La France juive

par Dominique Decherf

dimanche 8 février 2015

La présence du Premier Ministre israélien aux manifestations du 11 janvier a écrasé toutes les autres. A tort ou à raison ? La question se repose à l’occasion de l’invitation qui a été adressée à Benyamin Netanyahou par le Congrès américain le 3 mars prochain, deux semaines avant les élections générales en Israël. Le Parti républicain qui, désormais, contrôle le Congrès en a décidé ainsi sans concertation avec le Président ni avec la minorité démocrate qui pourtant bénéficie toujours de la grande majorité du vote juif aux États-Unis. Bibi Netanyahou avait eu l’audace, contre tous les usages, avant les élections à mi-parcours, de déclarer qu’il voterait républicain. Le parti lui renvoie l’ascenseur. Les républicains voteront Netanyahu le 17 mars.
Qu’en est-il de la France ?

La France s’abrite derrière deux axes de défense : la parenté socialiste avec Shimon Peres, et avant lui Ben Gourion et Golda Meir, héritage politique qui n’est plus mais qui n’avait pas empêché le général de Gaulle en 1967 de décréter la séparation, le divorce  ; le consensus européen qui passe par la reconnaissance de l’État palestinien. Bref la France en tant que telle n’a plus rien à dire aux représentants actuels de l’État d’Israël. C’est le constat que fait le philosophe franco-israélien disciple de Pierre Boutang, Michaël Bar-Zvi, dans son récent ouvrage Israël et la France. L’alliance égarée (éditions les Provinciales). Israël n’attend pas de la France qu’elle en reste à l’émancipation des juifs comme individus à la Révolution française. Les attentats antisémites en France ne s’en prennent pas à la République, ni à la démocratie, ni à la paix en Palestine. Ils s’en prennent à la loi, écrit Ben-Zvi, à la loi française, à la loi de la République, loi d’origine judéo-chrétienne, au Juif comme Juif.
Le malentendu est profond : ce n’est pas que les Juifs aient leur place en France, c’est que, comme l’a dit le Premier ministre français, « sans les juifs de France, la France ne serait plus la France ». On n’a sans doute pas mesuré la portée de cette phrase dont on n’a retenu que l’effet rhétorique. Effet de manches ? Que nenni ! La France, selon Bar-Zvi, est juive dans ses fondements, en un sens très différent de celui d’Édouard Drumont quand il écrivait La France juive. Oui, dit Bar-Zvi, la France est juive ou elle n’est pas.
Le problème n’est pasn une fois de plus et encore, la légitimité de l’État d’Israël mais la légitimité de la France. Si vous avez été gêné par la présence de Bibi Netanyahou à Paris le 11 janvier, si vous l’avez trouvée trop voyante, ostentatoire, si vous avez été choqué par ses appels à la montée des juifs français vers Israël (Alya), vous n’avez rien compris aux liens qui unissent la France à la destinée du peuple juif.

Et à ce que Israël attend de la France exclusivement en Europe : qu’elle y défende l’honneur juif. Car personne ne le fera à sa place. Voilà un rôle à la mesure de la France. Moins il y a de Juifs en Europe, plus il doit y avoir de France pour parler au nom des absents, des morts, des exilés, et des vivants en Israël. Il est heureux que Paris, après tant d’avanies antisémites ou antisionistes, compte autant encore pour un homme comme Benyamin Netanyahou, entièrement aligné sur les communautés juives américaines. On devrait se féliciter que le Premier ministre israélien ait vécu aussi intensément sa journée parisienne jusqu’à voler la vedette non seulement à Mahmoud Abbas et au roi de Jordanie mais encore à Angela Merkel et David Cameron. C’est une juste et utile remise en ordre des priorités françaises autant qu’israéliennes. Il serait bon qu’à partir de cela on puisse rebâtir une relation saine entre les deux pays par la redécouverte de leurs profondes affinités spirituelles. Claudel, Bernanos, Maritain, mais aussi le général Koenig, Jacques Chaban-Delmas ou Jacques Soustelle, n’auraient pas travaillé en vain et autant côté israélien.

Messages

  • Cet article est trop confus et approximatif,sans référence historique,déclamatoire et donc inutile,voire dangereux par ses excès !!Quelques précisions : 1 Le premier livre de Bernanos :"la grand’peur des bien pensants est un éloge de Drumont,non en tant qu’antisémite mais en tant qu’anticoformiste d’où le titre ; 2 Claudel s’est en effet beaucoup au problème juif en tant que catholique : a sa trilogie tourne autour des cette question et le troisième titre "Le Père humilié"-le Pape-a pour héroïne Pensée,une jeune juive aveugle enceinte hors mariage d’un soldat du Pape,Orso de Homodarde.il comprend de la part de celle-ci une diatribe très violente contre l’Egise en lui reprochant les torts qu’elle a faits aux juifs mais Claudel la laisse parler et semble écouter du plus profond de lui-même ce réquisitoire.Finalement le Frère d’Orso,Urso sauf erreur propose à Pensée de l’épouser en promettant de ne pas la toucher pour que son enfant ait un père,Orso devant partir à la guerre pour défendre le Pape :à nouveau chez Claudel,ce thème permanent de "l’échange" au sens réel terme comme dans sa pièce dont le titre est justement "l’échange" où l’héroïne,Marthe mariée avec un sauvageon finit par le quitter pour Thomas Pollocke Nageoire,américain richissime tandis que le sauvageon part avec la mâitresse de ce dernier un peu farfelue Lady Echelbronn:l’échange suivant donne la clé de la pièce:la maison luxueuse de Nageoire brûle et il dit à Marthe à peu près ceci :"Quand on parle à une Lady,on ne se dérange pas" tandis que Lady Echelbronn dit :" que l’entrepôt mamouth pète comme une pipe de rhum" et s’enfuit avec la sauvageon tandis que Marthe reste avec Nageoire:tout cela est d’une très grande profondeur dont il faut retenir l’échange,thème présent aussi dans "le pain dur" et "l’otage" ;b Claudel a écrit aussi un petit livre "Ecoute,Israël" reprise de l’hébreu biblique "shammat Israël",non un appel à la conversion au sens strict mais un rappel de l’Israël originel dont Claudel pense que le Talmud très antichrétien aurait défiguré ;c pendant la guerre Claudel écrit au Grand Rabbin de Paris pour le soutenir lui et les juifs contre les persécutions:la lettre était courageuse car Claudel âgé vivait seul avec sa femme dans son château de Brangues ;d Claudel a aussi écrit "le livre de Tobie" inspirée de l’Ancien testament et qui est magnifique ;d à la fin de sa vie il consacre son temps à une exégèse très poétique de l’Ancien Testament comme "l’Evangile d’Isaïe":tout cela à méditer !3 Maritain a épousé une jeune femme juive et d’origine russe Raïssa:convertis par Léon Bloy,l’auteur du "salut par les juifs",philosophe thomiste,il écrira lui un livre "le mystère d’Israël".A méditer !Que sait valls,peut-être franc-maçon, de tout cela ?rRien du tout !En bon catalan,il fait le matamore et dit n’importe quoi !

