La Voix de l’auteur

Père. Paul D. Scalia, traduit par Yves Avril

vendredi 18 septembre 2020

© Dominique Devroye / Pixabay

Une lecture superficielle des émeutes de l’été pourrait les considérer comme un rejet de l’autorité. Bien sûr, les émeutiers rejettent une certaine forme d’autorité, mais cela ne veut pas dire qu’ils rejettent l’autorité en soi. Au contraire, ils sont une autorité pour eux-mêmes. Aucun d’eux n’ose renoncer à leurs dogmes. La plus large « culture de l’éveil », qui rejette tellement les figures de l’autorité traditionnelle, exerce une autorité qui est bien plus sévère et qui censure bien plus que les institutions qu’elle rejette. Elle musèle le désaccord et excommunie les hérétiques plus rapidement et plus absolument qu’aucune inquisition ne l’a jamais fait.

Cela dit, cela ne devrait pas nous surprendre et, d’une certaine façon, nous ne pouvons pas les blâmer. L’attitude anti-autoritaire autoritaire à laquelle nous assistons est simplement la déformation d’un bien qui est dans l’homme. La question est que nous voulons avoir à reconnaître une autorité. Nous avons été créés pour agir ainsi. Nous avons été créés par et pour l’Auteur de la vie. Comme créatures, nous avons été câblés pour être attentifs et obéir à la voix du Créateur, à le chercher Lui et Son autorité.

Malheureusement, la blessure profonde de notre nature humaine fait que souvent la recherche de l’Auteur souvent ressemble au missile errant, qui s’égare follement et dangereusement. Nous pouvons écarter Dieu de nos vies, mais nous ne pouvons pas écarter de nos âmes cette tendance vers l’autorité. Ainsi, dans notre rébellion contre l’Auteur de la vie, au lieu de nous libérer (comme nous pensons que nous le voulons) nous nous soumettons à de fausses autorités. Nous acceptons des contrefaçons : l’Etat, les cultes, la race, les idéologies, le scientisme etc… Ce sont des idoles de notre fabrication propre qui nous asservissent à l’erreur.

Dans Sa miséricorde, notre Seigneur nous a délivrés de l’esclavage. Il a établi l’Église pour être la voix de l’Auteur dans le monde.

Et moi, je te dis, tu es Pierre
Et sur cette pierre je bâtirai mon Église
Et les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle.
Je te donnerai les clefs du Royaume du ciel
Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux
Et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.

Ce sont des paroles solennelles, d’autorité : Et moi, je te dis. Et elles parlent de l’autorité : je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Ici l‘auteur de toutes choses établit l’Église et lui confère l’autorité pour enseigner Sa vérité authentiquement et infailliblement. L’Église donc devient Sa voix dans le monde, l”Oracle de Dieu” comme l’appelait le cardinal Newman. L’autorité de l’Église répond à notre besoin d’une voix claire. Par nature nous cherchons l’Auteur, mais nous nous égarons si facilement. Donc, Il a établi l’Église pour être pour nous Sa voix infaillible, contre laquelle les portes de l’Enfer ne prévaudront pas.

Loin d’être une imposition divine, donc, l’autorité de l’Église nous apporte la liberté. Elle nous délivre de ces autorités qui sont des contrefaçons asservissantes. Sa voix maintenant dit, en effet : « Ne suivez pas ces voix trompeuses qui ne conduisent qu’à la mort. » Ici l’Auteur de la vie parle authentiquement et véridiquement, pour vous conduire à la vie.

C’est une autorité sérieuse, réellement. Mais elle est ordonnée à notre bonheur. Et il il n’y a pas de contradiction dans le fait qu’une telle autorité – lier et délier – est intrinsèquement connectée à notre bonheur. Comme les joueurs de baseball américains le savent, le jeu commence seulement quand la voix d’autorité dit : « Envoie la balle. » Et cette autorité – lier et délier sur le terrain – garantit le plaisir du jeu. Sans lui, les choses se dégradent rapidement. Un joueur triche sur la Victoire ; un autre prend la balle et rentre chez lui. La joie des enfants de Dieu n’est pas différente ; nous nous reportons à la voix de l’Auteur pour défendre notre jeu.

C’est une chose qui n’appartient qu’à la modernité que de penser que nous pouvons rejeter l’autorité. Les grandes luttes de l’ancienne Eglise n’étaient pas pour savoir s’il y avait une autorité mais qui la possédait. Aujourd’hui le monde rejette l’autorité de l‘Eglise comme il le fait pour n’importe quoi d’autre. Cela ne signifie pas que les hommes sont affranchis de l’autorité, mais seulement qu’ils deviennent esclaves de ses contrefaçons.

Dans l’ancien monde l’autorité de l’Eglise défendait la vérité de Notre Seigneur contre les grandes hérésies christologiques. Au XVIe siècle elle défendait la vérité de l’Eglise contre la révolte protestante.

Aujourd’hui la voix de l’Auteur doit défendre la prérogative divine la plus fondamentale : la Création. Le pape émérite Benoît XVI a appelé notre époque « l’âge du péché contre le Dieu Créateur ». Au centre de cela il y a l’idéologie transgenre, un rejet de la nature humaine qui rejette à la fois l’autorité de la Création et condamne tous ceux qui mettent en question sa propre autorité.

« Ce qui est souvent exprimé et compris par le terme “genre” finit par être une tentative de l’homme de s’ auto-émanciper de la création et du Créateur. L’homme veut être son propre maître, et seul – toujours et exclusivement – à fixer tout ce qui le concerne. Pourtant de cette façon il vit en opposition à la vérité, en opposition à l’Esprit Saint » (Benoît XV, 2008).

C’est une liberté qui d’abord intoxique, d’être nos propres créateurs, nos propres dieux. Mais bientôt cela finit mal. C’est trop d’être une autorité pour soi-même. Les choses, comme elles sont, finissent par se dégrader.

Vatican II a fait une merveilleuse observation : « Sans le Créateur, la créature s’évanouit » (GS 36 ;CCC49). Nous voyons maintenant que cela agit aussi bien dans un autre sens : en refusant d’être des créatures, le Créateur s’évanouit de notre vue.

Prions d’autant plus pour que la voix infaillible de l’Auteur devienne plus claire et plus forte, pour défendre la vérité du Créateur et de sa création. Car « quand Dieu est nié, la dignité humaine disparaît. Toute homme qui défend Dieu défend l’homme. » (Benoît VI, 212)

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À propos de l’auteur
Le père Paul Scalia est prêtre du Diocèse d’Arlington, où il exerce comme Vicaire épiscopal pour le clergé. Son nouveau livre est : That Nothing May Be Lost : Reflections on Catholic Doctrine and Devotion. [“Que rien ne peut être perdu : réflexions sur la doctrine et la dévotion catholiques”].


Voir en ligne : The Catholic Thing

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