La France périphérique

par Gérard Leclerc

mardi 23 septembre 2014

Un essai fait fureur en ce moment : La France périphérique du géographe Christophe Guilluy. Son analyse trouble tout le monde, les politiques, les experts, les intellectuels. On raconte que l’éditeur Flammarion a dû expédier, dans les plus brefs délais, deux exemplaires du livre à Matignon, pour que les conseillers du Premier ministre puissent glisser quelques allusions explicites dans le discours de politique générale prononcé à l’Assemblée nationale. La presse de gauche est sur des charbons ardents, car ce sont les fondamentaux de son idéologie qui sont remis en cause par Christophe Guilluy. Ainsi Libération a consacré cinq pages à son essai, à la fois pour dire que sa lecture est indispensable mais aussi qu’elle est dangereuse dans la mesure où elle conforte les thèses de la droite et de l’extrême droite. Le géographe est même comparé au philosophe Michel Onfray, qui après avoir été une des figures phare de la gauche est en passe de devenir un de ses cauchemars. Pensez : Onfray a osé s’en prendre à la théorie du genre, qui, on le sait bien, n’existe pas, et aux ABCD de l’égalité.

J’ai lu cet excellent essai qui donne à réfléchir au-delà des réflexes partisans, car il révèle des coordonnées essentielles de la sociologie française. Non, le problème français ne se résume pas aux zones urbaines sensibles, ce qu’on appelle aussi les quartiers à risque, les banlieues à population immigrée. Il tient aujourd’hui d’abord à la plus grande partie du territoire qui échappe au dynamisme de la mondialisation. Et cela représente 60 % de la population dont on ne parle quasiment jamais. C’est pour cette raison que Guilluy parle de « France périphérique », en désignant par là l’espace rural, les villes moyennes et petites qui sont en régression économique et où se sont réfugiés tous ceux qui ne trouvent pas place dans les grandes métropoles privilégiées et les banlieues ethnicisées. Il est vrai que la montée continue du Front national s’explique principalement par ce phénomène.

Les questions posées par cet essai iconoclaste sont considérables. Elles concernent aussi bien la validité de nos modèles sociologiques que le défi économique qu’impose le déclin de la France périphérique. Je me demande même si l’analyse n’est pas aussi pertinente en matière de sociologie religieuse. Mais c’est une autre dimension à explorer.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 septembre 2014.

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