L’islam et les Français

par Gérard Leclerc

lundi 28 octobre 2019

La Grande mosquée de Paris
CC by-sa : LPLT / Wikimedia Commons

Le Journal du dimanche titrait hier : « Islam et laïcité, ce que veulent les Français. » Plusieurs pages du journal étaient consacrées à l’étude d’un sondage de l’Ifop sur le sujet. Tout part d’un constat : face à l’islam, les Français s’inquiètent, même s’il ne s’agit pas de leur seule préoccupation et de leur seul souci. Le chiffre peut-être le plus significatif de l’enquête se rapporte à cette question plutôt abrupte : L’islam est-il incompatible avec les valeurs de la société française ? 61 % des personnes interrogées répondent oui contre 39 %. Les proportions varient d’une famille politique à l’autre, la droite étant beaucoup plus affirmative que la gauche, mais cette dernière apparaît très divisée. L’opposition aux signes religieux dans les sorties scolaires et pour les usagers des services publics s’avère massive. Seule exception consentie aux interdits : 61 % des personnes interrogées admettent la possibilité de plats de substitution à la viande de porc dans les cantines scolaires.

Il faut donc se faire une raison. L’inquiétude face à l’islam est une donnée incontournable dans notre pays et sans doute dans les autres pays européens. Mais la singularité française tient à l’importance conférée à la laïcité, comme barrage aux débordements et aux menaces ressenties. Mais il ne suffit pas de brandir un mot, il faut s’entendre sur son contenu, d’autant que des données inédites sont intervenues depuis la loi de séparation de 1905. On attend toujours de la part du président de la République un grand discours de synthèse sur la situation de l’État par rapport aux phénomènes religieux. Emmanuel Macron se passionne d’ailleurs pour le problème, comme l’ont montré plusieurs de ses interventions les plus notables.

Il faut reconnaître l’extrême difficulté d’un tel discours. Si la laïcité s’émancipe de l’idéologie laïciste qui l’a souvent accompagnée, elle ne saurait manifester une quelconque hostilité à l’égard du phénomène religieux. Mais comment l’appréhender et l’interpréter dès lors que l’État, par définition, n’a aucune compétence dans le domaine théologique et doit se limiter à une stricte neutralité ? On s’aperçoit de cette difficulté lorsqu’il s’agit d’enseigner la culture religieuse à l’école publique. L’enseignement laïque des religions est un oxymore. Et lorsqu’il s’agit de distinguer entre ce qu’on appelle science et croyance, on risque l’arbitraire. C’est bien pourquoi Pierre Manent est d’avis qu’on ne saurait penser cette laïcité sans l’aide éclairée de l’Église catholique. Il y a du pain sur la planche !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 octobre 2019.

Pour aller plus loin :

Messages

  • la France et les musulmans sont devenus un sujet sociétal plus complexe qu’imaginé à prime abord.
    Il ne s’agit plus d’un sujet religieux à la charge des intéressés tout en premier, mais de la vie commune partagée avec des nouveaux français néo citoyens de France, qui se confrontent aux us et traditions du pays d’accueil que le nôtre, et pour nous avec des néo croyants d’une autre famille spirituelle.

    Pour les jeunes générations qui se rencontrent, se forment et partagent leur scolarité commune, les unions entre ressortissants venus d’horizons pluriels et étrangers créent des conditions neuves de la vie familiale et sociale.

    Ces unions modifient les règles d’éducation personnelle et religieuse commises dans les diverses communautés.

    Le mariage pour le cas sous le signe de la séparation des appartenances de chaque partie ne répondent plus aux exigences matrimoniales voulues par les parties en présence.

    L’enseignement de la religion de chacun ne peut se concevoir dans un syncrétisme unificateur au minimum, a minima, et le choix d’un parent sur l’autre se fait par trop souvent par la décision unilatérale d’une partie sur l’autre.

    Prétendre que les interdits alimentaires, les interdits appliqués dans les services hospitaliers, les règles imposées aux filles, aux femmes, aux mères dans les espaces publics de la république seraient aléatoires, ne répond pas davantage aux conditions communes de la vie d’une nation.

    L’islam est une religion à part entière avec ses codes et ses obligations.

    Le christianisme est aussi une religion de règles et d’obligations mutuelles aux racines profondes.

    Confronter ces deux approches au sein d’une même famille ne saurait se résumer au chacun fait comme il l’entend, et si nécessaire en adoptant "la dispense de conduite" en retour, vis à vis de ces comportements précisément lorsqu’il n’y a pas de consensus possible.

    Pour le législateur public le vivre ensemble et dans le partage des rôles de chacun au bénéfice de la communauté, demandera beaucoup de temps et d’apprentissage mutuel des arrivants et des autochtones, des anciens et des nouveaux venus dans notre pays.

    On ne change pas par désinvolture des traditions familiales pour adopter de nouvelles sans en supporter les conséquences immédiates.

    De la naissance à la mort, du premier jour jusqu’au dernier, les conduites acquises des générations précédentes survivent et se perpétuent dans le temps.

    La laïcité ce mot lourd de portée sera à ce prix.

    On comprend que tous ceux qui la portent sur la voie publique demeurent prudents et ne s’engagent que de précaution pour éviter des hostilités civiles qui vont au delà des réflexes religieux.
    Ne demandons pas aux autres de donner réponse à nos appréhensions.

    Cherchons nos propres réponses aux questions posées par ceux qui nous environnent de leurs différences.

    Les lois de séparation des sujets et des fonctions les plus datées de la laïcité voulue par les fondateurs français imposent des règles d’ouverture aux autres, qui ne furent l’apanage premier des promoteurs de cette conduite sociétale.

    Le passé peut servir d’exemple pour ne commettre les mêmes erreurs d’empressement.

    Il n’y a donc pas que dans le monde religieux qu’il soit nécessaire de pratiquer en ce cas l’audace du renoncement et de la créativité, pour tourner la page des chicaneries passées et penser un avenir inattendu de l’unité nationale en état de prémice à venir.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.