La cohérence de l’Église de France

par Gérard Leclerc

lundi 16 avril 2018

L’attitude de trois mouvements de jeunesse chrétienne siégeant au Conseil économique, social et environnemental, à propos d’un avis favorable à l’euthanasie, pose un sérieux problème de cohérence à l’intérieur de l’Église de France. Les Scouts et Guides de France, la Jeunesse ouvrière chrétienne et le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne n’ont pas voulu prendre part au vote, alors que le Conseil préconisait une orientation que la Conférence des évêques de France venait de réprouver solennellement, dans une contribution signée personnellement par chacun des évêques. C’est toute l’Église de France qui se trouve solidairement engagée dans un combat qu’elle considère comme essentiel. On ne s’étonne donc pas que Mgr Olivier Ribadeau Dumas, porte-parole de la Conférence, ait réagi avec force à l’attitude des trois mouvements : « Lorsqu’on est électeur, on ne peut invoquer la méconnaissance du sujet pour justifier son abstention. C’est une responsabilité à exercer et que l’on ne peut esquiver par l’abstention. D’autant et surtout que la préconisation 12 est claire et ne demande pas d’expertise particulière pour en saisir le sens. » Cette préconisation consiste en effet dans un droit reconnu à la personne malade « de demander une médication expressément létale ».

Est-il utile de préciser la signification de l’adjectif « létal » sur laquelle s’accordent autant l’étymologie que l’ensemble des dictionnaires : « Qui entraîne la mort » ? Les représentants des mouvements n’avaient aucune excuse à faire valoir dans le cadre d’un débat sans équivoque. C’est pourquoi on est bien obligé de poser à leur propos la question de leur loyauté et celle de leur inspiration doctrinale et spirituelle. L’attitude du MRJC avait déjà provoqué, il y a quelques semaines, un malaise qui nous avait obligé à réagir. Cette nouvelle alerte est plus que sérieuse, tant elle nous interroge sur l’identité même de notre Église, sur la communion qui nous unit dans une même profession de foi et dans un témoignage commun dans la cité, notamment à propos des grands défis éthiques de notre époque.

Des mesures disciplinaires à l’encontre de ces mouvements n’arrangeraient probablement rien, dès lors que ce qui est en cause c’est un accord de fond, clairement énoncé, qui manifeste l’union des esprits et des cœurs. Il doit y avoir des moyens adéquats de rétablir l’unité, ne serait-ce que dans le cadre d’assises de la jeunesse chrétienne, celui qui est dans la logique du prochain synode romain sur la jeunesse. Si des initiatives n’étaient pas prises rapidement, on peut craindre le retour à la crise majeure vécue par notre Église en 1968. Une crise dont nous ne nous sommes pas relevés, ce qu’atteste la dissidence actuelle de ces trois mouvements [1].


[1Cf. Yves Chiron, L’Église dans la tourmente de 1968, Artège, 276 p., 17 e.

Messages

  • Bonjour,
    La crise de l’église se poursuit.
    A vouloir se rendre compatible avec la modernité, on ne peut qu’avoir des "gentils" pas tout-à-fait compatibles.
    Mais l’église catholique peut comprendre qu’une personne "non croyante" demande à ce que l’on ne prolonge pas sa vie, ne souhaitant pas subir la déchéance physique et intellectuelle.
    Pour un catholique, la vie est sacrée de la conception à la mort naturelle.

  • Pour un catholique, limiter la souffrance est egalement un devoir, qu elle soit physique ou morale. Le Christ lui-meme n aurait pas refuse une acceleration de son calvaire si les siens en avaient eu le pouvoir !

  • Une mesure disciplinaire n’arrangerait effectivement vraisemblablement rien car elle ne serait pas comprise. Les représentants des mouvements concernés ont-ils conscience de ce qu’ils ont fait ? Vraisemblablement pas. C’est d’instruction, de formation dont ils ont besoin. En attendant qu’ils l’acquièrent ils ne sont pas à leur place.

