La République en panne…

par Denis Lensel

jeudi 20 décembre 2018

Le mouvement des Gilets jaunes a surpris le gouvernement d’Emmanuel Macron, qui en reste encore décontenancé, plus d’un mois après son déclenchement spectaculaire. Mais, plus largement, c’est tout le microcosme politique qui a été pris de court par cette vague de colère ponctuée de flambées de violence. Plus qu’une simple jacquerie contre les abus de la fiscalité effrénée des dernières décennies, c’est une fronde qui se manifeste en cet automne 2018 contre un type de gouvernance trop éloigné des citoyens. En cause, une forme d’administration et de société, qui a laissé des millions de gens sur le côté de la route d’une réussite matérielle d’un accès plus difficile que toutes les barrières de péage…

Dans cette crise, le gouvernement en est réduit à réagir dans l’urgence : il propose à la fois un débat national plurimensuel sur différentes questions sociales, pour un « vivre ensemble » qui a disparu dans la dissociété actuelle, et des mesures d’aide financière aux plus défavorisés, sur lesquelles il commence à hésiter en cafouillant quelque peu, faute de délai de réflexion suffisant… Mais chez les représentants de l’opposition, on constate à la fois un manque alarmant de propositions constructives et une dangereuse tendance à la surenchère démagogique. Et chez certains, une troublante complaisance pour les fauteurs de troubles violents.

À la base, parmi les Gilets jaunes et çà et là au sein de la population, comme remède à la crise, on propose la solution-type d’un « Referendum d’initiative citoyenne » : l’idée de ce « RIC » vaut d’être étudiée, mais il faudra savoir concilier cette formule avec la préservation de la démocratie représentative…

D’ores-et-déjà, la question fatale se pose : la République quinquennale tronquée que notre pays a hérité de Jacques Chirac serait-elle tombée en panne ? Ici, le symbole des Gilets jaunes revêt toute sa force, à la fois simple et saumâtre, d’un peuple qui manque cruellement du carburant psychologique et politique vital qui s’appelle la confiance. La confiance, nécessaire à tout dialogue social.

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Photo : © Jean-Paul Corlin

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