La bataille anthropologique

par Gérard Leclerc

jeudi 25 septembre 2014

L’ordre anthropologique est désormais partie prenante du débat politique. C’est parfois difficile à admettre pour certains qui mettent en valeur la priorité des questions économiques. C’était le cas de Nicolas Sarkozy, l’autre soir sur France 2, qui affirmait que le mariage homosexuel était secondaire par rapport aux difficultés économiques du pays. Certes, nul ne reprochera à l’ancien président de vouloir s’attaquer au chômage et aux difficultés structurelles de l’adaptation du pays aux lois de la concurrence mondiale. Mais force est de constater que les réformes dites sociétales sont bel et bien au centre du débat actuel et qu’aucun politique ne saurait se dérober aux choix, parfois douloureux, qu’elles impliquent. Les commentateurs ont souligné à souhait ces jours-ci les contradictions de la droite sur le sociétal. Mais on pourrait de la même manière insister sur les contradictions profondes de la gauche. J’ai reçu hier un livre passionnant [1] de dialogue entre Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa, qui met cruellement en évidence le malaise inhérent à une gauche qui perd son ancrage populaire et ses repères intellectuels.

C’est Michéa qui déclare : « Qu’une Louise Michel, une Flora Tristan ou une Rosa Luxembourg aient pu ainsi cèder la place à une Christiane Taubira, une Najat Valaud-Belkacem ou une Cécile Duflot sans que nul ne s’indigne ni même ne s’interroge, devrait suffire, une fois pour toute, à prendre la mesure exacte de cette effarante régression, tout à la fois politique, morale et intellectuelle. » Mais le propre d’un Michéa et d’un Julliard est de porter la discussion sur le terrain intellectuel sans crainte d’insister là où ça fait le plus mal. C’est pourtant un impératif essentiel. Lorsqu’on aborde l’ordre anthropologique, on ne peut se satisfaire d’à peu près ou encore moins de dérobades. Il s’agit de persuader les esprits ou les cœurs (au sens pascalien du terme). Si la droite espagnole a été contrainte d’abandonner sa révision des lois sur l’avortement, c’est qu’elle n’a pas réussi dans cette tâche essentielle. Pourtant, le camp d’en face, qui se réclame d’un progressisme publicitaire, est souvent léger dans l’argumentation. Qu’y a-t-il de plus stupide que de s’en prendre à la « ringardise » de l’adversaire ? C’est le degré zéro de l’intelligence. Or il s’agit de gagner la bataille de l’intelligence.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 septembre 2014.


[1La gauche et le peuple. Lettres croisées, Flammarion.

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