  • @ Alfonsi
    Il serait bon de ne pas mêler Le Christ à cette question d’euthanasie
    Le Christ, alors qu’Il montait au calvaire a refusé la boisson que les femmes avaient l’habitude d’offrir aux condamnés à mort sur le chemin du Golgotha, boisson qui contenait un aphrodisiaque dans le but d’atténuer les souffrances, et d’endormir. Le Christ avait une volonté hors du commun, le visage qui apparaît dans le suaire de Turin le vérifie
    Tuer un corps est aussi tuer l’esprit qui est dans ce corps et aussi pour un chrétien en chasser l’âme et envoyer le malade devant son Dieu. La médecine a suffisamment de médicaments pour calmer la souffrance. J’avais une tante qui est morte d’un cancer dans une maison de retraite tenue à l’époque par des religieuses, elle est morte apaisée, non tuée, arrivée à la fin de sa vie

  • Il parait que "le Christ lui-même n’aurait pas refusé une accélération de son calvaire si les siens en avaient eu le pouvoir !". On est en droit de s’interroger sur l’origine de cette certitude. Mais Jésus est allé bien plus loin : non seulement Il n’a pas refusé une accélération de son calvaire aux siens qui n’en avait pas le pouvoir" mais Il est allé jusqu’à demander à son Père qui peut tout " Abba, que cette coupe s’éloigne de moi". Puis, se ravisant, il a dit : "Que ta volonté soit faite et non la mienne" (et cela c’est dans les Evangiles dans le passage de l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers).

    Pour "appeler un chat un chat" il faut expliquer que "limiter" la souffrance signifie l’arrêter. Ce moyen existe et a un nom et aussi un synonyme. Et pour les catholiques les moyens d’accompagner un mourant pour alléger sa souffrance existent aussi, ces moyens ont fait leurs preuves et continuent de le faire.

    Libre à chacun de penser ce qu’il veut sur ce sujet. Mais assurer que "le Christ lui-même n’aurait pas refusé" d’être euthanasié c’est comme s’attaquer à la liberté de penser des autres.

  • Alfonsi,

    Le Christ a refusé le produit utilisé à l’epoque pour "soulager" ses souffrances. l’Évangile le rapporte.
    "On lui offra du miel et du fiel, il goûta et refusa."

  • Merci pour cette fermeté, qui adossée aux fondamentaux non seulement du judaïsme et du christianisme, mais de ce qui fut le socle anthropologique de notre civilisation, le "tu ne tueras pas", est un butoir qui doit rester inébranlable.

    Faute de quoi nous allons assister à des déferlements barbares, très homologues à ceux de la banalisation de l’avortement, sachant que l’institution hospitalière jouera le chantage des "moyens" pour esquiver les si fondamentaux soins palliatifs, déjà si malmenés. Malheur aux vieilles personnes sans enfants ni amis, malheurs à nous tous car bientôt les familles ne vont plus peser lourd. Et bientôt l’horreur de l’eugénisme et des sociétés véritablement racialisées.
    Sur qui peut s’appuyer une humanité sans boussole sinon sur l’apport irremplaçable de l’anthropologie judéo-chrétienne. C"’est certes l’honneur de dieu mais n’est pas plus encore la seule sauvegarde des hommes.

  • Ces mouvements sont gangrenés par la politique depuis longtemps. Ils suivent une idéologie qui a été longtemps marxiste. Maintenant, ils sont en plus dans la nouvelle idéologie de la gauche : le multiculturalisme. Et ces idéologies sont incompatibles avec la religion chrétienne. Il faudrait qu’ils choisissent une bonne fois. Mais j’ai tendance à penser qu’après un semblant de dialogue et un semblant d’accord, tout continuera comme avant. C’est à dire qu’ils continueront à se revendiquer comme chrétiens, mais ne renonceront pas à leur idéologie, pourtant en opposition frontale avec la position de l’Eglise sur des points pourtant déclarés "non négociables" par Saint Jean-Paul II et Benoît XVI. C’est comme çà !

  • Si des mouvements se disant chrétiens refusent ou s’abstiennent de reconnaître les recommandations de l’Église sur des sujets doctrinaux, il est de leur devoir (s’ils sont matures !) de choisir une autre voie leur permettant de trahir en toute vérité. Il est impératif à eux de rayer de leur dénomination le qualificatif "chrétien" et à nous Église de leur supprimer la totalité des subventions qu’ Elle leur accorde.

