La Pologne et la mémoire

par Gérard Leclerc

mardi 6 février 2018

Il ne nous suffit pas des querelles du présent. Celles du passé nous opposent souvent avec encore plus d’alacrité. Preuve nous en est donnée avec l’émotion soulevée par une loi votée et non encore promulguée en Pologne, qui concerne le passé de ce pays durant la Seconde Guerre mondiale. Je reprends le libellé du texte adopté par le Parlement polonais. Sera punie d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison toute personne qui « attribue à la république de Pologne et à la nation polonaise, publiquement et contrairement à la réalité des faits, la responsabilité ou la coresponsabilité de crimes nazis perpétrés par le Troisième Reich allemand ». Les historiens sont, pour beaucoup, vent debout contre ce qu’ils considèrent être un interdit à l’encontre de leur liberté de recherche. En Israël, s’exprime une inquiétude analogue. Bien sûr, la question est complexe. On comprend l’indignation des Polonais lorsqu’ils entendent parler à propos d’Auschwitz « d’un camp de la mort polonais ». Mais par ailleurs, se trouve dénoncée la volonté d’interdire l’évocation des pogroms meurtriers commis par des citoyens polonais et non des nazis.

On peut comprendre la fierté outragée d’une population qui a payé le plus douloureux tribut de la Seconde Guerre mondiale. Il ne fait aucun doute que la nation polonaise est une nation martyre, dont les tribulations se sont poursuivies avec l’occupation soviétique. Nous avons accompagné, pour les gens de ma génération, avec une profonde empathie l’épopée de Solidarnosc, celle de Jean-Paul II et de Lech Walesa. J’ai toujours considéré que pour nous, la Pologne était une nation sœur. Et j’aurais envie de dire, à l’instar de Cyprian Norwid, cet immense poète, que « les nations vivent, souffrent, frémissent » et nous obligent plus que toutes les abstractions [1]. Mais si la Pologne nous oblige, c’est aussi à l’alliance de la vérité et de la liberté.

Il y a toujours danger de rendre captive la vérité, en l’entourant de dispositions qui lui ôtent son authenticité. Les lois mémorielles, quelles que soient les intentions de leurs inspirateurs, ne servent pas la vérité historique, elles la calfeutrent. Que nos amis polonais y prennent garde. Ce n’est pas en vertu d’une telle loi mémorielle qu’ils garderont l’estime qui est la nôtre et qui doit persister.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 6 février 2018.


[1Cyprian Norwid, L’insatiable source, édition établie et préfacée par Christophe Jezewski, Éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Simple question : la recherche sur les personnes polonaises ayant commis des actes contre les juifs est totalement permise ; il est simplement demandé de ne pas extrapoler au niveau de la nation polonaise et d’un Etat polonais totalement anéanti par les Allemands ; le terme camp de la mort Polonais est effectivement odieux et insultant parce qu’il est le résultat d’un procès d’intention particulièrement scandaleux et d’un compelet manque de délicatesse. Seulement faut-il une loi pour le dire ? Probablement que non, et c’est peut-être une maladresse. d’avoir voté cette loi, mais enfin qui a commencé ? D’accord, mais avant de jeter la pierre aux Polonais il faudrait peut être le dire aux accusateurs, car contre un procès d’intention on ne peut rien faire que l’ignorer, mais enfin ceux qui le font , font du mal. Il faut avoir le courage de le dire enfin....

  • P.S. En référence au tout précédent message sur ce sujet, on aura compris que l’EXPRESSION "vérité historique" s’entend, dans un contexte général, comme une réalité, bien lire : une REALITE historique, autrement dit un fait vécu et inscrit de manière indélébile dans l’Histoire ; alors que la NOTION de "vérité historique" peut être comprise comme une multitude d’éléments ayant existé avec - ce qui n’est pas forcément exclu - quelques extrapolations minimum ou maximum difficiles et parfois impossibles à vérifier avec une exactitude indiscutable.

    P.S. apporté pour prévenir et exclure tout éventuel et regrettable malentendu.
    Dont acte.

