La Trinité est-elle incompréhensible ?

par Charles Becquérieux

mercredi 12 juin 2019

La Trinité paraît si difficile à concevoir que beaucoup se demandent s’il ne faut opter pour un Dieu plus simple, celui de l’islam par exemple...

Le problème, évidemment, c’est que nous n’avons pas le choix. La question n’est pas de savoir quel Dieu nous plaît, mais quel est le vrai Dieu. Or, la Trinité n’est pas une invention. Elle nous a été révélée : il ressort en effet d’une lecture attentive des Évangiles : 1° qu’il n’y a qu’un seul Dieu (Mc 12, 29) ; 2° qu’il existe une certaine pluralité en Dieu, puisqu’il est Père, Fils et Esprit ; 3° que le Père, le Fils et l’Esprit sont réellement distincts (Jean 15, 26) et que chacun peut être appelé «  Dieu  » (Jean 1, 1 ; Actes 5, 4).

Approcher le mystère

À l’issue d’un long travail théologique, cela s’est résumé en une formule : une seule substance, trois personnes. Bien sûr, il y a là un fameux casse-tête pour les métaphysiciens. Mais, après tout, que la vie intérieure de Dieu soit difficile à comprendre, ce n’est pas très étonnant : la moindre personne humaine n’est-elle pas un mystère impénétrable ?

On pourrait être tenté d’en rester là. Mais on aurait tort. Car s’il est vrai que la Trinité n’est pas démontrable à la façon d’un théorème de géométrie, il est tout de même possible d’en approcher le mystère par des analogies. Mieux que cela, il est possible de montrer que le caractère trinitaire de Dieu n’est pas une atténuation du monothéisme. Mais plutôt son explicitation. Voyons comment.

Dieu est créateur, donc amour

Repartons de l’essentiel : «  Dieu est charité  » (1 Jn 4, 8). Cette affirmation suppose que, même si Dieu n’avait pas créé l’Univers, il aurait tout de même été éternellement animé par un mouvement d’amour. En effet, si Dieu est créateur par décision libre, il est amour par nature. Si donc Dieu était libre d’exercer (ou non) son amour à l’extérieur de lui-même, c’est que cet amour préexistait à son exercice.

Mais alors une question abyssale se pose : amour pour qui ? Comment éprouver de l’amour quand on est tout seul ? Réfléchissons : aimer c’est se donner à un autre, c’est prendre de soi pour promouvoir l’existence de quelqu’un d’autre : on peut donc supposer que Dieu, en lui-même, sans sortir de lui-même, avant toute création, ait en lui une sorte d’autre lui-même, égal à lui, qui soit aimé de lui.

Cet «  autre lui-même  » a tout en commun avec lui, il lui est parfaitement identique, sauf en un point : il dépend de son géniteur, de son Père. C’est le Fils éternel.

Qui dit amour dit fécondité

Mais ce face-à-face, comme celui de deux amants, est encore imparfait ; s’il reste stérile, il vire au double-miroir narcissique. Or Dieu, étant parfait, ne saurait souffrir de ce défaut. Pour s’accomplir pleinement, l’amour entre ces deux pôles doit donc être lui-même fécond. Les deux premiers termes doivent donc donner une sorte d’objectivité à leur amour mutuel en laissant surgir un troisième terme. L’analogie familiale est ici encore très parlante : l’enfant est la preuve concrète de l’amour des parents. En Dieu, c’est l’Esprit – amour personnifié du Père et du Fils.

Nécessité d’être trois

Il faut ajouter que l’amour faisant partie de la nature de Dieu, le Père ne peut pas ne pas engendrer le Fils, et ces derniers ne peuvent pas ne pas produire ensemble l’Esprit. C’est donc nécessairement que Dieu est Trois. Ce n’est pas un choix de sa part. Il est Trois de toute éternité, indépendamment de toute création, par nature. Un Dieu unique qui n’aurait pas cette trinité ne serait pas un Dieu vivant. En somme, on peut fort bien concevoir un monothéisme plus «  pur  », mais c’est alors celui d’un Dieu minéral, d’un Dieu abstrait, d’un Dieu mort.

Dans Le Génie du christianisme, Chateaubriand décrivait Dieu comme le «  Grand Solitaire de l’univers, l’éternel célibataire des mondes  ». Il se trompait complètement. Car, même célibataire, Dieu n’est pas seul. Il est, en son intimité même, don, circulation, relation. Comme toujours, c’est Bossuet qui a raison : «  Ô Père ! Vous n’avez pas besoin de société : en voilà une en vous-même, éternelle et inséparable de vous !  » (Élévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne, 1re élévation de la 3e semaine.)

Messages

  • Cher monsieur, vous nous dîtes que
    ”le Père, le Fils et l’Esprit sont réellement distincts et que chacun peut être appelé «  Dieu  » .”

    Mais alors, puisque Dieu est un pur esprit, le Saint-Esprit serait donc ”l’esprIt de l’esprit“ !
    Déjà, dire que quelqu’un est ”un pur esprit” ça n’est pas si simple à concevoir, mais alors que dire de ”l’esprit d’un pur esprit”’ !?

    Franchement pas fastoche de transmettre ces notions ....
    Quant à un fils ( Jésus) assis à la droite d’un pur esprit...c’est pas non plus évident à transmettre !
    Comprenez que la présence à la messe ou au catéchisme se soit effondrée depuis près d’un siècle.

  • jean marie Vianney en son temps n’eut pas la prétention de rivaliser avec Thomas d’Aquin sur ce sujet qu’il considérait avec humilité et prudence.

