Entretien avec Élisabeth de Balanda

«  La Vierge Marie, c’est la France  »

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

mercredi 14 août 2019

Marie et Élisabeth à La Visitation. Portail Royal de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, XIIe siècle.
© Gilles Fresson. Rectorat de la cathédrale.

Élisabeth de Balanda, déléguée générale de l’association Ars latina, prépare une exposition sur «  la Vierge Marie et la France  », qui verra le jour à l’automne. En avant-première pour France Catholique, elle en dévoile les contours et l’objectif.

Pourquoi cette exposition ?

Élisabeth de Balanda : L’objectif est d’abord de faire découvrir la beauté de la création, et de la re-Création divine opérée grâce à la Vierge Marie, à travers une exposition itinérante de photos de très grand format – 1m30 de haut — sur fond noir, qui décuple le beau. Elle permettra d’embrasser, d’un seul regard, mille ans d’histoire de la sculpture, romane ou gothique, renaissante ou baroque, moderne ou contemporaine, conservée en France.

Comment définiriez-vous ce lien particulier entre la France et la Vierge Marie ?

Toute notre histoire, en particulier celle des saints, est liée à Marie. Par exemple, il me semble qu’il y a un fil rouge, marial, qui traverse les siècles : entre, d’un côté, le franciscain Duns Scott qui n’est pas français, mais qui défend à la Sorbonne l’Immaculée Conception de la Vierge au XIIIe siècle. Et plus tard, les apparitions à la chapelle de la Médaille Miraculeuse, en 1830, («  Ô Marie, conçue sans péché  »), et ensuite à Lourdes, en 1858 – « Je suis l’Immaculée Conception ». C’est unique dans l’histoire du monde ! Pensez aussi à tous ces pauvres, qui, comme Bernadette, ont eu l’honneur d’apparitions mariales.

Qu’en est-il de cette vocation à l’universalité de notre pays, et quel lien avec Marie ?

À la fin du XIXe siècle, 80 % des religieuses missionnaires étaient françaises et, en 1950, 50 % des prêtres missionnaires étaient français. Rayonnement spirituel bien sûr, mais aussi conséquence de la persécution et de l’expulsion des ordres religieux, condamnés à fuir vers l’étranger, sous la terreur et en 1905.

C’est bien cette France-là, universaliste, qui s’est révélée à nos yeux, au vu des réactions internationales après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette France dont Marie est la sainte patronne depuis que Louis XIII l’a consacrée à Notre-Dame de l’Assomption, en 1638. Suivi, longtemps plus tard, par le pape Pie XI qui ne fera que confirmer ce lien étroit en 1922, par sa bulle Galliam Ecclesiae filiam primogenitam (cf. page suivante). Le Souverain pontife adjoindra au patronage de la Vierge, Jeanne d’Arc, pour la politique, et Thérèse de Lisieux, pour la mission.

Ainsi, en voyant Notre-Dame brûler, et le monde entier venu pleurer avec les Français, nous avons été ramenés à notre vocation propre. Avec pour injonction le réveil de cette France chrétienne. Lorsqu’on a tant reçu, il faut donner à son tour.

Une renaissance est-elle possible ?

Récemment, de nombreux pèlerinages ont repris vie, parce que les gens ont besoin d’incarnation. Sans compter la multiplication des groupes de prière marials… En 2014, juste avant la série d’attentats en France, l’archevêque de Paris a décidé de renouveler le pèlerinage (fluvial) à Marie, lors de la fête de l’Assomption. À partir de cette renaissance de la prière à la Vierge Marie, tout est possible.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

