ENTRETIEN AVEC LE P. ABOUD CHEHWAN

L’ordre libanais maronite

par Vincent Aucante

samedi 28 mai 2016

Moine libanais maronite, supérieur de la maison Saint Charbel à Suresnes, destinée aux religieux libanais étudiant en France, le P. Aboud Chewan est également curé de la récente paroisse maronite de Suresnes.

Quelles sont les origines de l’Ordre libanais maronite ?

L’Ordre libanais maronite a été fondé en 1695. Initialement, c’était un ordre contemplatif dont les moines faisaient vœu de pauvreté et de chasteté. Ils demeuraient en communauté, et leur vie était partagée entre la prière et le travail dans les champs, à l’exemple de saint Antoine du désert, patron de la congrégation. Tout comme notre saint modèle, les moines quittaient tout pour servir Dieu et la communauté maronite.

Avec le temps, de nouveaux besoins sont apparus : les religieux ont mené des missions dans les paroisses, les hôpitaux, les écoles. Aujourd’hui, deux hôpitaux au Liban sont sous la responsabilité de l’Ordre libanais maronite. Nous sommes aussi présents à l’Université du Saint-Esprit de Beyrouth et dans de nombreuses écoles.

Comment l’Ordre libanais maronite a-t-il été conduit à se développer dans le monde ?

Dans les années 80, la guerre au Liban a forcé de nombreux maronites à émigrer vers d’autres pays, et les religieux les ont suivis dans leur exil : nous sommes ainsi arrivés au Sénégal, au Mexique, au Canada, en Belgique.

Quand l’Ordre est-il arrivé en France ?

Le P. général de l’Ordre souhaitait que certains religieux puissent faire des études en France. Mais comme nous avons vocation à vivre en communauté, il fallait trouver un endroit pour accueillir plusieurs religieux. On nous a alors donné une maison à Suresnes en 1987. Après quelques travaux, elle est devenue la maison Saint Charbel. Les frères peuvent s’y rassembler et vivre ensemble la prière partagée et communautaire.

Et c’est votre présence qui a attiré les fidèles ?

Exactement : les maronites voisins sont venus de plus en plus nombreux pour assister à la messe et aux autres offices dans notre petit oratoire. La communauté de fidèles s’est élargie avec des riverains venant de tous les Hauts-de-Seine. L’oratoire de la maison est vite devenu trop petit. Nous avons loué la chapelle Saint-Leufroy, qui dépend de l’Église latine de Suresnes. Depuis 1993, nous y célébrons la messe chaque dimanche.

Vous entretenez de bonnes relations avec les paroisses de rite latin ?

Nos relations sont excellentes, aussi bien avec Mgr Aupetit, l’évêque de Nanterre, qu’avec les prêtres diocésains et les paroisses latines voisines. Par exemple, nous proposons souvent nos services pour des obsèques ou des confessions.

Combien de religieux sont rattachés à la maison Saint Charbel ?

Nous sommes deux à vivre ici en permanence. Le P. Charbel est l’aumônier de la maison de retraite de Chaville et est responsable des mouvements de jeunes pour l’éparchie.

Le P. Naoum Khoury, qui est rattaché à la paroisse parisienne de Saint-Thomas, poursuit ses recherches en musicologie et a une vocation très spéciale de valorisation du chant maronite traditionnel. Il y aussi le P. Jean, un jeune prêtre qui poursuit ses études, et qui est responsable de la chorale de l’éparchie.

Vous-même, depuis combien de temps êtes-vous à Suresnes ?

Je suis venu une première fois en France pour faire des études à la Sorbonne il y a quelques années, et j’ai alors fait partie de la maison Saint Charbel. Puis j’ai reçu diverses responsabilités dans des écoles au Liban. Je suis revenu ici en 2010 comme supérieur de la maison, et pour préparer un doctorat. Je suis aussi aumônier des sœurs de Saint-François Xavier à Rueil, et curé de la paroisse.

Car vous avez maintenant une paroisse maronite à Suresnes ?

Depuis peu de temps, oui. Nous l’attendions depuis 2012. Peu après la création de l’éparchie maronite, Mgr Gemayel avait visité notre communauté et nous l’avait annoncé. La paroisse de Suresnes comprend 3 000 fidèles. Nous réalisons 3 à 5 baptêmes par an. Chaque année, une vingtaine d’enfants font leur 1re communion. Le dimanche des Rameaux, nous sommes trop nombreux pour tenir dans la chapelle : nous allons à Rueil au lycée de Passy Buzenval, ce qui nous permet d’accueillir 1 500 personnes.

Comment accompagnez-vous les enfants et les jeunes ?

90 enfants suivent le catéchisme chaque samedi, et ils apprennent aussi les chants libanais. Une vingtaine d’enfants préparent leur communion avec le P. Charbel. Pour les adolescents de plus de 13 ans, nous proposons une réunion ou une sortie chaque mois. Nous avons aussi créé une association pour apprendre l’arabe : ainsi les enfants libanais nés en France peuvent-ils apprendre la langue liturgique de leurs familles. Ces cours sont ouverts à toutes les personnes qui veulent découvrir la culture libanaise. Pour la Fête des vendanges à Suresnes, les enfants donnent un petit concert. Nous participons aussi au Marché de Noël à Suresnes.

Quelles sont vos relations en-dehors de la communauté maronite ?

Nous entretenons de nombreuses et amicales relations, aussi bien avec les pouvoirs publics qu’avec les Français d’une manière générale. Nous avons fondé une Association d’amitié franco-libanaise qui nous permet de tisser des liens entre Français et Libanais. Et nous proposons des activités diverses, comme par exemple un dîner annuel de bienfaisance dont les bénéfices sont versés au Liban.

Comment percevez-vous la situation des Maronites au Liban ?

Nous avons accueilli de nombreux Syriens qui fuyaient leur pays : 1,2 million de réfugiés, pour une population de 4 millions de Libanais. C’est très lourd à porter au quotidien, et tout le monde se demande de quoi sera fait notre avenir. Il y a des Chrétiens dans cette région depuis 2000 ans, et ils ont toujours été persécutés : mais y en aura-t-il encore demain ? 

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