    "Le mystère de la Sainte Trinité, un seul Dieu en trois personnes, disait-on, c’est le Père qui nous a créés, c’est le Fils qui nous a rachetés par sa mort, et ses souffrances, et c’est le Saint Esprit qui nous a sanctifiés dans le saint baptême.

    Et le saint homme parlait du signe de la croix qui représente le mystère de la Sainte Trinité."

    Et d’ajouter pour ses auditeurs aussi assurés que nous encore, "par le mouvement de la main du front à l’estomac, il nous rappelle la descente de Jésus Christ du sein de son Père dans celui de sa mère la Vierge Marie, le crucifiement de Jésus Christ est la croix que nous formons, et le jugement dernier, le mouvement que fait la main de gauche à droite…"

    Et en conclusion jean marie Vianney recommande de faire le signe de croix avec un grand respect.
    On commence par la tête, c’est le chef, la création (le Père) ensuite le cœur, l’amour, la vie, la rédemption (Le Fils) les épaules, la force, ( le Saint Esprit ) !

    Le mystère est compréhensible et dans son intuition spirituelle habité d’une force intérieure sans limite.
    Pas de dualisme entre ces trois éléments qui s’opposeraient, se refuseraient, mais se rejoindraient selon des fonctions plurielles, diverses et complémentaires.

    Trois personnes qui se parlent ainsi dans la triade des origines et de la mission de chacune.

    Nos enseignements doctrinaux et surnaturels ne citent sans doute pas jean marie Vianney comme père de l’église, mais il y a dans cet échange à trois, dans le mystère de nos origines une expression originale de la Trinité, qui ne serait totale et suffisante sans la participation partagée de chacune, dans la connaissance spirituelle de la foi des chrétiens.

    Discours d’une méthode, esquisse d’une interprétation, à réfléchir de cette présentation de la croix active et bienfaisante de la vie, y aurait-il une forme de réponse positive à l’œuvre de l’esprit qui nous envahit, nous habite, nous conforte dans le bonheur divin ?

    Il faut sans doute la force d’âme de Jean marie Vianney pour exposer de la sorte un mystère vital et crucial de la foi partagée de nos vies, sans laquelle nos propos seraient vains, inachevés et futiles.

    Le contenu du dogme n’empêchant personne de vouloir l’expliciter encore, poursuivons l’intelligence du mystère qui certifie le mode de nos vies, d’avant, du pendant et de l’après, auquel la trinité donne une orientation spirituelle pleine de sens...

  • La difficulté ne vient-elle pas de l’emploi du mot "personne" pour parler de Dieu, faute d’un autre mot. Une personne a un lieu, une dimension, un volume, des notions matérielles que l’esprit de l’homme a créés, notions terrestres. Dieu a créé le monde matériel, il est donc hors du monde, Il est esprit, sans limites sans lieu précis. Le Fils de Dieu, le Saint Esprit ne sont-ils pas plutôt "une manifestation de Dieu" puisque Jésus a dit "Je suis dans le Père et le Père est en moi, qui m’a vu a vu le Père". Nous connaissons 3 manifestations de Dieu et nous croyons en un seul Dieu. Le Dieu de l’islam amène plutôt une humanisation de Dieu

  • L’explication de cette notion trinitaire qualifiée plus haut de "pas fastoche" est-elle trouvée ? : "Dieu est hors du monde... Le Fils de Dieu, le Saint Esprit ne sont-ils pas plutôt "une manifestation de Dieu... Nous connaissons 3 manifestations de Dieu et nous croyons en un seul Dieu." Ainsi donc le terme "personne" remplacé par celui de "manifestation" voilà le voile levé sur le "mystère" de la Sainte Trinité... qui n’en est plus un.

    Sur un autre plan : "Le Dieu de l’islam amène plutôt une humanisation de Dieu", comment cela ? Dans le Coran, il y a foule d’énumérations des qualités et vertus de Dieu, hormis celle d’humain ! Celui en qui l’islam ne croit pas c’est justement le Fils de Dieu, le Dieu fait homme... Pour les musulmans Jésus est seulement le plus grand des prophètes.

    Entre "comprendre" et faire confiance...

  • PS
    Complément au message précédent pour, si possible, éviter tout "malentendu" supplémentaire au sujet de la Trinité, "personnes" ou "manifestations" etc.
    Comme on le sait, l’Eglise catholique admet les deux versions du Credo : celle dite de Nicée Constantinople (335 et 381) qui mentionne "de même NATURE que le Père", et celle dite "Symbole des Apôtres" on dirait, plus simplifiée "est conçu du St Esprit". Ce sujet, d’une profondeur et d’une densité certaines, ne relève-t-il pas de la seule capacité d’experts ? Car, même débattue en forum avec les meilleures intentions, cette question ne risquerait-elle pas quelques "sorties de routes" ?

    Le "Schisme" de 1054, est-il dû à des raisons théologiques ou politiques ou géopolitiques ? Ou bien le "Filioque" aurait-il servi, si l’on peut oser dire, de prétexte à on ne sait quelles considérations ? Et le doute ne serait-il pas, en tels cas, plus à l’écoute de la Parole que les plus élaborées des certitudes...

    La Tour de Babel est mentionnée dans la Bible. Et à l’opposé, l’humilité ne trouve-t-elle pas toute sa place ?

  • Est-ce un schisme de découvrir Dieu par ses actions en faveur de l’homme y compris son incarnation. C’est ce que faisaient les Juifs de l’Ancien Testament (le buisson ardent, le passage de la mer Rouge, Job, Daniel, Sodome et Gomorrhe....)
    Les musulmans découvrent Dieu par ses paroles à Mahomet, aux hommes de croire à Mahomet

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