La France et l’Afrique

par Gérard Leclerc

lundi 21 janvier 2013

Tous les observateurs de la vie politique s’accordent à peu près pour reconnaître que la présidence de François Hollande a pris une autre dimension à la suite de sa décision d’engager une action armée au Mali pour combattre les éléments islamistes qui menaçaient de conquérir Bamako, la capitale de ce pays. C’est vrai qu’il n’est pas anodin d’envoyer l’armée française sur un terrain d’opération dangereux, à cause des pertes possibles en vies humaines et de bien d’autres conséquences pour le pays avec ce qui est imprévisible quant à la durée de l’engagement et aux réactions de l’adversaire. On n’a pas tardé à le constater à cause de ce qui s’est passé en Algérie et de cette douloureuse prise d’otages en représailles des combats du Mali.

On évoque aussi la solitude de la France dans cette affaire alors qu’on compterait sur la solidarité de nos partenaires européens. Ce n’est pas une question mineure. Si l’Europe est, en effet, devenue grâce au ciel un espace de paix, ce n’est pas pour autant qu’elle est sortie de l’histoire, même si l’idée a pu en être formulée par l’Américain Fukuyama après la chute du mur de Berlin. Le désengagement militaire de la plupart des États européens est un fait des plus préoccupants. Par ailleurs, que penser d’une absence d’initiative communautaire dans une conjoncture si difficile ? Bien sûr, ces États n’ont pas nos liens historiques à l’égard de cette Afrique francophone qu’il nous est impossible d’abandonner au chaos et au terrorisme. Il est singulier que le seul allié qui se soit manifesté à cette occasion soit précisément l’Algérie. Le récent voyage de François Hollande dans ce pays ne présageait pas d’une alliance si rapprochée.

Le président a su dépasser certaines préventions qui tenaient à un passé récent et notamment au fâcheux souvenir de ce qu’on appelle toujours la Françafrique. Pouvait-on rompre nos liens de solidarité, par peur de poursuivre les errements d’hier, au risque de laisser faire les catastrophes ? Dès lors que la France abandonnait ses relations privilégiées avec ces peuples, c’est d’autres partenaires qui prenaient sa place et à la Françafrique se substituaient la Chinafrique ou l’Américafrique. Ou tout simplement l’islamisme africain. Nous partageons avec le peuple malien et les peuples qui l’entourent un héritage qui nous oblige et crée des solidarités indéfectibles. C’est une des raison pour lesquelles l’unité de notre propre pays s’est ressoudée autour de notre armée, en dépit de ce qui nous divise profondément. Nous n’avons pas fini de comprendre la portée de notre engagement africain.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 21 janvier 2013.

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