L’odyssée de la conscience moderne

par Gérard Leclerc

lundi 3 juillet 2017

Dans mon éditorial de lundi matin, sur Radio Notre-Dame, j’ai exprimé l’essentiel de mes sentiments à propos du décès de Simone Veil. C’était une femme exceptionnelle, marquée par l’horreur de sa déportation à Auschwitz. Le fait qu’elle ait été choisie en 1974 pour présenter au Parlement une loi sur l’avortement me demeure un sujet d’interrogation sans fin. Il fallait au président Giscard d’Estaing une personne capable d’affronter un des débats les plus difficiles qui soit, pour ne pas donner l’impression d’une dérive morale. Le choix de Simone Veil apportait une caution éthique à la dépénalisation d’un acte que très peu, à l’époque, considéraient comme purement médical.

Au moment de l’élaboration de la loi, l’épiscopat français fut sollicité. Au témoignage de Mgr Gérard Defois, qui était alors secrétaire général de la Conférence des évêques de France, il n’y eut pas de véritable association à une réflexion de fond. Tout au plus, il y eut de la part des évêques une insistance spéciale pour le droit à l’objection de conscience, qui permettait aux médecins de ne pas coopérer à ce qu’ils réprouvaient. Mme Veil plaida son dossier sur le terrain de la santé publique et celui de la compassion aux femmes en détresse. Cela laissait largement en suspens la question morale de ce qu’on appelait pudiquement l’interruption volontaire de grossesse. Demeurait béant l’avenir de la législation dans un domaine qui ne cesserait de s’élargir, celui de la bioéthique. On pouvait, dès 1975, pressentir qu’un tournant avait été pris, en partie par inadvertance, qui congédiait les convictions philosophiques et religieuses pérennes, pour se tourner vers ce qu’on appelle aujourd’hui le transhumanisme.

Frédéric Nietzsche pensait que l’humanité était « une espèce non fixée ». Formule des plus dangereuses, car s’il est vrai que c’est l’histoire, avec le jeu de la liberté, qui fait la spécificité humaine, il est vrai aussi qu’il est des transgressions qui portent atteinte à notre intégrité profonde. La puissance que la technique confère désormais à la volonté la rend aussi redoutable dans la menace qu’elle est bienfaisante dans les progrès dont elle est la source. Simone Veil aura été associée à l’odyssée de notre modernité, de la façon la plus paradoxale. En ce qu’elle avait de plus exemplaire, elle défiait le pire, en ce qu’elle s’associait aux dérives de la politique, elle n’en relevait pas toutes les ambiguïtés et tous les périls. 

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