Chronique n° 345 parue dans F.C.-E. –N° 1815 – 25 septembre 1981

LIMITES ET GRANDEURS DE L’INTELLIGENCE SCIENTIFIQUE

La divine oasis n’est pas absente, mais cachée

lundi 29 mai 2017

À la suite de la série d’articles que je viens de consacrer à quelques aspects difficiles, voire apparemment absurdes, de la science actuelle [1], quelques lecteurs m’ont écrit pour me féliciter : « Bravo, disent-ils en substance, on ne parle jamais que des orgueilleux triomphes de la raison, voilà qui rassure notre foi ».

Hélas, quel malentendu ! Ainsi, il nous faudrait une raison humiliée pour garder la foi ? Mais la raison, chers lecteurs, est une admirable créature de Dieu. Je ne sache pas qu’avant la Chute nous eussions été des bêtes. La Chute nous a rendus mauvais, ou plutôt enclins au mal, mais je ne me rappelle aucun verset de la Genèse nous promettant, pour expier, d’être un ramassis de crétins.

Sur un seul point je serai d’accord avec ces lecteurs : il est vrai que je me sens conforté par l’insondable complexité de la création.

Que notre esprit, pour y pénétrer un peu, doive de plus en plus dépouiller ses antiques superstitions, telles que la terre centre du monde, ou simplement le haut et le bas, le mouvement absolu, la simplicité linéaire du temps, l’objectivité matérialiste, certes, oui, tout cela me réjouit fort, non parce que ma raison en est humiliée, mais bien ma sottise naturelle. Que ce monde serait ennuyeux s’il était aussi simple que moi ! aussi borné que moi ! s’il ne passait pas ma pensée d’autant que son immensité engloutit mon corps ! [2]

La vérité n’est pas triste

Quand je relis le tableau du monde que l’on nous brossait il y a un siècle, en plein triomphalisme matérialiste, tableau que des esprits même aussi supérieurs que Berthelot ou Lord Thomson proposaient, croyaient-ils, à notre émerveillement, je frémis. Et je comprends que Renan, tout imprégné de cette vision affreusement limitée, ait écrit : « Il se pourrait que la vérité fût triste » ; phrase qu’aimait à me rappeler Jean Cocteau pour illustrer une sorte de sottise qui est le propre des esprits supérieurs [3], je veux dire de quelques-uns d’entre eux.

Petit Poucet perdu dans la forêt divine

« La chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres. » Il croyait avoir lu tous les livres, ce grand poète borné, Baudelaire ou Mallarmé [4] – non pas vraiment lu certes, il savait que d’innombrables livres seraient encore écrits après sa mort – mais il croyait que ceux qu’il avait lus faisaient une fois pour toutes le tour des choses. Je connais cette impression, qui vous gagne à peu près vers votre six millième livre : au-delà, quoi qu’on lise, on l’a déjà lu quelque part, et l’on est agacé que l’auteur, tout fiérot, ait gaspillé des mois à réécrire moins bien ce qui existait déjà dans les bibliothèques.

Mais la Nature n’est pas de ces livres déjà lus. Il n’appartient pas à l’homme d’en écrire la dernière page, ni à aucune créature imaginable, ni aujourd’hui, ni jamais. Voilà ce qui me gonfle de joie quand je vois l’infini labyrinthe où nous entraîne la science, comme des Petits Poucets perdus dans la forêt de la pensée divine. L’homme du 20e siècle sait beaucoup, il sait immensément. Et plus grandit cette immensité, plus s’éloigne l’horizon du connaissable. Qu’elle était naïve, mais qu’elle était à plaindre, la petite marquise qui, voyant pour la première fois monter la montgolfière, s’écriait : « Ils vont tout trouver, ils vont découvrir l’immortalité, et nous ne serons plus là ! »

Marquise qui mourûtes aux bords où vous laissa la montgolfière – peut-être, hélas, allégée de votre tête frivole par la main du bourreau – M. de Fontenelle vous avait mal expliqué le système du Monde.