    • réf. : message du 10 février 06:65

      Pour commencer je ne pourrais m’empêcher de dire que le "tomber" final de l’intervention de brandenburg vaut son pesant d’or. Il me semble, d’autre part, que l’article en question a été bien lu, approfondi et assimilé pour recevoir une réponse adéquate contenant des références non dénuées de sens. Plus d’un pensent que le titre même de l’article de Dominique Decherf, s’il en était l’auteur ou pas, pourrait prêter à confusion et serait, semble-t-il, à la limite, dangereux. Pourquoi ? Il m’a été expliqué qu’on a bien évoqué, et qu’on continuera de le faire, "les racines chrétiennes de l’Europe" (dont la France), mais pourquoi écrire : "La France juive" ? Y aurait-il par hasard une "France chrétienne"’ ? Ou une "France bouddhiste" ou encore une "France musulmane" ? On parle d’une République laïque, lire France laïque, passe encore...Bon.

      Aurais-je le droit de souligner qu’à mon sens : juif, musulman, chrétien, ces termes relèvent de "religions" ("religere" = relier). Cela n’a rien à voir avec un terme politico-idéologique, ex : Etat marxiste, nazi, capitaliste, sioniste, etc...Je pense qu’il conviendrait d’être très prudent tant dans l’expression écrite qu’orale pour bien des raisons aussi valables que variées afin d’éviter des amalgames dont on aurait que faire. Pour ce qui est de monsieur Benyamin Netanyahou dont la présence en première ligne de la "high parade" du 11 janvier aurait choqué - est-ce bien cela ? Le premier ministre israélien était présent avec d’autres personnalités politiques. Ce qui a peut-être "choqué" , comme confié par certains, c’est qu’en présence du président de la République française durant cette marche où durant laquelle, d’après les info télévisées, je cite : "Hollande n’a a aucun moment pris la parole", (peut-être une possible extinction de voix), c’est, à la surprise générale des téléspectateurs, le premier ministre israélien qui s’est chargé de prendre la parole. Ou bien était-ce à la demande du chef de l’Etat ? Mystère. Il ne m’a pas été donné la chance d’écouter Nétanyahou car on a sonné à la porte et j’ai eu de la visite (plus important que la marche en question). Mais ce fait qu’un invité étranger délivre un discours en présente du chef de l’Etat qui le recevait a été, parait-il, ressenti par nombre de téléspectateurs comme une sorte de, je les cite : "ingérence". Je n’ai aucune idée du protocole, quant au reste, peut-être Nétanyahou a-t-il parlé à la demande de Hollande, ou avec son accord. Pour ce qui est d’une probable ingérence je ne me permettrais certainement pas de me prononcer, et la question devrait être posée au plus haut responsable à la tête de l’Etat français.

      Quant à monsieur Valls, les lignes de brandenburg paraissent on ne peut plus judicieuses. Je vais les reprendre, pour la forme : "La France sans les juifs ce n’est pas la France !" Juste ? Avant cela, je me souviens avoir vu et entendu monsieur Valls, déclarer avec la même fougue : "La France sans les musulmans ce n’est pas la France !" Juste ?

      Mais jamais, sauf erreur, et nulle part, je n’ai entendu notre premier ministre déclarer, par exemple, "La France sans les chrétiens ce n’est pas la France !". Peut-être parce qu’il n’a pas trouvé nécessaire de le proclamer, les chrétiens étant la seule communauté non victime de violences et autres gentillesses : voir les Femen et ce qu’elles ont commis, des églises profanées à longueur de semaines et de mois, attaquées, dégradées, mais oui, mais oui, sauf que de cela, il n’est en jamais question. Pas grave.

      Le plus étonnant dans les susdites déclarations de monsieur Valls c’est qu’en citant nos concitoyens juifs et musulmans qui font, donc, la France, je trouve étonnant de ne trouver nulle part, même en cherchant bien, la laïcité ! Peut-être parce que dans l’idée du premier ministre, je dis bien, peut-être, que "La France sans la laïcité, c’est la France !".

      Merci en tous cas à brandenburg pour son petit exposé bien rédigé et à la porté de tout un chacun.

      P.S. Si je pourrais me permettre, moi aussi, d’avancer le nom de Monsieur Schlomo Sand, juif israélien, dont les points de vue sont, parait-il, d’un grand intérêt. Cet auteur mériterait d’être lu. C’est juste une information.

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