La Roumanie à Fourvière

par Bernard Berthod, conservateur du Musée d’art religieux de Fourvière

jeudi 21 février 2019

Le Musée d’art religieux de Fourvière s’est associé à la Saison France Roumanie en présentant près de quarante icônes roumaines provenant des collections du musée d’Art ancien de Bucarest. La Saison France Roumanie a pour vocation de renouveler l’image et la perception que nos deux pays ont l’un de l’autre, en proposant des événements culturels et artistiques tout au long de l’année tant en France qu’en Roumanie. Cette Saison coïncide avec la présidence roumaine du Conseil de l’Europe et avec la célébration du centenaire de la Roumanie moderne (1er décembre 1918). L’originalité de l’exposition repose sur la présentation, aux côtés d’icônes traditionnelles, écrites sur bois, d’un ensemble d’icônes réalisées sur verre.

Ces peintures sur verre, ou plus exactement sous verre apparaissent au XVIIIe siècle. Elles sont réalisées dans les villages de Transylvanie. C’est un artisanat « paysan » qui se développe dans les villages pour embellir la maison à peu de frais et surtout la placer sous la protection de la Vierge et de saints très populaires comme saint Georges, sainte Vendredi, etc. En 1699 au monastère de Nicula, au cœur de la Transylvanie, une icône se met à pleurer, drainant sur place un flot de plus en plus important de pèlerins et de dévots. Cette vierge, souvent reproduite de manière traditionnelle sur bois est aussi prise pour modèle par les artisans travaillant sous verre et trouve place dans de nombreuses maisons modestes, d’abord en Transylvanie puis dans toute la Valachie. Un autre modèle très répandu est la Vierge de pitié, déplorant son fils mort sur la croix.

Cette production se distingue par la fraîcheur chromatique de la composition avec des fleurs et des arbres stylisés qui fascineront, au début du XXe siècle, les artistes européens adeptes du « réductionnisme plastique » ou seul l’essentiel du sujet est mis en valeur.

Cette forme artistique, restée vraiment populaire, est décriée par les amateurs d’art aux XVIIIe et XIXe siècles qui n’y voient que grossièreté et gaucherie. L’autorité religieuse, ne portant pas un jugement esthétique, les considère comme des représentations quasiment hérétiques et encouragent leur destruction. Il faut attendre les années 1920, pour que des intellectuels roumains, conscient de l’importance de la culture ancestrale pour la « nouvelle Roumanie », issue de la recomposition de l’Europe après la première guerre mondiale, prônent la conservation de ces précieux témoins de la dévotion populaire.

https://www.fourviere.org/fr/culture/musee/

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Image : Élie sur son char de feu donne son manteau à Élisée, Transylvanie, fin du XVIIe siècle.

© MNAR, Bucarest.

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