  • En référence (et rectificatif) au P.S. susmentionné qui figure avant le message
    y afférent - comme la réalité qui dépasse la fiction - et en demandant de bien vouloir excuser une éventuelle erreur - ci-dessous la réaction à l’article de G. Leclerc :

    Sans intention et encore moins volonté de commenter le thème "La Pologne et la mémoire", un arrêt s’impose sur :

    - "vérité historique" : existe-t-il vraiment une ou des vérité(s) historique(s), et si oui, quels en seraient les critères et les preuves indiscutables ?

    - à propos des Etats tampon (dont, sauf erreur, la Pologne a fait partie), n’ont-ils pas été créés - j’allais dire de toutes pièces - puisque leur statut fut et est de garantir une égalité de force entre des puissances ? Dès lors, peut-on qualifier de pays indépendants des Etats tampon fruits de froids calculs politiques concoctés dans les couloirs de chancelleries et les bunkers de stratégie tactique ?

    La diplomatie serait-elle du domaine de la "vérité historique", et la stratégie de celui de la justice et du "respect des peuples à disposer d’eux-mêmes" ?

    Eprouver quelque doute n’est pas interdit. Surtout quand on est témoin, parfois objet, de ce qui se passe depuis un moment déjà sur notre planète Terre. Et en pensant qu’il ne serait pas superflu que ceux-ci et ceux-là interrogent leur propre conscience, s’il est toutefois vrai qu’il existe une conscience internationale...

    (Les lignes ci-dessus expliquent et légitiment le P.S. du 7 février 09:01. Avec, de nouveau, l’expression du regret d’avoir probablement mis "la charrue devant les boeufs").

  • Cet acharnement contre les nations européennes s’inscrit bien dans un processus de destruction des "romans nationaux" : il faut détruire "les mythes" et le récit qui s’est construit pendant des siècles. La nation France connaît cette destruction méthodique depuis les années 80, la Pologne en fait aujourd’hui les frais, l’Espagne également a connu cela. Il s’agit de réécrire une histoire où les nations sont coupables : les héros deviennent "des salauds", les "gloires" d’antan sont déboulonnées.
    Le "Grand Colbert" se transforme en pestiféré, nul doute que la machine contre lui va se remettre en marche et que les lycées Colbert changeront d’appellation, Corneille est exclu....
    Dans le degré d’amnésie et d’ignorance que nous connaissons, il est entendu que la France, la Pologne, nations vaincues pendant la guerre, sont coupables , on oublierait presque que le nazisme est né en Allemagne. Les pays occupés deviennent tout aussi coupables que l’occupant, les camps de concentration établis par le nazisme dans les pays vaincus deviennent de façon très peu innocente un "camp de concentration français" pour le "struthoff " ; l’horreur d’Auschwitz devient "un camp polonais".
    Derrière tout cela, il y a une lecture sous-jacente : les nations européennes toutes doivent disparaître ainsi que l’Europe d’ailleurs (je ne parle pas du machin de Bruxelles qui est une anti-Europe) ; on élève des générations d’autochtones et de gens qu’on doit soit-disant "intégrer" dans la détestation de tous ces pays.
    Que chaque nation, comme toute personne, ait à débattre des périodes "les plus sombres de son histoire" pour reprendre le discours convenu et horripilant des têtes à claques médiatiques, est tout à fait légitime et d’ailleurs cela s’est toujours pratiqué grâce aux historiens mais on ne peut pas ne pas s’interroger sur les mises en accusation systématiques de l’idéologie mondialiste qui, elle, poursuit un autre but que l’interrogation légitime et une remise en cause.
    La Pologne nation martyr a du mal à se voir mise en accusation et on peut le comprendre, il est difficile de se voir accuser par ceux qui en fait vous haïssent, nous qui aimons la Pologne et respectons son histoire pouvons poser des questions légitimes comme nous nous en posons sur notre pays bien-aimé.
    La Pologne se défend mal, elle semble ne pas comprendre que toutes les nations européennes sont attaquées et honnies dans leur essence, et sa réponse donne des armes aux ennemis de la civilisation européenne. Au moins doit-on reconnaître aux dirigeants polonais un souci de leur honneur, le Président Chirac lui enterra notre nation en disant qu’elle "avait commis l’irréparable". On apprit ce jour que si le plus grand criminel peut s’amender, une nation qui a commis "l’irréparable" peut se fondre dans le grand magma mondialiste et disparaître à jamais.
    Le père de la nation polonaise Jean-Paul II aurait su répondre sans crispation.