Il n’est pas seulement sans limites vers le grand et vers le petit. Il l’est surtout dans la complexité de ses ressorts : « notre esprit se lasse plus tôt de concevoir que la nature de fournir. » [5]]

Le temps s’éprouve en vieillissant

C’est de lui qu’une Main nous tira à travers ces six jours de la création qui sont peut-être l’éternité. Ces audacieux savants du 18e siècle qui les premiers comprirent qu’on pouvait s’envoler en se faisant porter par un courant d’air, ce qu’ont redécouvert nos modernes deltaplanes, étaient infiniment éloignés de « découvrir l’immortalité », qui n’existe pas dans ce monde où tout passe.

Vivre, c’est vieillir, c’est se déprendre de la vie, car le corps de l’homme, dont l’homme ne peut ni ralentir ni accélérer le décours, se métamorphose insensiblement depuis sa conception jusqu’à sa mort, seconde après seconde, et nous ne sommes pas maîtres du principal ressort qui le conduit à travers le mystère du temps, la croissance et le vieillissement. Nous ne savons même pas ce qu’est le temps. Dans un texte publié en juillet 1981, le plus grand philosophe anglais et deux physiciens éminents, l’un français l’autre italien, ont signé ensemble cette profession de foi : « Nous croyons avec Einstein que le flux du temps est un phénomène réel, unidimensionnel et irréversible. » [6]

Ces esprits habitués aux plus austères et profondes réflexions croient, ou peut-être devrait-on traduire même ont l’impression (we feel, écrivent-ils) que le temps est ce qu’ils disent. En clair, c’est une impression qu’ils ont, à laquelle ne concourt aucune démonstration. Il n’y a là rien de plus vrai que ces vers désabusés du XVIe siècle :

« Le temps s’en va, le temps s’en va, madame.
Las le temps non mais nous nous en allons. » [7]

Dieu n’a pas décroché le téléphone

Peut-être m’éloignè-je du sujet, le supposé orgueil de la science ? Mais la profession de foi de Popper, Vigier et Garuccio citée ci-dessus montre que même les plus grands, et même en 1981, deux siècles après Montgolfier, savent reconnaître les bornes de ce qu’ils savent. Et sur le temps qui scelle nos destinées, ils ne savent rien, ils ont des impressions.

Le reconnaître n’humilie en rien la raison. Quand je considère les arcanes où cette raison a su pénétrer en progressant avec prudence, je suis même porté à m’émerveiller. Il semble incroyable que notre pensée, avec le même instrument que possédaient déjà nos ancêtres des cavernes il y a 30 000 ans, ne se sente pas dépaysée au milieu des appareils et des laboratoires qu’elle a su concevoir.

J’ai dit plus haut qu’avant la chute nous n’étions pas des bêtes. Avant la chute nous jouissions de dons præternaturels [8] et de la familiarité divine. À quel épisode préhistorique correspond la catastrophe qui nous en priva, je ne pense pas que nous le trouvions jamais en exhumant des fossiles. Ce fut une catastrophe intérieure [9]. Les fossiles nous enseignent au moins que l’évolution de notre intelligence, qui n’a rien de præternaturel, n’a pas été touchée par la catastrophe. Elle eut pour théâtre et victime coupable notre cœur, notre faculté d’amour, depuis lors pervertie et vouée aux angoisses de la nuit.

Ou peut-être notre intelligence a-t-elle souffert en perdant son unité, en évacuant de son progrès l’amour, dont l’absence nous tourmente dans le monde sans pitié sorti de nos mains. Koestler dit que tout homme naît schizophrène, incapable de hausser ses sentiments et sa morale aux hauteurs de son esprit. N’est-ce pas cela la faute originelle, ou plutôt son effet ? Mais de ce qu’il ne peut, sans la grâce, échapper à sa déchéance, l’effort de son esprit en devient-il méprisable ? Koestler a une autre formule pour définir cette schizophrénie : Dieu, dit-il, a décroché le téléphone (c’est nous, bien sûr, qui l’avons décroché) [10].

