédiatement conduite au cimetière où est célébré le court rite de l’ensevelissement, le passage à l’église étant exclu. On imagine la détresse des familles privées ainsi du réconfort de la liturgie et abandonnées à leur solitude.

L’État du Vatican lui-même est soumis aux mesures de confinement en usage dans la péninsule italienne. Le Pape n’est pas apparu dimanche à sa fenêtre de la place Saint-Pierre, préférant s’adresser aux fidèles par le seul canal de la télévision. Cela ne l’a pas empêché de demander aux prêtres « d’avoir le courage de sortir et d’aller chez les malades, apportant la force de la Parole de Dieu et l’Eucharistie et d’accompagner les agents de la santé, les bénévoles dans ce travail qu’ils font ». Cette invitation ne reçoit pas un acquiescement unanime, car l’on remarque que la personne qui visite les malades peut être contaminée à son insu et menacer son entourage. Il y a donc lieu de faire preuve d’imagination pour trouver les moyens pour aider, ne serait-ce que par téléphone, nos frères et nos sœurs en souffrance.

Aider spécifiquement pour un chrétien, qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Est-ce apporter de la consolation ? Ce mot de consolation appartient au vocabulaire des spirituels. Il est notamment employé par saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels, chers à notre pape jésuite. Ignace le définit comme un accroissement de foi, d’espérance et de charité, ce qui renvoie à la plus haute expression chrétienne. Comme l’écrit le Père Pascal Ide, nous sommes bien au-delà des seuls réconforts sensibles [1]. Ou même des grands allègements que Flaubert réclamait pour rendre acceptable une vie qu’il trouvait si triste. C’est l’excellente critique littéraire Mona Ozouf qui aime citer ce mot désenchanté de l’écrivain. Mais pour un chrétien, il ne s’agit pas d’alléger la vie, il s’agit d’accéder à la vraie vie !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 mars 2020.


[1P. Pascal Ide, Comment discerner, Éditions de l’Emmanuel, 176 p., 15 €.

Messages

  • Si nous dit-on le plus difficile est à venir encore, la consolation chrétienne sera faite de solidarité et de fraternité avec tous ces acteurs en blouse blanche des maisons de santé et tous les autres.
    Nous serons à leurs côtés et dans nos quartiers respectifs pour vivre et continuer à vivre le quotidien d’une vie commune avec tous.

    La polémique des plus et moins en matière de sécurité n’est pas de mise.
    Il est du devoir civique de chacun de ne négliger les recommandations faites pour éviter la propagation d’une épidémie rampante dont on avoue désormais la présence incontestée.
    Il n’y a donc plus de lieux préservés sinon partagés entre tous d’une vie sociale qui doit continuer sans illusion, sans exception.

    Si les responsables publics prennent des mesures drastiques, il appartient aux responsables religieux de se déterminer avec plus d’audace que pour le présent pour inciter la solidarité sans discrimination.

    Au nom de l’humanité et de sa noblesse d’âme qui ne souffre a minima de précautions inutiles.

    On pourrait espérer de la part des religieux de toutes appartenances spirituelles des engagements qui rendent la charité crédible, avérée et confirmée par les associations en première place dans ce vivre ensemble dans l’adversité du moment.

    Les associations d’entraide existent partout dans le pays, le secours catholique, l’abbé Pierre - Emmaüs, la fraternité Saint Vincent de Paul, les entraides paroissiales locales et de longue date,
    et bien d’autres instituts et congrégations religieuses qui ont dans leur veine la solidarité dans les vies blessées de l’histoire.

    Un réveil de ces vieilles sociétés serait de mise.

    Il n’y a pas lieu de craindre la surenchère, la compétition ou la concurrence charitable.

    Il y aura du travail pour chacun pour soulager les malades, les jeunes parents confinés dans l’isolement préventif de la maladie, les personnes vulnérables isolées ou préoccupées par les nouvelles distillées dans les médias parfois à l’outrance, autrement avec précaution.

    Le réveil de la conscience de chacun sera l’éveil chrétien de toute responsabilité devant le risque de l’isolement individuel.

    Croire s’en relever seul par ses propres solutions est un leurre.

    L’épreuve du temps serait en partie de nature médicale.

    Sans aucun doute mais le médical appelle le sociétal et l’entraide personnelle qui est un défi premier dans un espace public où les comportements se sont individualisés à l’extrême, au grand dam de réponses illusoires.
    L’épidémie actuelle est une véritable piqûre de rappel sociétal.

    Bien des sujets du moment de l’information confortable sont rangés au deuxième plan, il faut agir, oser et se risquer à la solidarité, sans peur, sans fausse crainte, sans exception !

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