La bague de Jeanne d’Arc

par Gérard Leclerc

mardi 22 mars 2016

Jeanne-d’Arc honorée au Puy du fou. Cent Saints-Cyriens en grand uniforme accueillent son anneau ramené d’Angleterre. Joie en Vendée, fureur à Paris. Par delà la contestation de l’authenticité de l’objet c’est une conception de l’histoire qui est remise en cause. Qu’en penser ?

L’affaire de la bague de Jeanne d’Arc fait des vagues. Si elle a rassemblé une foule de Vendéens au Puy-du-Fou, ravis d’honorer l’héroïne d’Orléans et la martyre de Rouen, elle a mis proprement en fureur un professeur de l’École des hautes études en sciences sociales qui dénonce « une histoire identitaire, un roman national héroïque et catholique ». Diable ! Mais d’abord, à l’usage de ceux qui n’auraient pas eu connaissance de ce qui est à l’origine de cette querelle, rappelons que Philippe de Villiers, lui-même auteur d’un livre à la gloire de Jeanne d’Arc, s’est employé, avec son fils Nicolas responsable du Puy-du-Fou, à racheter une bague attribuée à Jeanne et dont il est question dans son procès. Certains en contestent l’authenticité. Philippe de Villiers, de son côté, a fait expertiser l’objet et avance des arguments sérieux. C’est vrai qu’ils ne semblent pas convaincre ce grand spécialiste de Jeanne qu’est Philippe Contamine, même s’il n’a pas d’avis définitif. Pourtant, le gouvernement anglais s’est ému de la vente de la bague, qu’il voudrait récupérer comme faisant partie du patrimoine du Royaume-Uni !

Reste Jeanne d’Arc elle-même. Est-il insupportable, sinon criminel, d’être attaché à cette étonnante héroïne du XVe siècle ? Du seul point de vue de l’histoire, on peut s’étonner de cette agressivité. Philippe Contamine, déjà nommé, nous a fourni en 2012 une superbe somme, résumant toutes les recherches les plus pointues sur ce personnage qui n’a suscité sa légende qu’en vertu de son génie singulier (Jeanne d’arc, histoire et dictionnaire, Robert Laffont). Il suffit de lire les minutes du procès de Rouen, récemment rééditées aux Belles Lettres par Jacques Trémolet de Villers, pour s’en convaincre. Le procès, ce n’est pas du Walt Disney. C’est la vérité, noir sur blanc, qui nous remet au cœur d’une période tourmentée, qui se débat au sein de ses propres contradictions. Il ne faut pas oublier que sainte Jeanne d’Arc a été condamnée à la mort du bûcher par un tribunal ecclésiastique, jouissant de l’autorité de l’université de Paris. Une université qui avait la prétention de régir la chrétienté entière alors que celle-ci ne savait à quel pape se vouer, puisqu’il y en avait trois à se réclamer de la succession de saint Pierre. Non, Jeanne d’Arc ce n’est pas du folklore ! C’est un moment de notre histoire nationale, qui peut certes susciter de la ferveur, mais qui se charge de montrer aussi les conflits du spirituel et du temporel et ce que signifient la liberté de conscience et l’autonomie du politique.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 mars 2016.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Le moins qu’on puisse dire est que “notre” Jeanne nationale est toujours controversée. Certains, un peu toujours les mêmes (*), loin d’y voir une héroïne rassembleuse et pacificatrice en font l’image satanique de l’extrémisme droitier.

    Rien de nouveau, les godons se répandaient déjà en expressions ordurières à son encontre, la vouant à mille maléfices et à mille morts infamantes.

    Le “professeur” de l’EHESS évoqué par G. Leclerc n’y va pas par quatre chemin pour prononcer son anathème : « La procession de la bague au Puy du Fou a quelque chose de ce temps médiéval où on inventait des objets de dévotion. Il y a aujourd’hui toute une nébuleuse qui remet au goût du jour une histoire identitaire, un roman national héroïque et catholique. La Jeanne d’Arc du Puy-du-Fou est celle de l’Action française, nationaliste et catholique »

    On apprend que cet historien - un certain William Blanc - qui n’aime pas Jeanne d’Arc (c’est son droit, après tout) s’était déjà également attaqué avec insistance à Lorànt Deutsch (!) qui n’a jamais fait mystère de son affection pour la période de la France royale.
    Il a ainsi consacré de très nombreuses pages (**) à une attaque en règle contre Le Métronome et Hexagone, égratignant au passage tous ceux qui, comme Stéphane Bern, par exemple, mais également Ph. de Villiers, s’attachent à une diffusion grand public de l’histoire de notre pays en la débarrassant des carcans idéologiques réducteurs.

    Lorsqu’on sait que William Blanc, ce pourfendeur de Jeanne d’Arc, était, il y a quelques années, bien connu sur le campus de Tolbiac en tant que leader d’extrême-gauche, les choses s’éclaircissent un peu plus...

    * qui commettent des choses comme ça : http://www.deblog-notes.com/2016/03/cyrards.html

    ** une obsession ? ou une entreprise idéologique concertée ?...
    Un blog qui cible ce qu’ils appellent le “roman national” concrétise un certain acharnement contre ce qu’ils nomment les « historiens de garde d’un trésor poussiéreux » : http://www.leshistoriensdegarde.fr/

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