Messages

  • Permettez quelques mots à propos de la Vierge Marie. Merci.
    Les siècles qui avaient brillé du Christianisme de Johanna avaient remis en lumière la grande Myriam, et le culte de cette personnalité, entourée du prestige des choses lointaines, s’était répandu dans tout l’Orient (voir l’article sur les origines et l’histoire du Christianisme).
    Il avait une place prépondérante dans les Mystères et devait, par cette voie, arriver jusqu’aux temps modernes.
    Les Catholiques comprirent que, pour faire accepter leur doctrine, il était indispensable d’offrir au peuple la continuation de cette légende mariale, dont on connaissait si peu l’histoire réelle qu’il était facile d’y intercaler la nouvelle légende de la Mère de Jésus devenu un Dieu sauveur. On pensa même que la Mère ferait accepter le fils, et on ne se trompait pas ; le culte de Marie se propagea facilement, et c’est elle qui, pendant tout le Moyen Age, eut dans la religion nouvelle la place prépondérante.
    En 608, le pape Boniface IV consacra le Panthéon de Rome à Marie. C’était rétablir le culte de la Femme. On lui rendait son nom antique « Notre-Dame », si peu en harmonie avec la pauvre femme de Judée de la légende évangélique, si peu Dame.
    L’Église n’a accepté et glorifié Marie qu’à l’époque où elle n’a plus craint de voir renaître le culte des anciennes Déesses.
    Dans les Evangiles catholiques, on a supprimé tout ce qui glorifiait la femme. Et cependant, à l’époque où on les faisait, Marie, la grande Myriam, était célébrée en maints endroits ; elle avait des temples dans les villes et des chapelles dans les campagnes, mais les Catholiques n’en parlent pas.
    Lorsque, après la conversion de Constantin, on chercha à introduire la religion nouvelle en Gaule, on comprit qu’il faudrait des siècles pour détruire le culte de la Nature, qui y régnait, et la glorification de Marie, l’antique Déesse égyptienne.
    La maternité est une révolution dans l’existence de la femme, et c’est le propre des révolutions de susciter toutes les puissances de la vie. Il faudrait supposer une bien complète déchéance pour qu’en cette crise douloureuse de la nature créatrice la femme ne sentit pas l’enthousiasme du dévouement palpiter dans son sein. Le premier vagissement de son enfant est l’oracle qui lui révèle sa propre grandeur ; et le fer qui détache de ses flancs une créature immortelle en qui elle se voit revivre la détache du même coup des puérilités et des égoïsmes de sa jeunesse solitaire. Cette rude étreinte des forces génératrices, ce labeur étrange imposé à sa faiblesse, ces espérances, ces angoisses, ces effrois inouïs qui l’oppressent, l’exaltent, et éclatent en un même gémissement ; puis cette convulsion dernière à laquelle succède aussitôt le calme auguste de la nature rentrée dans sa paix après avoir accompli son œuvre suprême, tout cela n’est point, comme on l’a dit, le châtiment ou le signe de l’infériorité de tout un sexe. Loin de là ; cette participation plus intime aux opérations de la nature, ce tressaillement de la vie dans ses entrailles, sont pour la femme une initiation supérieure qui la met face à face avec la vérité divine dont l’homme n’approche que par de longs circuits, à l’aide des appareils compliqués et des disciplines arides de la science.
    G l o r i o s a R e g i n a M u n d i
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/06/origine-du-mystere-de-limmaculee.html
    Cordialement.

  • Toujours Marie. (Quelques extraits d’une rencontre avec Maurice Zundel).

    "Rien n’est plus pur, plus discret, plus humain, plus émouvant que les quelques lignes où saint Matthieu présente Joseph et Marie au moment où Joseph vient de découvrir la maternité de Marie. Joseph est devant une évidence dont il n’a pas la clé ; mais il est tellement sûr de l’innocence de Marie et ne voulant pas effleurer cette âme qu’il aime d’un amour unique, ne voulant pas l’effleurer de la moindre blessure il décide de la renvoyer en secret pour lui épargner toute diffamation... Et c’est cela justement, cet immense drame, unique et incomparable, de ces deux êtres qui s’aiment du plus pur amour, du plus virginal et qui sont confrontés l’un à l’autre dans le silence qu’aucun des deux ne peut rompre. Le dénouement de cette situation sera la voix de l’ange qui va demander à Joseph de prendre "Marie ton épouse, car ce qui est né en elle est l’oeuvre du Saint Esprit". C’est le drame de Joseph qui témoigne de la virginité de Marie, qui nous fait entrer dans son secret.

    En effet, la conception virginale n’est pas un événement biologique. Il ne s’agit pas d’une parthénogénèse au sens de la biologie d’aujourd’hui. On a pu féconder des lapines sans le concours du mâle : c’est là un événement biologique qui pourra peut-être s’étendre beaucoup plus haut dans l’échelle de la vie animale.

    La conception virginale de Marie est tout autre chose. Précisément, elle a ses racines dans son Immaculée Conception, dans cette dédicace de son être dès le premier instant de son existence, dans cette dédicace de tout son être à Jésus. C’est cela la merveille de l’Immaculée Conception. C’est l’aube de la Rédemption qui vient à notre rencontre dans la personne de Marie. Impossible de rencontrer ce mystère sans jubilation, de rencontrer cette aube de la Rédemption, de voir précisément la grâce du Christ surabonder dans l’âme et dans l’être de sa mère et de voir Marie, dès le premier instant déjà, consacrée totalement à Jésus et déjà sa mère puisque sa maternité est une maternité de l’esprit, une maternité de la personne et elle est déjà toute entière ordonnée à lui, toute entière pleine de lui, elle le conçoit dans son esprit, elle en vit dans sa contemplation avant que sa chair virginale ne devienne le berceau de l’Incarnation. Cette maternité qui fait d’elle la seconde Eve, cette maternité n’a pas de limite. Eternellement Marie a à enfanter Jésus en nous, à préserver sa vie en nous, à nous ramener en lui dans le rayonnement de sa virginité.

    Quel immense appauvrissement ce serait si le Christianisme ne nous avait pas donné ce visage de la Vierge qui renouvelle la lumière dans nos yeux, qui purifie notre regard et qui nous donne de pouvoir contempler toute l’humanité avec respect et émerveillement et qui nous donne aussi de nourrir en Dieu une confiance dans limite. Car Marie est aussi le plus beau sacrement de la maternité de Dieu.".

    Maurice Zundel, 24/02/1972. Publié dans "Quel homme et quel Dieu" et sur le site www.mauricezundel.com, du 22 au 24.05.2013.

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