L’homme est toujours l’homme, amer de n’être que lui-même avec lui-même dans un monde apparemment désert. Mais, de ce désert, l’oasis où il aspire n’est pas absente. Elle n’est que cachée. On ne la trouve pas sans la chercher. Je m’émerveille que notre déréliction ne soit pas totale et que la vérité se dévoile à nos yeux à mesure que nous avançons. Sans nous faire attendre notre migration vers la surnature, la Pensée qui nous aimait avant que rien ne fût se laisse discerner dans son œuvre, éblouissant de sa beauté notre faible esprit.

Aimé MICHEL

Chronique n° 345 parue dans F.C.-E. –N° 1815 – 25 septembre 1981.


Notes de Jean-Pierre ROSPARS du 29 mai 2017


[1Les articles consacrés à « quelques aspects difficiles, voire apparemment absurdes, de la science actuelle » ont été publiés de mai à septembre 1981. Ce sont : Cactus dans la physique (n° 336, 15.06.2015), Et si l’intelligence acceptait ses limites ? (n° 337, 19.04.2014), La science moderne elle-même a balayé le scientisme (n° 338, 17.04.2017), Il faut tourner sept fois sa langue avant de dire que c’est absurde (n° 340, 10.05.20014), Les mésaventures de l’onde et du corpuscule (n° 341, 17.08.2015), Une obscure clarté (n° 342, 16.11.2015), La science aux portes du mystère (n° 344, 15.05.2017). Pour cette chronique le sous-titre est à nouveau d’Aimé Michel.

[2Cette phrase « s’il [le monde] ne passait pas ma pensée d’autant que son immensité engloutit mon corps ! » fait écho à la pensée de Pascal qu’elle nuance : « par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends ».

[3En fait comme je l’ai déjà signalé (note 5 de la chronique n° 247, Il n’y a pas de raccourci – Sectes et scientistes tentent de délivrer l’homme du mystère du monde, 14.09.2015) Ernest Renan (1823-1892) a formulé cette idée de manière interrogative : « Je n’ai jamais dit que l’avenir fût gai. Qui sait si la vérité n’est pas triste ? ». Ce qui faisait dire à Paul Claudel : « Ce monde hideux de… Renan et des autres Moloch du XIXe siècle, ce bagne…, cette affreuse mécanique entièrement gouvernée par des lois parfaitement inflexibles et pour comble d’horreur connaissables et enseignables. » (cité par Michel Mourre dans l’article « Renan » du Dictionnaire des auteurs de Laffont et Bompiani, coll. Bouquins, Laffont, Paris).

Cette « sottise des esprits supérieurs » est également mentionnée par Konrad Lorenz dans la chronique n° 10, Le coup de pied de Malebranche (15.04.2009).

[4Stéphane Mallarmé. C’est le premier vers du poème Brise marine, composé en 1865.

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

[5Pascal encore, fragment 84 (disproportion de l’homme) : « Mais elle (l’imagination) se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir ». Les Pensées de Pascal transparaissent très souvent en filigrane dans les écrits d’Aimé Michel. Il en est tellement pénétré qu’il lui arrive d’ailleurs parfois d’oublier de mettre les guillemets. [Note de Bertrand Méheust

[6Il s’agit de l’article de K. Popper, J.-P. Vigier et A. Garuccio, « An experiment to interpret EPR action-at-a-distance : the possible detection of real de Broglie waves », Epist. Lett., 1981, vol. 30, p. 21, cité dans la chronique n° 344, La science aux portes du mystère, mise en ligne la semaine dernière.

