L’islam une question pour l’Église aussi

par Gérard Leclerc

mardi 9 juin 2015

Il n’est pas de jour où les problèmes de l’islam en France ne soient évoqués. La semaine dernière c’étaient Les Républicains, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, qui planchaient sur le sujet, non sans une certaine tension intérieure. Alain Juppé n’était pas là, pas plus que les autres candidats à la primaire présidentielle du parti de droite. C’est donc qu’il y avait malaise, ou bien carrément désaccord. Hier, c’était Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et donc chargé des cultes, qui réunissait une trentaine de Français de confession musulmane afin de discuter avec eux des dossiers liés à l’islam. Beaucoup ont retenu son expression « laïcité inclusive » qui ne fait que s’ajouter à d’autres du style « laïcité positive ». Faut-il rappeler combien ce genre de qualificatifs indispose les tenants d’une laïcité minérale, qui estiment qu’avec ce type de précision on affaiblit le concept. Reste qu’il y a bel et bien une question posée, qui ne peut échapper à personne, et notamment aux musulmans eux-mêmes.

J’ajouterai que la question de l’islam se pose aussi à l’Église catholique et que depuis Vatican II, les relations entre catholiques et musulmans se sont heureusement développées, sans que tout soit vraiment éclairci sur le fond des choses et notamment en théologie. J’en veux pour preuve le chapitre du dernier livre d’Alain Besançon [1] à propos de l’héritage de Vatican II sur l’islam. D’une grande rigueur de pensée, l’auteur s’estime insatisfait des formules de Nostra Ætate qui veulent réconcilier et dédramatiser, au risque de passer au-dessus des difficultés et surtout de la réalité, de la chose même. Et de secouer très fort le cocotier, en désignant « une religiosité souvent englobante, unanimiste de type teilhardien ». On peut être en désaccord avec Alain Besançon. J’ai moi-même quelques divergences sérieuses avec lui. Mais on ne peut rester indifférent aux objections qu’il expose rationnellement, et à partir de dossiers très informés. Cela ne veut pas dire qu’il faut tourner le dos à la pratique du dialogue. C’est le dialogue lui-même qui exige de la rigueur, pour ne pas tromper les espoirs et la confiance des partenaires engagés dans une démarche trop grave pour qu’ils se fourvoient.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 juin 2015.


[1Alain Besançon, Problèmes religieux contemporains, Éditions de Fallois.

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