  • Cela montre que ces mouvements ont été largement infiltrés et que leurs dirigeants sont du parti de l’adversaire.

  • Quand l’idéologie l’emporte sur les vertus théologales : la Foi , l’Espérance et la Charité.
    La vie est sacrée pour tous, croyants et non croyants. Nous avons le devoir de convaincre, non seulement ces jeunes cathos, responsables de mouvements, qui manifestement ont une vision réductrice et idéologique des vertus théologales, mais aussi nos concitoyens. La médecine a fait de grands progrès dans le domaine des soins palliatifs. Le problème ne relève pas de la technique médicale ; il relève des moyens financiers mis en œuvre pour doter les centres hospitaliers de services de soins palliatifs bien équipés. C’est notre responsabilité en tant que citoyens et donateurs de les aider.
    Les responsables peuvent être en désaccord avec les évêques ; c’est leur droit. Cependant, je me permets, en tant qu’ancien scout, de leur rappeler ce très beau passage de la prière scout : " Seigneur Jésus... apprenez nous à combattre sans souci des blessures... " Et oui, ne pas prendre part au vote est refuser de combattre. Le chef qui ne veut pas combattre a le devoir de se retirer.

  • Plutôt qu’affronter la réalité en face, ces mouvements ont préféré ne pas prendre part au vote. Je les invite à lire ou relire ces belles paroles de la prière scout, "Seigneur Jésus apprenez nous... à combattre sans souci des blessures... " La vie devrait être sacrée aussi bien pour les non croyants que les croyants. Dans la culture occidentale contemporaine, ce principe semble de plus en plus bafoué. Ce n’est pas une raison pour que des mouvements de jeunes qui se disent chrétiens l’oublient aussi facilement. Seraient-ils à ce point dominés par des idéologies mortifères ? Ou tout simplement leur refus de voter n’est-il pas dicté par une complaisance coupable à l’égard de mouvements qui militent pour la mort dans la dignité, comme si les soins palliatifs administrés sans donner la mort n’étaient pas dignes ?
    Respecter la vie est un principe essentiel, indiscutable, qui demande un engagement de solidarité de la part de tous les chrétiens. Ceci n’exclut pas, ce que suggère Gérard, rechercher " un accord de fond... qui manifeste l’accord des esprits et des cœurs... "

  • Ces jeunes gens sont le produit dun catéchisme allégé soucieux de comprendre les non- croyants et desireux de ne poser aucune interdiction aucune obligation, conformement au politiquement correct d’aujourd’hui héritier du interdit dinterdire de la génération 68.
    On ne peut déplorer les conséquences dont on a chéri les causes.
    Il faut un vrai catechisme de lEglise catholique et pas seulement un code du vivre ensemble....
    Les enfants du Vivre Ensemble en voudront- ils ? That is the question !

  • L’abstention des représentants des mouvement cités , en de telles circonstances , s’appelle une trahison ou un reniement. Soit ils sont démis de leur fonction par leur instance de tutelle respectives, soit ils sont maintenus et leur mouvement tout entier ne peux plus être reconnus comme catholique par l’Eglise.

  • La position des AFC interroge également . . .

  • Quelques points de précision :
    Ne confondons pas chrétien et catholique. Les Catholiques n’ont pas l’apanage du mot chrétien. La divergence de point de vue desdits mouvements n’est de ce fait pas étonnante car ils ne revendiquent pas leur obédience catholique, en tout cas dans leur nom et leurs déclarations.
    Que ceci serve à un recadrage avec les conséquences qui s’imposent.

  • @ Manu
    Sauf que ces mouvements "chrétiens" siègent dans des instances de l’Eglise catholique et reçoivent des subsides de cette même Église catholique... !

    Comme dirait M. Macron - qui adore les formules globish -, on ne peut être In et Out en même temps.

    Cet avis favorable (par abstention) à l’euthanasie est un véritable cadeau d’allégeance offert à l’univers impitoyable de l’ultra-libéralisme qui a pour dieux le Profit et la Domination de ses Valeurs (en Bourse...)..

    Paradoxal, pour des gens qui se réclament habituellement d’une gauche sociale !

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