[7Pierre de Ronsard dans « Continuation des Amours » (1555)

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies ;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle ;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

[8Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d’André Lalande qu’Aimé Michel gardait toujours sous la main, définit le préternaturel comme « ce qui est en dehors du cours ordinaire des choses, non pas en ce qu’il dépasse les possibilités de toute nature, mais en ce qu’il dépasse les possibilités d’une nature donnée (comme serait pour un homme de respirer dans l’eau, ce qui est naturel pour un poisson). »

Dans une note de l’article « Surnaturel » du même Vocabulaire on apprend que le préternaturel est une des formes du surnaturel dont les deux principales sont la substantielle et l’accidentelle. Le surnaturel substantiel (ou incréé, ou absolu) ne s’applique qu’à Dieu tandis que le surnaturel accidentel (ou créé ou participé) en comprend toutes les autres formes, à savoir simpliciter et secundum quid. Le surnaturel simpliciter est relatif à la substance (grâce, vertus infuses, effet des sacrements) ou aux causes (dit quoad modum : miracles, prophéties,…). Le surnaturel secundum quid (ou relatif, ou par comparaison, qu’on appelle encore préternaturel) est ce qui n’est surnaturel que par rapport à telle nature déterminée.

Après ces indigestes explications, c’est avec soulagement qu’on lit les définitions que donnent l’abbé A. Boulenger dans son manuel classique sur La doctrine catholique (E. Vitte, Lyon-Paris, 1941) :

« 1. On entend par naturel tout ce qui fait partie de l’essence d’un être, tout ce qui est dû à sa nature ; ses propriétés, sa fin et les moyens d’atteindre sa fin. Ex. : l’homme, de par sa nature, est un animal raisonnable. La raison et la liberté sont donc pour lui des dons naturels.

« 2. On entend par préternaturel tout ce qui est au-dessus des exigences d’un être, mais ne dépasse pas les exigences des êtres d’ordre supérieur. Ex. : l’immortalité est une propriété naturelle à l’ange, car l’ange est un pur esprit et l’esprit est, de par sa nature, immortel. L’homme, au contraire, par son corps, est mortel. D’où il suit que l’immortalité du corps constitue pour l’homme un don préternaturel, ou surnaturel relatif.

« 3. On entend par surnaturel ce qui dépasse les exigences de toute nature, créée ou possible. Ex. : la grâce sanctifiante et la vision béatifique – le bonheur de voir Dieu face à face – sont, pour l’homme, comme pour l’ange, des dons surnaturels absolus. » (Tome 1, pp. 98-99).

On pourrait penser que ces idées datent du christianisme et des grands conciles. Pour l’historien Jean Bottéro, spécialiste de l’antique Mésopotamie et de la Bible, il n’en est rien : elles remontent aux auteurs bibliques vers -450 (rédaction du Livre de Job, sur ce livre voir la note 4 de la chronique n° 326, L’amour n’est pas une erreur de la nature, 03.03.2014) et sans doute bien avant. Elles traduisent un complet changement de représentation de l’univers par rapport à celle qui régnait dans la puissante culture babylonienne. « À Babylone, dit-il, il n’y (…) a qu’un [univers] : une sphère immense qui enferme tout ce qui existe, les dieux comme les hommes (…). Dans la Bible, il y a deux sphères hermétiques et totalement séparées : l’une comprend le monde matériel et tout son contenu ; l’autre, au-dessus, et radicalement à part, est celle du Créateur, qui ne fait point partie de l’univers de la créature, car il est d’un autre ordre. » (Babylone et la Bible. Entretiens avec Hélène Monsacré, Les Belles Lettres, Paris, 1994, pp. 253-254 ; disponible au format poche dans la coll. Pluriel, 2012).