  • Rien n’est totalement blanc ou noir. Le pouvoir polonais à lourdement soutenu le coup d’état de Maïdan. Auparavant, des groupes nationaliste Ukrainiens avaient pu procéder à des entraînements para-militaires en Pologne. Des mercenaires polonais ont été identifiés parmi les troupes répressives ukrainiennes sévissant dans le Donbass (notamment dans les combats de l’aéroport de Donetsk).
    Du matériel militaire à également transité par la Pologne en direction de l’Ukraine...
    Ce soutien de la Pologne (D. Tusk n’a jamais caché ses préférences) à un pouvoir ouvertement bandériste laisse pantois !
    Comment oublier, en effet, les massacres commis par les milices de Stepan Bandera contre des civils Polonais durant la dernière guerre ?
    Bandera avait d’ailleurs participé à l’assassinat d’un ministre Polonais, ce pour quoi il avait été condamné à mort. Avant d’être récupéré par les nazis Allemands, avec lesquels il a collaboré (il a porté l’uniforme de la Waffen SS...).
    La Pologne (à distinguer, peut-être, du peuple Polonais) n’en est, semble-t-il, pas à une contradiction près. Ce qui à été souligné par divers groupes d’opposants qui se sont violemment insurgés contre la collusion de l’état Polonais avec les néo-bandéristes actuellement au pouvoir en Ukraine.
    Quelques regrettables ratonnades contre des travailleurs Ukrainiens en Pologne sont une des conséquences de cette attitude schizophrénique.

  • "La Pologne ((à distinguer, peut-être, du peuple polonais"). Voilà une précision d’importance en ajoutant, si permis, que cette phrase, valable ici pour la Pologne
    pourrait l’être tout autant pour d’autres pays.

    Les traitres ont existé et existent partout, et ne sont pas l’apanage d’un seul Etat
    ni de deux ou trois autres, les traitres ont sillonné l’Histoire et ce n’est pas fini.
    Ceci dit, et en toute sincérité, une seule phrase dans le message du 8 février 10:06 me semble, comment dire, quelque part à relever, c’est à propos de Bandera collaborateur : ("il a porté l’uniforme de la Waffen SS...). Pour la simple raison qu’il y a risque d’y voir - pour bien de détracteurs ou autres - une ressemblance de près ou de loin - voir justification - avec l’information portée insidieusement contre Josef Ratzinger
    d’avoir "porté l’uniforme des SS"...,et donc, pour être clair, d’avoir collaboré avec l’ennemi ... à l’adolescence.

    Tout comme on peut chanter à gorge déployée "La Marseillaise" ou "God save the Queen) sans être pour autant un vrai patriote.

    En espérant que Réginald de Coucy aura saisi cette réaction. Sans rancune.

  • on ne comprend rien à la fin du texte, entortillée mais lourde de menace pour les Polonais qui visiblement en ont assez du chantage permanent à l’antisémitisme, comme le monde entier d’ailleurs. Entretenir ce chantage, c’est empêcher les gens de se réconcilier, de sortir de la paranoia réciproque. Avec saint Paul, visons la conversion des juifs, nous n’avons pas à contribuer à la main mise de certains menteurs avec de gros moyens sur la conscience des chrétiens. La "peur des juifs" figure déjà dans le récit de la Passion, on peut peut-être résister à la peur, qui nous prive de notre liberté.

  • On n’a en effet que trop entendu la ridicule accusation contre Benoît. XVI : le "panzer cardinal" !...

    Ce qu’il faut répondre aux détracteurs (souvent mal intentionnés), c’est que le tout-jeune Ratzinger a été enrôlé un temps dans les Jeunesses hitlériennes à une période où il était des plus difficile d’échapper à l’organisation tentaculaire des nazis au pouvoir.
    Par ailleurs, jamais il n’a appartenu, de près ou de très loin, à la SS.

    Pour ledit Bandera, il en va tout autrement. Ce dernier était largement adulte lorsqu’il paradait dans son uniforme d’officier de la Waffen-SS.

    Responsable de la création de la Division Galizen, il porte la responsabilité de tous les crimes commis par les Ukrainiens qui s’y sont engagés : exécutions sommaires, massacres collectifs (auxiliaires des Einsatzgruppen), "Shoah par balles", etc.

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