Il ajoute : « Je ne dis pas que les auteurs de la Bible aient réfléchi et parlé comme je parle, et même discerné les choses comme je les expose ; mais leurs représentations religieuses sont dénuées de sens et absurdes si elles ne se traduisent pas, comme je le fais, avec un langage, disons “philosophique”, qu’ils ne connaissaient pas et ne pouvaient manier, mais qui n’est qu’une autre manière, plus générale et plus abstraite, de voir ce qu’ils voyaient, de dire ce qu’ils disaient et d’en tirer les conséquences inévitables. ». J. Bottéro rejoint ainsi les conclusions de Claude Tresmontant, notamment dans ses Études de métaphysique biblique (2e édition, François-Xavier de Guibert, Paris, 1998) où il souligne l’originalité de la métaphysique biblique par rapport aux autres, « celles de l’Inde, de la Grèce ou de l’Occident non chrétien ».

Bottéro dit encore ceci : « L’unique solution du problème du mal, selon l’auteur de Job, c’est le rappel de cette Transcendance qui force à s’incliner devant tout ce que fait Yahvé, quoi qu’il fasse, à lui garder toute sa confiance, son admiration et sa soumission, même et surtout parce qu’on ne le comprend pas, qu’on ne peut pas le comprendre. C’est pourquoi, à l’ouïe de ce discours de Yahvé, Job se contente de “mettre la main sur sa bouche”, de se taire et de s’incliner. Il y a là, à mon sens, quelque chose de puissant et grandiose sur le plan de la pensée, je dirais métaphysique, et c’est pourquoi j’admire tant ce livre ; il exprime, à sa manière, cet axiome fondamental : “Je n’ai aucun besoin d’un Dieu que je comprends.” » (op. cit. p. 248, c’est moi qui souligne).

C’est ce qu’Aimé Michel ne cesse de répéter : « À une soif infinie, ce n’est pas le “Dieu des savants” (encore moins des faux savants) qui répond ; mais “celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob”. C’est celui qui gardera son Infinie distance, au fond de l’infiniment mystérieux, même pour les Newtons et les Einsteins de l’an 10 000, quand nos ratiocineurs et leurs élucubrations auront depuis longtemps sombré dans la poussière. » (Chronique n° 298, La Bible confrontée aux affirmations de la science, 05.04.2009).

[9Sur le « péché originel » en tant que « catastrophe intérieure », voir la chronique n° 287, Le pithécanthrope et le jardin – La Révélation est forcément un mystère sinon elle serait dépassée dans vingt ans, 26.08.2013. Qu’un tel évènement puisse être entièrement inaccessible à la vérification scientifique limite grandement la portée des critiques de ceux qui, comme Christian de Duve, prix Nobel de biologie, pensent que « plusieurs enseignements de la religion [chrétienne] sont inconciliables avec les découvertes de la biologie moderne » (voir note 8 de la chronique n° 401, La visite nocturne – Croire à quelque chose qu’on ne comprend pas, 05.09.2016).

Cette interprétation d’Aimé Michel ne lui est pas personnelle. On pourra la comparer avec la présentation traditionnelle de l’abbé Boulenger (op. cit., tome 1, p. 100 ; je ne mets pas de guillemets car je l’ai raccourcie, bien que j’en conserve non seulement les idées mais le style et le vocabulaire) : Dieu accorda à l’homme des dons préternaturels tels que : – 1. l’immunité de la souffrance ; – 2. l’immortalité conditionnelle du corps (accès au ciel sans passer par les angoisses de la mort) ; – 3. l’immunité à la concupiscence (penchant qui pousse l’homme à commettre le mal par discordance entre la volonté et la raison) ; – 4. l’immunité de l’ignorance (intelligence supérieure et « science infuse des choses humaines, spécialement de celles d’ordre religieux et moral »). Ce sont ces dons que les hommes perdirent en suivant le conseil fatal : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (Genèse, III, 5).

[10Moins d’un an et demi plus tard, l’ami Arthur Koestler mettait fin à ses jours, voir la chronique n° 372, Prière pour Arthur Koestler – Prends, ô Père, sa main tendue qui n’a pas su te trouver, 02.03.2015.

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